Avec 44,5 % des voix selon les premières estimations, l’Alternative für Deutschland (AfD) signe une victoire sans précédent dans un scrutin régional allemand. Le durcissement de la politique migratoire de son programme explique en partie ce succès. Un avertissement pour l’Allemagne et pour l’Europe.

Le parti d’extrême droite devance de 26 points la CDU du chancelier Friedrich Merz, qui s’effondre à 18,5 %. Un séisme politique dont les répercussions pourraient dépasser largement les frontières de la Saxe-Anhalt.
Les premières estimations tombées dimanche 6 septembre à 18 heures ont immédiatement confirmé l’ampleur du bouleversement attendu en Saxe-Anhalt.
L’Alternative für Deutschland (AfD) arrive très largement en tête des élections régionales avec 44,5 % des suffrages, soit une progression spectaculaire de 23,7 points par rapport au scrutin de 2021. Le parti dirigé localement par Ulrich Siegmund réalise ainsi son meilleur résultat dans un Land allemand et signe, selon Reuters, la première victoire d’un parti d’extrême droite à une élection régionale allemande depuis la Seconde Guerre mondiale.
La CDU s’effondre
Le contraste avec le résultat des conservateurs est saisissant. La CDU, formation du chancelier fédéral Friedrich Merz, ne recueillerait que 18,5 %, contre 37,1 % lors des précédentes élections. Elle perd ainsi 18,6 points, soit pratiquement la moitié de son score précédent.
Les autres formations se situent très loin derrière : les Verts autour de 8,9 %, Die Linke autour de 9,4 %, le SPD à 8,2 % et le BSW autour de 5 %. Le FDP, avec environ 2 %, échoue à franchir le seuil des 5 % nécessaire pour obtenir des sièges au Parlement régional.
Le résultat de l’AfD n’est toutefois pas synonyme de majorité absolue. Avec environ 39 sièges sur 83, le parti reste sous le seuil des 42 sièges nécessaires pour gouverner seul. La formation du prochain gouvernement régional s’annonce donc particulièrement complexe.
Pour l’AfD, il s’agit néanmoins d’une victoire politique majeure. « Nous avons écrit l’histoire », a déclaré Ulrich Siegmund après l’annonce des premières estimations, revendiquant un « changement politique fondamental » en Allemagne.
Un résultat qui dépasse largement les frontières du Land
L’onde de choc ne devrait pas se limiter à Magdebourg.
La Saxe-Anhalt est certes un Land de l’est de l’Allemagne, marqué par une histoire politique et économique particulière depuis la réunification. Mais le scrutin intervient dans un contexte national où l’AfD a considérablement progressé. Le résultat constitue donc un sérieux avertissement pour Friedrich Merz et pour les partis traditionnels, à l’approche des prochaines échéances électorales allemandes.
La portée du scrutin est d’autant plus importante que l’AfD entend faire de cette victoire régionale un tremplin national. Son programme défend en effet une rupture profonde avec plusieurs orientations fondamentales de la politique allemande actuelle.
1. Une rupture avec la politique allemande vis-à-vis de la Russie et de l’Ukraine
Sur le plan international, l’AfD défend une ligne nettement différente de celle suivie actuellement par Berlin.
Son programme fédéral de 2025 réclame notamment la levée des sanctions économiques contre la Russie, la restauration des relations commerciales avec Moscou et la remise en service des infrastructures Nord Stream. Le parti souhaite également que l’Ukraine devienne un État neutre, en dehors de l’OTAN et de l’Union européenne.
Il serait donc plus précis de parler d’une opposition à la politique actuelle de soutien à l’Ukraine et de confrontation avec la Russie, plutôt que d’affirmer simplement que l’AfD « refuse de faire la guerre à la Russie ».
Cette orientation pourrait, si elle devait un jour être appliquée à l’échelle fédérale, modifier profondément la politique étrangère allemande et, par conséquent, l’équilibre stratégique européen.
2. Une remise en cause radicale de l’Union européenne
Le deuxième axe de rupture concerne l’Union européenne.
L’AfD ne se contente pas de réclamer certaines réformes de Bruxelles. Dans son programme européen, le parti défend la transformation de l’UE en une « communauté d’États souverains », avec une réduction considérable des compétences supranationales. Il souhaite notamment un « Bund européen des nations », dans lequel les États conserveraient autant de souveraineté nationale que possible.
Dans son programme fédéral de 2025, l’AfD reprend cette conception d’une Europe des nations et dénonce la centralisation croissante de l’Union.
La question d’une sortie allemande de l’UE — le « Dexit » — constitue l’étape ultime de cette logique. Il convient toutefois de la présenter comme une option politique envisagée par l’AfD dans certaines circonstances, et non comme une sortie automatique programmée à court terme.
L’enjeu serait considérable : une telle évolution toucherait directement l’architecture politique et économique de l’Europe.
3. La sortie de l’euro et le retour à une monnaie nationale
La position de l’AfD sur la monnaie est, elle aussi, particulièrement radicale.
Le programme fédéral de 2025 affirme explicitement que « l’Allemagne doit sortir du système euro » et prévoit la possibilité de réintroduire une monnaie nationale, notamment le Deutsche Mark. Le parti estime que les coûts de cette transition seraient inférieurs à ceux du maintien de l’Allemagne dans le système actuel.
Cette position constitue d’ailleurs l’une des caractéristiques historiques du mouvement : l’AfD est née en 2013 dans le contexte de la crise de la zone euro et des plans de sauvetage européens.
Une sortie allemande de l’euro constituerait évidemment un bouleversement économique majeur pour l’ensemble de la zone monétaire, compte tenu du poids de l’économie allemande.
4. Un durcissement spectaculaire de la politique migratoire
C’est toutefois sur l’immigration que l’AfD affiche peut-être la rupture la plus visible.
Le programme du parti prévoit notamment un renforcement drastique des contrôles aux frontières, une restriction du droit d’asile, une accélération des expulsions des personnes déboutées de leur demande d’asile et une politique de retour beaucoup plus ambitieuse.
L’AfD veut également remettre en cause plusieurs mécanismes européens de répartition et de solidarité en matière d’asile et s’oppose à l’immigration qu’elle considère comme non nécessaire aux intérêts économiques allemands.
Le parti utilise par ailleurs le terme de « remigration », qu’il définit officiellement comme l’ensemble des mesures visant au retour, dans le respect du droit, des étrangers soumis à une obligation de quitter le territoire.
Dans le programme spécifique présenté pour la Saxe-Anhalt, cette politique est particulièrement développée : accélération des expulsions, création de nouvelles capacités de rétention, conclusion d’accords de réadmission avec les pays d’origine, suppression de certains dispositifs d’intégration et encouragement au départ des personnes n’ayant pas de droit au séjour.
L’AfD souhaite parallèlement privilégier ce qu’elle appelle les « potentiels nationaux » — natalité, formation, mobilisation des chômeurs et allongement du temps de travail — plutôt que de recourir à une immigration accrue pour répondre aux besoins de main-d’œuvre.
Un séisme politique pour Friedrich Merz
Le paradoxe du scrutin est particulièrement cruel pour le chancelier Friedrich Merz.
La CDU avait fait de la lutte contre la progression de l’AfD l’un de ses enjeux politiques majeurs. Or, en Saxe-Anhalt, elle se retrouve reléguée à plus de 26 points derrière son principal adversaire à droite.
Le résultat soulève donc une question désormais incontournable pour la politique allemande : jusqu’où la CDU peut-elle durcir son discours sur l’immigration et la sécurité sans perdre une partie de son électorat au profit de l’AfD ?
Et inversement : jusqu’où l’AfD peut-elle progresser avant que les autres partis ne soient contraints de modifier leur stratégie à son égard ?
Pour l’heure, les formations traditionnelles continuent de refuser toute coopération avec elle. Cette situation pourrait rendre la formation d’un gouvernement particulièrement difficile, malgré l’ampleur de la victoire électorale de l’AfD.
Une nouvelle étape dans l’histoire politique allemande
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt ne signifie donc pas encore que le parti dirigera le Land. Elle marque néanmoins un changement d’échelle dans la politique allemande.
Avec près de 45 % des voix, l’AfD n’apparaît plus comme une force protestataire marginale dans cette partie de l’Allemagne : elle devient la première force politique du Land, avec une avance considérable sur la CDU.
Reste désormais à savoir si cette victoire peut se traduire en pouvoir exécutif. Mais une chose est déjà certaine : le scrutin de Saxe-Anhalt constitue un avertissement majeur pour Berlin et un signal politique qui sera scruté dans toute l’Europe.
🚨🔴 🇩🇪 ÉLECTIONS EN ALLEMAGNE
Ce n’est pas un score. C’est une claque.
AfD 44,5 %. CDU 18,5 %.
L’Est allemand vient de dire à Berlin ce que trop de capitales refusent d’entendre.
Vingt-quatre ans de CDU.Un Land vidé, une immigration subie, une sécurité qui file. Les… pic.twitter.com/Qnir0WMdAJ
— GDams (@Gdams70) September 6, 2026