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Croissance en trompe-l’œil, chômage en hausse, taux sous tension : l’alerte de l’économiste Marc Touati

Dans sa vidéo bimensuelle publiée début août 2026, l’économiste Marc Touati dresse un bilan préoccupant de la conjoncture française : un produit intérieur brut (PIB) en apparence positif au deuxième trimestre mais qui masque, selon lui, une stagnation sur l’ensemble du premier semestre, une inflation repartie à la hausse, un chômage qui continue de progresser, des taux d’intérêt obligataires durablement élevés et des marchés boursiers qu’il juge déconnectés de la réalité économique. Il pointe également une révision statistique de l’Insee qu’il qualifie d’incompréhensible.

Marc Touati (La Vérité économique)
Marc Touati (La Vérité économique)

Le PIB français en hausse « miraculeuse », mais une stagnation sur un an

Selon les chiffres de l’Insee cités par Marc Touati, le PIB français a progressé de 0,16 % au deuxième trimestre 2026, après une révision à la baisse du premier trimestre, désormais estimé à -0,15 %. Le glissement annuel du PIB tombe quant à lui à 0,7 %, un niveau que l’économiste qualifie de plus bas depuis le quatrième trimestre 2020, en pleine pandémie, et le plus faible hors période Covid depuis le troisième trimestre 2016.
L’économiste souligne un décalage récurrent, selon lui, entre les indicateurs avancés (indice PMI composite, climat des affaires de l’Insee) qui pointent vers une contraction de l’activité, et les chiffres officiels du PIB qui restent en territoire positif. Il attribue cette progression trimestrielle notamment à un fort rebond des exportations (+2,6 %), en partie liées selon lui à des ventes d’avions et d’équipements militaires, tandis que l’investissement des entreprises recule de 0,3 % et l’investissement logement des ménages de 0,6 %.
Sur l’ensemble du premier semestre 2026, Marc Touati calcule une hausse cumulée du PIB de seulement 0,02 %, qu’il assimile à une stagnation pure et simple. Hors variation de stocks — qu’il juge être le principal facteur ayant soutenu la croissance affichée —, il évalue même la variation du PIB sur ce premier semestre à -0,4 %, ce qui traduirait selon lui une économie française en récession sous-jacente.

Zone euro : une croissance également supérieure aux attentes

Au niveau de la zone euro, Eurostat a publié une croissance du PIB de 0,4 % au deuxième trimestre 2026 (soit 1 % en glissement annuel), après une première estimation de -0,2 % au trimestre précédent. Marc Touati attribue une large part de ce rebond à l’Irlande (+3,9 %), dont les statistiques sont notoirement volatiles en raison du poids des multinationales dans son PIB. Il cite également la Lituanie (+1,7 %), la Finlande (+0,9 %), le Portugal (+0,8 %) et l’Espagne (+0,7 %).
La France se situe, avec l’Allemagne et l’Italie, dans un groupe de pays à +0,2 % sur le trimestre. En glissement annuel, l’économiste relève que la France, la Belgique et l’Irlande forment le trio de queue de la zone euro en matière de croissance, tandis que l’Espagne, la Lituanie ou le Portugal affichent des progressions nettement supérieures.
Concernant les indicateurs avancés de juillet, Marc Touati note que la France est le seul grand pays de la zone euro dont l’indice PMI manufacturier repasse sous le seuil de 50 points (49,8, contre 51,2 en juin), signe selon la lecture usuelle de cet indicateur d’un retour en zone de contraction pour l’industrie, alors que l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas ou la Grèce se maintiennent en territoire d’expansion.

États-Unis : une croissance jugée « de meilleure qualité »

Le PIB américain a progressé de 0,4 % sur le trimestre (1,5 % en rythme annualisé), et de 2,1 % en glissement annuel, soit environ un point de plus que la zone euro. Marc Touati souligne que cette croissance repose sur une dynamique de l’investissement des entreprises (autour de 6 % sur un an) et une consommation des ménages supérieure à 2 %, deux moteurs qu’il juge à l’inverse en berne en France.

L’inflation repart à la hausse, en zone euro comme en France

Sur le front des prix, l’inflation en zone euro est remontée à 2,9 % sur un an en juillet 2026, un niveau supérieur à l’objectif de 2 % de la Banque centrale européenne dans tous les pays membres. Cumulée depuis janvier 2021, la hausse des prix atteint 26,3 % dans la zone euro.
En France, l’inflation harmonisée s’établit à 2,4 % en juillet (contre 2,1 % selon l’indice Insee national), avec une hausse mensuelle des prix à la consommation de 0,6 % sur le seul mois de juillet. Marc Touati relève que cette remontée intervient malgré un repli des prix du pétrole depuis leurs pics du printemps — le baril de Brent étant passé d’environ 100 dollars en juin à 71 dollars début juillet, avant de remonter vers 86 dollars début août — ce qu’il interprète comme une répercussion plus rapide des hausses que des baisses sur les prix à la consommation.
Il pointe également une hausse continue des prix de l’alimentation (+1,1 % sur les neuf derniers mois, +25 % depuis janvier 2021) ainsi qu’un indice CRB des matières premières en hausse d’environ 30 % depuis la fin de l’année 2025, qu’il anticipe comme un facteur de poursuite de l’inflation dans les prochains mois, autour de 3 à 3,5 % dans la zone euro et 4 à 4,5 % aux États-Unis selon ses projections.

Chômage : la France, troisième plus mauvaise élève de la zone euro

Selon les chiffres d’Eurostat (norme du Bureau international du travail), le taux de chômage s’établit à 8,2 % en France, contre 6,3 % pour l’ensemble de la zone euro — un écart que Marc Touati juge inédit. La France conserve la troisième place des pays à plus fort taux de chômage de la zone euro, derrière la Finlande (10,3 %) et l’Espagne (10,1 %), et devant la Grèce (8 %).
Le chômage des moins de 25 ans atteint 21,1 % en France, contre 14,8 % en moyenne dans la zone euro. L’Allemagne affiche pour sa part un taux de 3,9 % selon la méthodologie Eurostat, un écart que l’économiste attribue en partie à des différences de méthode statistique entre les deux pays.

Controverse : une révision jugée incompréhensible de l’indicateur Insee sur l’emploi

Marc Touati consacre un développement particulier à une révision, opérée selon lui autour du 23 juillet 2026, de l’indicateur du climat de l’emploi de l’Insee. Il indique que la nouvelle série statistique diverge fortement de l’ancienne pour des périodes pourtant déjà publiées, alors que l’indicateur précédent affichait, selon lui, un plus bas depuis 2013. Il estime ne pas disposer d’explication officielle à cet écart et appelle à un audit de la méthodologie de l’institut.
« Ce n’est pas sérieux » — Marc Touati, à propos de la révision de l’indicateur Insee
Cette critique, formulée par l’économiste, porte sur une méthode de calcul statistique de l’Insee ; elle n’a pas fait l’objet, à ce stade, d’une réponse publique détaillée de l’institut que nous avons pu identifier.

Taux d’intérêt : une défiance durable sur la dette française

Le taux d’intérêt à 10 ans de la dette française se maintient autour de 3,95 % début août 2026, après avoir atteint 4,24 % le 23 juillet. Marc Touati observe que ce taux n’a pas suivi le repli des prix du pétrole observé depuis début juillet, ce qui traduirait selon lui une prime de risque spécifique à la France plutôt qu’un effet mécanique lié à l’énergie.
Le taux à 30 ans avoisine 4,6 à 4,7 %, un niveau que l’économiste rapproche des plus hauts observés depuis septembre-octobre 2008. L’écart de taux avec l’Allemagne se maintient autour de 80 points de base, et le taux français a rejoint celui de l’Italie, alors que l’ensemble des autres grands pays de la zone euro empruntent à des conditions plus favorables que la France, selon les chiffres présentés.

Marchés boursiers : un « découplage » jugé dangereux avec l’économie réelle

Alors que l’activité économique ralentit et que les taux d’intérêt souverains restent élevés, le CAC 40 a battu un nouveau record début août 2026. Marc Touati explique ce paradoxe apparent par le fait qu’environ 80 % des profits des entreprises du CAC 40 sont réalisés à l’étranger, ainsi que par des flux financiers qu’il associe notamment aux marchés de cryptoactifs, dont la traçabilité limitée rendrait, selon lui, les marchés actions moins directement sensibles à la conjoncture nationale. Il évoque le risque d’un « ajustement nettement baissier » des marchés à moyen terme.
Perspective : la France sous surveillance des agences de notation
L’économiste rappelle le calendrier des prochaines échéances de notation de la dette française par les agences internationales, notant qu’aucune d’entre elles n’a pour l’instant abaissé la note du pays malgré la dégradation des indicateurs qu’il décrit.

La « bonne nouvelle » de la semaine

Marc Touati conclut son intervention en saluant la maîtrise, en cours début août 2026, des feux de forêt qui ont touché la France, tout en critiquant ce qu’il perçoit comme une insuffisance des moyens de réaction publics au regard du niveau des prélèvements obligatoires et de la dépense publique du pays, qu’il situe parmi les plus élevés au monde.
Il achève sa vidéo, comme à chaque édition, par deux citations, l’une attribuée à Pierre Desproges et l’autre au politologue québécois Joseph Facal, illustrant selon lui l’écart entre le discours public et la réalité économique qu’il décrit.

 

 

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