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L’Europe empêtrée dans une guerre hybride

La guerre russo-ukrainienne va-t-elle entrainer l’Europe dans un conflit contre la Russie ? Ce serait l’intérêt de l’Ukraine, à l’agonie sur le champ de bataille. Mais pas de la Russie. Ni de l’Europe, incapable de s’engager dans un conflit de haute intensité.

Cyberattaque sous faux drapeau russe (UnlimPhoto)
Cyberattaque sous faux drapeau russe (UnlimPhoto)

Berlin accuse la Russie d’avoir commandité les trois tentatives d’attentats aux drones bourrés d’explosifs sur l’aéroport de Leipzig les 7, 14 et 27 août 2026, sans faire de blessés. L’aéroport de Leipzig/Halle est un hub cargo important et un point logistique clé pour l’OTAN et le transport militaire vers l’Ukraine. D’où les drones.
Le 1ᵉʳ septembre, l’Allemagne a officiellement imputé ces attaques à la Russie, affirmant avoir identifié les suspects et avoir des preuves matérielles. Le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt a parlé d’attaques menées dans le cadre d’une guerre hybride. L’Allemagne a donc riposté en fermant la Maison russe à Berlin, le consulat russe à Bonn et elle a renforcé les contrôles d’entrée sur son territoire.
Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, n’a pas hésité à qualifier l’attaque de « terrorisme soutenu par un État ». Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ajoute : « Il s’agit d’une attaque menée avec du matériel militaire, par des agents russes, sur le sol de l’Union européenne. Nous ne la tolérerons pas. »
De son côté, Vladimir Poutine nie fermement toute implication de la Russie et parle de « provocation ».
Qui dit vrai ?

Une intensification des frappes aériennes

La guerre entre la Fédération de Russie, alliée aux forces séparatistes ukrainiennes prorusses, et l’Ukraine a commencé dès 2014 avec la guerre du Donbass opposant le gouvernement ukrainien aux séparatistes prorusses (15 000 morts). Elle a pris une nouvelle dimension avec l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022. Quatre ans plus tard, la ligne de front reste figée et les deux armées s’épuisent mutuellement.

La nature de la guerre a changé au mois d’août 2026 avec une intensification des frappes aériennes. L’Ukraine, aidée par les pays occidentaux, notamment la Pologne, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, a mené des frappes en profondeur sur le territoire russe. Depuis début août, Kiev a visé une raffinerie, des infrastructures énergétiques, des navires céréaliers, la logistique e-commerce (Wildberries/Ozon) et des installations militaires, provoquant de nombreuses victimes civiles et une pénurie de carburant en Russie. L’explosion d’une bombe devant un restaurant de Moscou a fait trois morts et 21 blessés. Poutine, furieux, a parlé de « terrorisme d’État ».
Moscou a accusé les pays européens d’armer l’Ukraine. Il les menace de représailles. En attendant, le Kremlin a aussitôt bombardé les infrastructures civiles ukrainiennes. Une frappe massive de drones et de missiles balistiques sur l’oblast de Kiev a fait au moins 17 morts. Les 18 et 20 août, nouvelle attaque d’une centrale thermique à DTEK (opérateur énergétique ukrainien). Des dommages à des bâtiments résidentiels, une école, un hôpital pour enfants ont été détruits. Encore une attaque avec des missiles sur Kiev et Odessa, les 26-27 août, touchant des installations militaro-industrielles. 29 août : encore une frappe sur un dépôt de munitions à Myla (près de Kiev) : au moins 38 morts. Et, encore une dizaine de morts, le 1ᵉ septembre avec des bombardements sur Kiev…
L’Ukraine est exsangue. Elle ne peut pas affronter dans ces conditions un nouvel hiver de guerre. Zelensky appelle l’Europe au secours.

« L’Ukraine a perdu, l’Europe est ruinée »

C’est dans ce contexte peu favorable que la Coalition des volontaires a décidé, le 26 août à Paris, de venir en aide à l’Ukraine. Comment ? En multipliant encore les sanctions économiques et financières à l’égard de la Russie; en confisquant, au mépris du droit international, les avoirs russes détenus dans les banques européennes, notamment chez Euroclear, en Belgique; en traquant la flotte fantôme russe, au prix d’actes de piraterie inconcevables au 21ᵉ siècle ! En achetant des armes aux Américains pour les donner à Kiev, sans aucun contrôle sur leur destination finale.
Mais l’Europe a beau s’agiter, elle est ruinée. La France a une dette publique record de 3 500 milliards d’euros, soit environ 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026 ; un déficit public de plus de 5 %; une inflation qui repart à la hausse ; un chômage en nette progression… À sept mois des élections présidentielles, les tensions sociales sont particulièrement fortes.
Ce n’est guère mieux en Allemagne. Avec la fin du gaz et du pétrole russes bon marché, l’industrie automobile a décroché. Plusieurs dizaines de milliers d’emplois directs et indirects sont menacés.
Même chose au Royaume-Uni, en Pologne et ailleurs. Les principaux soutiens de l’Ukraine sont ruinés. Et, pourtant, l’Europe continue de verser des sommes colossales à Kiev.
« La Russie a gagné la guerre, l’armée ukrainienne agonise, et les Américains ont compris la défaite », commente l’historien Emmanuel Todd. Le plus choquant, c’est le comportement de l’Europe, saisie d’une « frénésie belliciste » sans logique stratégique.

800 milliards pour réarmer l’Europe

On sait bien que pour faire la guerre, il faut de l’argent. Beaucoup d’argent. On se souvient de cette annonce surprise, en mars 2025, de la présidente von der Leyen. Elle venait de débloquer 800 milliards d’euros pour soutenir l’industrie militaire de l’Europe face aux appétits supposés de l’ogre russe.
800 milliards, sans consulter les 27 États membres ! La présidente de la Commission s’appuyait sur l’article 122 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), un mécanisme qui permet à Bruxelles d’agir sans l’aval des gouvernements nationaux.
Aucun État membre n’a contesté. Au contraire. L’Europe ruinée par les conséquences de la guerre en Ukraine décide d’investir massivement dans les entreprises du complexe militaro-industriel. Comme l’a annoncé Emmanuel Macron à plusieurs reprises, sur un ton martial. « La Russie est une menace pour l’Europe ».

Les dangers de la guerre hybride

Or, désormais, l’art de la guerre évolue. À la guerre conventionnelle succède la guerre hybride. Une guerre faite de mensonges, de coups bas, d’actes terroristes sous faux drapeau, de meurtres de civils, d’attentats ciblés et, surtout, surtout, d’une campagne massive de désinformation. On l’a vu avec la guerre à Gaza, avec la guerre USA-Iran où l’information est bridée et contrôlée, où seules les informations d’un camp sont jugées fiables. Les médias et journalistes souhaitant donner une autre version que celle de la doxa sont expulsés (exemples : Russia Today, la chroniqueuse prorusse Xenia Federova, etc.). La presse devient une arme de guerre. Depuis des années, on nous raconte des bobards énormes pour faire de la Russie un dangereux ennemi.
Exemple : le brouillage du GPS de l’avion de von der Leyen. C’était le 1ᵉʳ septembre 2025. Alors que l’avion transportant la présidente de la Commission européenne était en approche de l’aéroport de Plovdiv (Bulgarie), l’appareil aurait subi une panne totale du signal GPS. Les autorités bulgares ont aussitôt suspecté un brouillage intentionnel dû à « une interférence russe ». Tout était faux.
Autre exemple : le sabotage de Nord Stream 2. Le 27 septembre 2022, les deux pipelines transportant le gaz russe vers l’Europe ont été détruits en mer Baltique. Les auteurs ont été identifiés et arrêtés par la police allemande. Ils ne sont pas Russes, mais Ukrainiens.

Un acte révolutionnaire

Ainsi va la guerre hybride faite de mensonges, de propagande, de désinformations, de fake news et autres infos invérifiables. Voilà pourquoi les attaques menées sur l’aéroport de Leipzig doivent, pour l’instant, être prises avec beaucoup de prudence. Comme les cyberattaques menées, soi-disant, par les Russes contre les hommes politiques français en mal de notoriété. Ces fausses infos alimentent la guerre, une guerre sans fin.
« L’objectif est d’avoir une guerre interminable, pas une guerre victorieuse, explique Julian Assange, fondateur de WikiLeaks. La guerre est une opération de blanchiment d’argent basée sur les impôts pour alimenter une élite transnationale. Peu leur importe si c’est en Afghanistan ou en Ukraine, l’objectif véritable est le vol de l’argent public. »
Conventionnelle ou hybride, la guerre porte en elle la mort et la désolation, elle plonge des familles dans le malheur de la perte d’un être cher. Comment ne pas avoir une pensée pour ces glorieux héros tombés au champ d’honneur ? Plutôt que d’alimenter la guerre, l’Europe devrait parler de paix. Mais qui, en Europe, veut la paix ? Certainement pas ceux qui profitent de la guerre.
« À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire », disait George Orwell. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui avec l’utilisation malveillante de l’intelligence artificielle et des moyens de communication de masse.
Dans le brouillard épais de la propagande, il est de plus en plus difficile de faire la part des choses. De distinguer le vrai du faux, l’ami de l’ennemi. Que le monde devient complpiqué!

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