Patrice Alègre veut sortir de prison et se marier

Le tueur en série de Toulouse condamné pour cinq meurtres précédés de viols en 2002 fait désormais des projets d’avenir.

Patrice Alègre (capture Faites entrer l’accusé)

Patrice Alègre, 51 ans aujourd’hui, a été condamné le 22 février 2002 par la cour d’assises de la Haute-Garonne à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans. Comme il avait déjà effectué cinq années de détention provisoire, puisqu’il a été arrêté en 1997, il peut donc prétendre à une libération conditionnelle. « C’est un droit » souligne son avocat, Me Pierre Alfort, qui doit déposer prochainement cette demande d’aménagement de peine.
Toute la question est de savoir si Patrice Alègre est aujourd’hui un homme dangereux ou pas. C’est le tribunal de l’application des peines (TAP) composé de trois juges qui décidera après avis des psychiatres. Mais on peut d’ores et déjà imaginer que les familles des victimes, réunies pour certaines d’entre elles au sein de l’association Stop à l’oubli, que préside Gabriel Loubradou, s’opposeront avec détermination à la libération du bourreau de leurs enfants.

Avec une Canadienne

Du fond de sa prison de Moulins, dans l’Allier, Patrice Alègre fait des projets d’avenir. Il compte bien sortir, un jour ou l’autre, et envisage sérieusement de se marier avec une jeune Canadienne, mère de deux enfants, une psychologue qui vient de s’installer en France.
Comment l’a-t-il connue ? « Nous savons bien que les détenus communiquent avec l’extérieur » reconnaît un visiteur de prison. « Avec un simple téléphone portable, on peut aller sur internet. »
Patrice Alègre n’est pas complètement démuni. Il reçoit régulièrement de l’argent d’une dame domiciliée en Suisse, grâce à quoi il peut améliorer son ordinaire. Le tueur en série reçoit aussi du courrier et correspond avec plusieurs personnes.
Après avoir purgé la partie incompressible de sa peine, le tueur en série de Toulouse prépare son retour dans la société.

Les crimes avoués

Patrice Alègre a été condamné pour cinq meurtres précédés de viols et une tentative de meurtre précédée de viol. Il a bénéficié d’un non-lieu dans plusieurs autres affaires.

Valérie Tariote, 21 ans, étouffée à son domicile de Toulouse le 27 février 1989.
Laure Martinet, 19 ans, étranglée le 25 janvier 1990.
Martine Matias, 29 ans, carbonisée dans son appartement des Minimes à Toulouse le 11 février 1997
Mireille Normand, 35 ans, tuée le 19 juin 1997 à Verdun sur Garonne (Ariège)
Isabelle Chicherie, 31 ans, tuée dans son appartement parisien le 4 septembre 1997

Emilie Espès, 26 ans, a été violée le 22 février 1997 mais elle a réussi à échapper à la mort en parlant avec Alègre.

Il a bénéficié d’un non-lieu dans cinq autres affaires de meurtres.

Repères chronologiques

5 septembre 1997 : Patrice Alègre est arrêté à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) deux jours après le meurtre, à Paris, d’Isabelle Chicherie une jeune femme rencontrée pendant les vacances en Espagne.

Septembre-octobre 1997 : Patrice Alègre est mis en examen pour les meurtres et les viols d’Isabelle Chicherie, de Mireille Normand, de Laure Martinet, de Martine Matias et pour le viol d’Emilie Espès par le juge d’instruction de Toulouse Serge Lemoine.

4 décembre 1997 : Patrice Alègre s’accuse du meurtre de Valérie Tariote commis en 1989 et pour lequel il sera mis en examen.

26 janvier 2000 : Patrice Alègre est mis en examen pour le meurtre de Line Galbardi, une prostituée tuée dans une chambre d’hôtel, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992 même s’il ne reconnaît pas les faits.

7 juin 2001 : Patrice Alègre est mis en examen pour le viol d’une prostituée toulousaine, Françoise D. en 1992.

27 septembre 2001 : Patrice Alègre est mis en examen pour le meurtre de Patricia Gélis disparue depuis 1992 à Toulouse.

11-21 février 2002 : procès aux assises de la Haute-Garonne de Patrice Alègre condamné à la réclusion à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans pour cinq meurtres et six viols.

30 mai 2002 : Patrice Alègre est mis en examen pour deux nouveaux meurtres de prostituées Toulousaines : celui de Josette Legoy et de Josette Poiroux, tous deux en 1992.

1er avril 2003 : La presse révèle les graves accusations de deux anciennes prostituées, Patricia et Fanny, aux gendarmes de la cellule Homicide 31 qui enquêtent sur Patrice Alègre depuis juin 2000. Selon les déclarations des deux femmes, Patrice Alègre a bénéficié de protections policières et judiciaires. En contrepartie, il fournissait des filles et de la drogue lors des soirées sadomasochistes auxquelles participaient des personnalités.

15 avril 2003 : Le procureur de la République de Toulouse, Michel Bréard, ouvre une information judiciaire pour « viols aggravés et complicité » et « proxénétisme en bande organisée » contre Alègre « et tous autres ». Le dossier est confié à deux juges d’instruction : Thierry Perriquet et Nicole Bergougnan.

12 mai 2003 : Lors d’une audition chez le juge Lemoine, Patrice Alègre affirme connaître l’ancien substitut du procureur de Toulouse, Marc Bourragué et avoir pris l’apéritif chez lui. Le magistrat, cité dans la procédure, reconnaît avoir reçu « une fois » Patrice Alègre à son domicile « en 1991 ou 1992 ».

14 mai 2003 : Patrice Alègre est mis en examen pour l’assassinat en février 1992 d’un travesti, Claude Martinez, spécialiste du sadomasochisme et amateur de vidéo.

18 mai 2003 : Dominique Baudis, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) et ancien député-maire de Toulouse révèle lors d’une interview à TF1 que son nom est cité dans la procédure Alègre. Il dénonce « une effarante machination ».

27 mai 2003 : le procureur général de Toulouse, Jean Volff, révèle que son nom est également cité par les anciennes prostituées. Il est remplacé quelques jours plus tard par Michel Barrau à la tête de la cour d’appel.

27 mai 2003 : Le jeune travesti Djamel, 23 ans, est mis en examen et écroué pour « dénonciation de crimes imaginaires ». Il avait affirmé avoir participé aux soirées sadomasochistes. Il avait conduit les gendarmes dans une maison où, disait-il, étaient cachées des cassettes vidéo compromettantes.

30 mai 2003 : Patrice Alègre reconnaît devant le juge Lemoine qu’il est bien l’auteur des meurtres de Line Galbardi et de Claude Martinez. Il désigne les commanditaires : un policier pour le premier. Un magistrat et un élu pour le second.

1er juin 2003 : Le présentateur du Vrai Journal de Canal +, Karl Zéro, lit à l’antenne une lettre de Patrice Alègre dans laquelle ce dernier s’accuse des meurtres de Line Galbardi et de Claude Martinez en 1992. Il réitère le nom des commanditaires.

4 juin 2003 : Les autorités judiciaires démentent les informations publiées par la presse locale selon lesquelles le bureau du juge Lemoine aurait été « visité ».

8 juin 2003 : Interviewée par Karl Zéro sur Canal+, Patricia demande publiquement à Patrice Alègre de continuer à parler et évoque d’éventuelles disparitions d’enfants.

14 juin 2003 : Dominique Baudis « dénonce un complot politique » dans le journal Le Monde et soupçonne la famille Baylet, propriétaire de la Dépêche du Midi d’en être à l’origine.

15 juin 2003 : Interviewée par Karl Zéro, Fanny affirme avoir vu des mineurs « de 12-13 ans » participer à l’une des soirées sadomasochistes auxquelles elle assistait.

19 juin 2003 : Dans une lettre au Procureur général, Patrice Alègre revient sur ses aveux passés devant le juge. Patricia est mise en examen pour « complicité de dénonciation de crime imaginaire » et écrouée.

20 juin 2003 : Le proxénète algérien Lakhdar Messaoudène, accusé par Patricia et Fanny d’avoir assisté au meurtre de Line Galbardi est mis en examen pour complicité de meurtre et écroué.

22 juin 2003 : Jean-Michel Baylet, PDG de la Dépêche du Midi, annonce le dépôt de trois plaintes avec constitution de partie civile contre Dominique Baudis qui l’accuse d’avoir organisé une machination contre lui.

25 juin 2003 : Patrice Alègre change d’avocats. Il se sépare de Mes Pierre Alfort et Laurent Boguet qui l’assistent depuis six ans et fait appel à Mes Gilbert Collard et Edouard Martial.

26 juin 2003 : Patrice Alègre rétracte ses aveux concernant les meurtres de Line Galbardi et Claude Martinez.

16 juillet 2003 : Patrice Alègre affirme que les aveux lui ont été « extorqués et négociés au niveau financier ».

28 juillet 2003: Début de l’enquête de l’IGPN, la police des polices, sur les ratées de plusieurs enquêtes relatives à différents meurtres commis à Toulouse au début des années 90.

5 août 2003 : Remise en liberté de Patricia et de Djamel, ce jeune travesti qui prétendait avoir assisté aux soirées sadomasochistes décrites par les anciennes prostituées où il aurait rencontré des enfants mais aussi des personnalités comme Tony Blair et Nicolas Sarkozy.

8 août 2003 : Une expertise dentaire est rendue aux juges Perriquet et Bergougnan confirment que Fanny a bien été frappée, vraisemblablement au mois de mars 2003, comme elle l’a dit. L’expert judiciaire a constaté « une fracture de la racine de l’incisive centrale supérieur droite » pouvant correspondre aux événements dont parle Fanny. Celle-ci a déclaré avoir été frappée par deux policiers afin qu’elle produise de faux témoignages.

28 août 2003 : Les empreintes ADN relevées sur du sperme, du sang et sur des serviettes de toilette de la chambre d’hôtel dans laquelle fut tuée Line Galbardi ne correspondent pas à l’ADN de Lakhdar Messaoudène pas plus qu’à celui de Patrice Alègre.

29 août 2003 : Les nouveaux avocats de Patrice Alègre demandent le dépaysement des dossiers dans lesquels leur client est soit mis en examen soit cité.

5 septembre 2003 : Le procureur général de Toulouse, Michel Barrau, rejette la requête des avocats de Patrice Alègre. Conformément à l’article 665 du Code de procédure pénale, un justiciable ne peut pas demander le dépaysement d’un dossier dans lequel il n’est pas mis en examen. Or, Patrice Alègre n’est pas mis en examen dans le cadre de la procédure ouverte le 15 avril 2003 pour « viols aggravés et proxénétisme en bande organisée ». Les avocats déposent une requête devant la Cour de cassation.

11 septembre 2003 : Marc Bourragué est entendu par le juge Perriquet comme témoin assisté. Il ressort sans être mis en examen. Pour son avocat, Me Laurent de Caunes : « l’ancien substitut de Toulouse est totalement étranger aux faits dont on l’accuse ».

12 septembre 2003 : Dominique Baudis est entendu à son tour comme témoin assisté. Il a pu consulter le dossier. « Tout n’est que délires, mensonges et affabulations » dit-il. Son avocat, Me Francis Szpiner précise que « l’affaire Baudis est terminée depuis longtemps. Reste désormais à savoir qui a manipulé ».

17 septembre 2003 : Lors d’une confrontation chez le juge, Fanny innocente totalement Dominique Baudis. « Excusez-moi, je vous ai accusé à tort » lui dit-elle.

18 septembre 2003 : Fanny maintient ses accusations contre l’ancien substitut Marc Bourragué qu’elle a tutoyé.

19 septembre 2003 : La presse est sur le banc des accusés.

21 septembre 2003 : Le travesti Djamel se suicide dans une clinique de Toulouse.