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Dans les coulisses « De la Comédie-Française »

C’est avec la fameuse troupe et dans le théâtre renommé que Martin Darondeau et Bertrand Usclat ont tourné une formidable comédie. Une soirée de folie dans la maison de Molière, avec Pauline Clément en metteuse-en-scène stressée et débordée. « On le sait depuis longtemps que Pauline est un génie de la comédie », assurent les coréalisateurs.

Sociétaire de la prestigieuse institution, la formidable Pauline Clément (également coscénariste) tient le rôle principal de cette réjouissante comédie.

« C’est une comédie française sur la Comédie-Française avec les comédiens de la Comédie-Française à la Comédie-Française », résument Martin Darondeau et Bertrand Usclat, coréalisateurs d’un film logiquement titré « De la Comédie-Française » (sortie le 22 juillet), alors qu’eux n’en sont pas : « Notre plus grande légitimité était de ne pas être de la Comédie-Française », assurent-ils. Après avoir obtenu quatre prix au Festival de l’Alpe d’Huez en janvier (dont le Prix du Public et le Prix spécial du jury), le film a ensuite fait un tour de France d’avant-premières, notamment aux Rencontres Cinématographiques de Bretagne et aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer.

Sociétaire de la prestigieuse institution, la formidable Pauline Clément (également coscénariste) tient le rôle principal de cette réjouissante comédie, Nina, une comédienne qui met en scène pour la première fois du Shakespeare dans la salle Richelieu. Trois heures avant le lever de rideau, elle arrive stressée et n’imagine pas la succession d’emmerdes qui vont lui tomber dessus, en plus de toute l’agitation et l’angoisse d’une soirée de première. « On le sait depuis très longtemps que Pauline Clément est un génie de la comédie », assurent Usclat et Darondeau, qui ont écrit, pour elle et sa collègue Marina Hands, un sketch hilarant de la cérémonie des Césars, avec une gigantesque robe coincée.

Principe, créer des accidents

Ici en compagnie de Séphora Pondi en maquilleuse,Laurent Stocker fait un grand numéro en comédien sûr de son talent.

Mais revenons à « De la Comédie-Française ». Encombrée de son vélo, Nina ne trouve pas son badge à l’entrée des artistes et tombe sur un concierge peu conciliant (Guillaume Galienne). Le principe du film étant de créer des accidents, rien ne va, une veste verte (couleur honnie sur les planches), un maquillage « coloré », des problèmes techniques, et l’absence de l’actrice principale (Suliane Brahim) bloquée à Brest où elle joue dans la série « Meurtre au soleil » ! Seule à connaître le texte de Lady Macbeth par cœur, Nina reprend le rôle à la dernière minute, tandis que son ex dépose leur bébé au théâtre, où est annoncée la venue de la ministre de la Culture.

Au générique, tous les acteurs sont « de » la Comédie-Française, faisant pour certains juste une apparition ou même une voix (Denis Podalydès). En comédien sûr de son talent, Laurent Stocker fait un grand numéro : « C’est un fédérateur d’équipe, il a le sens du collectif, c’est un blagueur, il est tellement drôle et fatigant », assure les coréalisateurs. Marina Hands incarne son épouse infidèle, Julien Frison le jeune amant, Christian Heck un régisseur pointilleux, Danièle Lebrun une vieille actrice défoncée, Adeline d’Hermy une jeune comédienne larguée, Séphora Pondi une maquilleuse de la télé, et Benjamin Lavernhe Molière lui-même…

« L’identité du théâtre français »

Tous les acteurs sont « de » la Comédie-Française dans ce film qui raconte une soirée catastrophe avant le lever de rideau.

Même l’ancien administrateur Eric Ruf apparait en ouvrier d’entretien dans un ascenseur : « C’est lui qui s’est battu pour que le film se fasse, c’est un homme de théâtre qui nous a permis de faire un premier film », disent Usclat et Darondeau. Nourri d’anecdotes internes à la Comédie-Française, le projet fut d’abord envisagé pour une série façon « Dix pour cent » : « C’est grâce à Pauline Clément qu’on a pu le faire. On a vu un emballement autour du scénario », disent les coréalisateurs, qui ont dû écrire rapidement pour adapter l’histoire à un long-métrage.

« On ne pouvait tourner qu’en juin pour des questions de disponibilité de la salle, c’était une opportunité incroyable, ça a été un énorme miracle », précise Martin Darondeau. « On avait à cœur de montrer les vrais endroits de la Comédie-Française, le stress raconté dans le film est celui qu’on a eu, tout s’est fait dans un climat de joyeuse panique », ajoute Bertrand Usclat. Jouant des  « contraintes de cette grande diva qu’est la salle Richelieu », disponible cinq jours seulement, ils ont notamment tourné dans le décor du « Bourgeois Gentilhomme » de Christian Heck.

« La Comédie-Française peut paraître élitiste alors que c’est pour tout le monde, c’est ce qu’on veut montrer, c’est l’identité du théâtre français », dit Bertrand Usclat, « Les gens de la Comédie-Française sont toute l’année sur scène, parfois plusieurs fois par jour, ils ont un rapport à l’artisanat, ils savent ce que c’est qu’un rôle, un texte ». Et tous ceux présents à l’écran donnent l’impression de s’amuser dans cette comédie formidable, drôle, bien écrite, et évidemment bien jouée. Une soirée de folie dans la maison de Molière, avec « beaucoup de tendresse pour les mauvais choix dans une vie ».

Patrick TARDIT

« De la Comédie-Française », un film de Martin Darondeau et Bertrand Usclat (sortie le 22 juillet).

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