Edition du dimanche 19 novembre 2017

« Au revoir là-haut », adieu la guerre

Albert Dupontel signe une belle et émouvante adaptation du roman de Pierre Lemaître

Albert Dupontel a donné un beau rôle sans visage au formidable Nahuel Pérez Biscayart.

Albert Dupontel a donné un beau rôle sans visage au formidable Nahuel Pérez Biscayart.

« Ce livre fascinant était un coffre à jouets », s’enthousiasme Albert Dupontel, qui a adapté au cinéma « Au revoir là-haut » (sortie le 25 octobre), le roman de Pierre Lemaître, Prix Goncourt 2013. « C’est un livre fascinant, mais l’entreprise me paraissait excessive », confiait Dupontel, lors de l’avant-première du film à l’UGC Ciné-Cité de Ludres, à l’occasion de Ciné-Cool.

Echappé de ses films « comico-névrotiques » (« Bernie », « Le Vilain », « 9 mois ferme »…), Dupontel a réalisé un film « picaresque, flamboyant », avec cette histoire de l’immédiat après-guerre, qui débute le 9 novembre 1918. Parce que « mourir le dernier, c’est encore plus con que mourir le premier », toute l’absurdité de la guerre est évoquée en une scène. A cause de la folie d’un officier, de pauvres soldats épuisés sont envoyés à l’assaut de la meurtrière cote 113, à deux jours de l’Armistice.

Ce jour-là, deux Poilus, chacun sauvant la vie de l’autre, unissent à jamais leur destin. Un brave type, Albert Maillard, joué par Albert Dupontel, et Edouard Péricourt, fils d’un riche bourgeois détestable et détesté, mais dessinateur talentueux, incarné par le formidable Nahuel Pérez Biscayart (jeune acteur argentin vu récemment dans «120 battements par minute » de Robin Campillo).

« Ce n’était pas prévu que je joue dans le film », précise Dupontel, Maillard devant alors être incarné par l’acteur belge Bouli Lanners, qui a dû décliner. Dupontel donne pourtant toute son énergie à ce brave Maillard, et a offert un beau rôle à Nahuel Pérez Biscayart avec un personnage paradoxalement sans voix ni visage. Car le dessinateur, à la gueule très cassée, la cache désormais derrière de superbes masques (créés par Cécile Kretschmar, qui a notamment travaillé pour l’Opéra de Nancy), par lesquels il exprime ses émotions, ses états d’âme. « A la fin, il ne joue qu’avec ses yeux », s’enthousiasme Dupontel.

Adieu la guerre, bonjour la galère. Le retour à la vie civile n’est pas tendre pour les rescapés des tranchées. Pour survivre dans le Paris des folles années, l’artiste défiguré et le prolo débrouillard imaginent une escroquerie aux monuments aux morts, un marché prometteur dans la France des années 20.

« Un pamphlet sur l’époque actuelle »

« Ces personnages me plaisaient infiniment », assure le réalisateur, qui a composé un casting de « premier choix » (Niels Arestrup, Emilie Dequenne, Mélanie Thierry…), dont Laurent Laffite, qui excelle en « méchant qu’on aime détester », l’officier salopard et arrogant, devenu ensuite un odieux profiteur de guerre, « une ordure » quoi.

Dupontel a vu dans le livre de Lemaître « un pamphlet élégamment déguisé sur l’époque actuelle », un récit de plus sur cette « minorité cupide qui domine le monde », encore et toujours. Pour « retrouver le grain, la patine » de l’époque, il a élaboré une belle image colorisée, qui rappelle l’esthétique du film de Jean-Pierre Jeunet, « Un long dimanche de fiançailles », dans lequel jouait Dupontel et lui aussi tiré d’un roman (Sébastien Japrisot).

Le cinéaste n’avait rencontré Lemaître qu’à deux reprises. « Il n’a pas été intrusif du tout, c’est un très beau livre, que j’aurais été incapable d’écrire, mais dont je ressentais très fort l’émotion », raconte Dupontel, « Je me suis permis de réinventer la fin, j’ai volé, j’ai vulgarisé son histoire, c’est une nécessité dont j’avais envie, et Pierre l’a validée ».

«  Au-revoir là haut », le film, c’est donc « la même histoire, mais racontée autrement ». Avec une reconstitution réussie, il lui donne l’ampleur « d’un certain cinéma », mélange la tragédie, la comédie, et verse une énorme dose d’émotion et d’humanité dans un monde de brutes. « Une adaptation parfaitement réussie », estime Pierre Lemaître, qui en a écrit la suite, « Couleurs de l’incendie » (sortie en janvier).

Patrick TARDIT

« Au-revoir là haut », un film de Albert Dupontel, avec Nahuel Pérez Biscayart et Laurent Laffite (sortie le 25 octobre).

Une belle image colorisée, de beaux personnages, et beaucoup d'émotion.

Une belle image colorisée, de beaux personnages, et beaucoup d’émotion.

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