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L’Église de Metz attend la visite du Pape Léon

Le Saint-Père Léon XIV sera à Metz le 28 septembre prochain. L’évêque de Metz, Mgr Philippe Ballot, souhaite que cette visite laisse une empreinte durable de « joie, de paix, de fraternité et de dialogue ». Entretien.

Mgr Philippe Ballot, évêque de Metz (DR)
Mgr Philippe Ballot, évêque de Metz (DR)

Par Bernard Aubin

À quelques jours de cette visite très attendue, Bernard Aubin (infodujour.fr) a été reçu par Mgr Philippe Ballot, évêque de Metz. L’occasion de mieux connaître le rôle de l’évêque, d’évoquer avec lui sa conception de Dieu, de dresser une sorte d’état des lieux de la religion catholique en France. Et de faire un tour des sujets d’actualité tels que la laïcité, les racines chrétiennes de la France, la capacité de l’Église à évoluer sans renier ses convictions fondamentales, notamment sur le mariage et l’accueil des personnes homosexuelles… Autant de sujets gravitant autour de cet événement national que constitue la visite du Pape à Metz.

Rappel du contexte

Le pape Léon XIV se rendra à Metz le 28 septembre, dernière étape de son voyage apostolique en France après Paris et Lourdes, où il dira une messe à la cathédrale Saint-Étienne. C’est un événement d’ampleur exceptionnelle pour le diocèse mosellan : avant Léon XIV, seuls deux papes sont associés à une visite à Metz, le saint pape Léon IX, originaire de la région et ancien évêque de Toul au XIᵉ siècle, et Jean-Paul II, venu célébrer la messe dans la cathédrale le 10 octobre 1988 lors de son pèlerinage en Alsace-Lorraine.

Les origines de la vocation du petit Philippe

Né en 1956 dans une famille d’agriculteurs très chrétienne, Philippe Ballot découvre très tôt la terre, la nature et la prière. Entré au petit séminaire à 11 ans, il garde de cette période de « merveilleux souvenirs ». Après son bac, un professeur l’encourage à se poser sérieusement la question du sacerdoce : « Pourquoi ne pas changer, être prêtre ? » Une coopération en Centrafrique durant ses études le confirme dans son choix : « Je suis capable de vivre heureux en étant seul ».

Le célibat n’a-t-il pas été un sacrifice trop lourd à porter ?

Loin d’un choix acquis d’avance, Mgr Ballot insiste sur le fait que la foi héritée de l’enfance doit, à un moment, devenir un choix personnel : « ce n’est pas parce qu’on tombe dans une famille chrétienne […] que c’est réglé ». Il évoque des périodes de doute, notamment au grand séminaire, vécues comme une épreuve nécessaire à l’approfondissement : « les doutes ne sont pas des obstacles, ce sont des moyens » proposés par le Seigneur pour aller plus loin.

Comment définiriez-vous Dieu, y compris pour les non-croyants ?

Interrogé sur la définition de Dieu, l’évêque part d’une observation humaine universelle : le besoin d’être aimé. Il relie cette expérience à la figure du Christ : « Nous savons que Dieu est amour […] ce n’est pas un Dieu qui serait une espèce d’entité, mais c’est son être même. » Face à la guerre et aux souffrances du monde, il affirme que Dieu n’est pas absent mais présent dans la détresse : « où est Dieu ? Il est dans cet enfant qui souffre. » Il illustre ce propos par l’engagement des sauveteurs lors des catastrophes, signe selon lui que « l’amour ne peut être éliminé ».

« L’espérance ne déçoit pas. »

Se décrivant comme quelqu’un qui aime la relation et le service, l’évêque de Metz reconnaît aussi ses petits défauts : vivacité, nervosité, et une écoute à progresser. Sa devise, tirée de l’épître de Paul aux Romains, résume sa ligne de conduite : « L’espérance ne déçoit pas » — « ne désespère jamais des autres, ne désespère jamais de toi, et surtout ne désespère jamais de Dieu ».

Assiste-t-on à un étiolement de la religion catholique en France ?

Contestant l’idée d’un déclin inéluctable du catholicisme en France, Mgr Ballot observe au contraire l’arrivée de jeunes générations en recherche : « Des jeunes de 25, 35 ans […] voudraient se rapprocher de l’Église catholique et découvrir Dieu. » Il compare cette dynamique à une plante en hiver : « les feuilles mortes, au printemps ça repart ».

La laïcité protège-t-elle la foi chrétienne ou la freine-t-elle ?

Pour l’évêque, une laïcité bien comprise doit permettre à chacun d’exprimer librement sa foi, au même titre que les partis politiques s’expriment dans le débat démocratique. Il juge « stérile » et « anachronique » la polémique sur le financement d’écrans géants par la Ville de Metz pour la venue du pape, celui-ci étant aussi un chef d’État. Sur l’histoire, il rappelle le rôle unificateur du christianisme en Europe, en s’appuyant sur la figure de saint Colomban, moine irlandais du VIᵉ siècle : « Au sixième siècle, [il] a déjà la conscience que se forme quelque chose qu’il appelle l’Europe ». Il met en garde contre les tentatives d’effacement de ces racines, y compris symboliques (débats sur le nom des vacances scolaires) : « les logiques de suppression sont des logiques mortifères ».

Quel message pour les jeunes aujourd’hui ?

Invité à s’adresser à la jeunesse, Mgr Ballot identifie quatre défis majeurs de notre époque : le changement climatique, le respect de la vie « de son commencement à sa fin », la place de l’intelligence artificielle (« l’homme restera-t-il au cœur, maître de la technique, ou sera-t-il simplement… prédisposé ? ») et enfin la paix, thème central de la venue du pape. Sa conclusion : « Tu peux les relever avec les autres […] et avec un Autre, qui est Dieu ».

Quelle est, selon vous, la mission du pape Léon XIV ?

L’évêque décrit le pape actuel comme une figure qui conjugue la profondeur théologique de Benoît XVI et l’attention aux exclus chère à François : « une belle synthèse de Benoît XVI et de François ». Sa mission, selon Mgr Ballot, est de maintenir un cap : « garder le cap, c’est-à-dire aller vers Dieu ». Il insiste sur l’indépendance du pape vis-à-vis des pressions politiques : « Il ne dépend d’aucune pression ».

L’Église doit-elle s’adapter à son époque ou rester fidèle à ses dogmes ?

Interrogé sur la capacité de l’Église à évoluer face aux critiques de rigidité doctrinale, l’évêque rejette les postures extrêmes, qu’elles soient intégristes ou trop progressistes : « les extrêmes sont toujours à éviter ». Il distingue ce qui peut évoluer dans la compréhension des situations humaines et ce qui relève de convictions de foi intangibles comme la définition du mariage : « Pour nous, la définition du mariage est très claire : un homme, une femme, un engagement. » Sur les personnes homosexuelles, il évoque un accueil et une meilleure compréhension humaine, tout en maintenant la doctrine sur le mariage : les bénédictions accordées restent, dit-il, dans un cadre distinct de celui du mariage religieux.

Que représente pour vous la venue du pape à Metz ?

Pour Mgr Ballot, cette visite du Pape est un « moment exceptionnel » pour une terre marquée par les guerres et devenue « terre d’accueil et de fraternité ». Il y voit un appel particulier : « nous sommes crédibles […] pour être, de manière particulière, promoteurs de la paix ». Il rappelle avec insistance la gratuité totale de l’événement face aux arnaques circulant sur les réseaux sociaux : « Tout ce qui gravite autour de ce déplacement est gratuit ». Seuls des objets souvenirs (« goodies ») et des dons volontaires, via le site officiel, permettent de soutenir financièrement l’organisation des quatre jours de visite.

Le climat social tendu en France ne risque-t-il pas de perturber la visite ?

Mgr Ballot reconnaît la réalité de ce climat social : « Ça commence à bouger un peu en France. » Il refuse toutefois de dramatiser, présentant le pape comme un facteur d’apaisement plutôt que de crispation : « C’est un facteur de paix, c’est un homme de paix ». L’évêque admet cependant les limites de son influence sur d’éventuels débordements : « Je ne peux pas maîtriser les personnes qui le refuseraient. » Il rejette par avance toute instrumentalisation de la visite à des fins de contestation, renvoyant ceux qui chercheraient à raviver les tensions à leur propre responsabilité : « Ceux qui raviveraient des tensions, à ce moment-là, ils en prennent la responsabilité ». Pour sa part, il affirme vouloir incarner, avec la communauté catholique de Moselle, une posture de dialogue : « Je veux être avec le pape et la communauté catholique de Moselle et de France des promoteurs de paix, de dialogue ». Il précise enfin que cet appel au calme ne signifie pas indifférence aux questions sociales du quotidien, mais relève d’un choix de méthode : privilégier la construction commune plutôt que l’affrontement.

Mgr Ballot conclut en souhaitant que cette visite laisse une empreinte durable de « joie, de paix, de fraternité et de dialogue » et aide chacun à traverser les difficultés du quotidien sans céder au découragement, fidèle à sa devise : « l’espérance ne déçoit pas ».

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