« Nos vies formidables », et les autres

Situé dans le décor unique d’un centre de désintoxication, le film de Fabienne Godet est à la fois une expérience de cinéma et une expérience de vie.

La réalisatrice a imaginé ce film comme « la convergence du documentaire, du théâtre et du cinéma ».
La réalisatrice a imaginé ce film comme « la convergence du documentaire, du théâtre et du cinéma ».

Dans la grande maison où Margot arrive un matin, elle va d’abord se débarrasser de ce qui la rattache à l’extérieur, laisser fouiller ses bagages, ses affaires, donner son portable. Car c’est dans un centre de désintox que vient se poser Margot, 32 ans, au début du film de Fabienne Godet, « Nos vies formidables » (sortie le 6 mars). Interprétée par Julie Moulier, également co-scénariste, Margot a « mal partout, envie de gerber tout le temps », à force de cumuler alcool, médocs, coke… tous les jours.

La jeune femme est donc là pour décrocher, comme tous les autres pensionnaires du lieu, surmonter les crises, l’état de manque, l’ennui, la solitude, s’en sortir avec « le groupe », partager pour quelques semaines sa vie quotidienne avec une communauté qu’elle n’a pas choisie. D’abord, Margot se dit qu’elle n’a « rien à voir avec ces gens-là ». Puis se rend compte qu’elle a plus en commun qu’elle ne le croit avec ces femmes, ces hommes, « vaincus, à terre ».

Ils et elles sont d’horizons, âges, origines, différents, mais lors des groupes de parole chacun raconte sa vie ratée, gâchée, bousillée, des histoires de défonce, de violence, de colère… Tout ce mal fait aux proches, aux gens aimés, la honte, la culpabilité, les regrets. Il y a ceux qui s’accrochent et ceux qui n’y arrivent pas, mais tous s’épaulent les uns les autres, l’échec de l’un est l’échec de tous. L’envie de pulvériser les murs accompagne le combat quotidien pour l’abstinence. Il y a des pleurs, des cris, des prises de tête, et quand même des rires et des chansons. La difficulté de partir, de rester, la peur d’aller affronter le dehors.

Fabienne Godet, qui avait évoqué la violence au travail dans « Sauf le respect que je vous dois » et raconté l’évadé Michel Vaujour dans « Ne me libérez pas, je m’en charge », a assisté pendant deux ans à des réunions d’Alcooliques et Narcotiques Anonymes, puis s’est immergée dans une communauté thérapeutique avant de tourner « Nos vies formidables ». La réalisatrice a imaginé ce film comme « la convergence du documentaire, du théâtre et du cinéma », une expérience de cinéma et une expérience de vie. Actrices, acteurs, techniciens, ont vécu en communauté pendant le tournage dans l’unique décor, une grande demeure près de Saint-Dizier. C’est ainsi une troupe qui a effectué un travail collectif, avec une méthode « participative », laissant place à l’improvisation, au naturel, à l’imprévu. Les vies des personnages ne sont pas formidables, mais le film de Fabienne Godet les raconte avec un ton juste, des accents de vérité, sans sombrer dans le glauque ni le mélo, en montrant « la solidarité, la résilience, l’amitié ».

Patrick TARDIT

« Nos vies formidables », film de Fabienne Godet (sortie le 6 mars).

La réalisatrice Fabienne Godet et Julie Moulier, actrice et co-scénariste, ont fait travailler les comédiens comme une troupe de théâtre.
La réalisatrice Fabienne Godet et Julie Moulier, actrice et co-scénariste, ont fait travailler les comédiens comme une troupe de théâtre.