Selon le baromètre annuel de l’UNICEF France et de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), 2 355 enfants sont restés sans solution d’hébergement après un appel au 115 à la veille de la rentrée 2026. Un nombre en progression de 42 % depuis 2022.

Alors que des millions d’écoliers s’apprêtent à reprendre le chemin de la classe, des milliers d’enfants continuent de dormir à l’hôtel social, en centre d’urgence, chez des proches ou à la rue. L’UNICEF France et la FAS alertent, chiffres à l’appui, sur une « urgence sociale » qu’elles jugent largement ignorée par les pouvoirs publics.
Ce qu’il faut retenir
- 2 355 enfants sans solution d’hébergement recensés à la veille de la rentrée 2026, dont 514 de moins de trois ans.
- + 42 % depuis 2022, une hausse continue confirmée d’une édition du baromètre à l’autre.
- 63 % des personnes non hébergées après un appel au 115 vivent en famille.
- Un taux de mortalité néonatale huit fois supérieur chez les nouveau-nés de mères sans domicile (étude REPÈRES, 2026).
- Ces chiffres, fondés sur les seuls appels au 115, sont considérés comme sous-estimés : de nombreuses familles ne parviennent pas à joindre le numéro d’urgence, et les mineurs non accompagnés échappent largement au décompte.
Une hausse continue depuis 2022

Cette progression traduit, selon les deux organisations, la saturation persistante des dispositifs d’hébergement d’urgence, contraints d’appliquer des critères de priorité de plus en plus stricts face à l’ampleur des demandes. Faute de places disponibles, de nombreuses familles restent sans réponse, alors même que le parc d’hébergement d’urgence compte plusieurs centaines de milliers de places au niveau national.
Des enfants invisibles dans les statistiques comme dans l’espace public
Derrière ce chiffre global, les situations sont diverses : nuits à la rue, hébergement à l’hôtel social, placement en centre d’hébergement d’urgence ou solutions précaires chez des proches. Dans tous les cas, l’UNICEF France souligne que ces enfants grandissent dans l’incertitude, avec des conséquences directes sur leur accès aux soins, à l’éducation et, plus largement, sur leur bien-être : changements fréquents de lieu de vie, temps de trajet allongés vers l’école, absence d’espace pour se reposer ou faire leurs devoirs.
L’association pointe également un défaut de reconnaissance de cette réalité, à la fois dans le débat public et dans les statistiques officielles, ce qui freine, selon elle, la mise en œuvre de réponses adaptées.
Les mineurs non accompagnés, une zone d’ombre du décompte
Une partie des enfants concernés sont des mineurs non accompagnés, séparés de leurs représentants légaux, parfois après avoir fui un conflit, des persécutions ou la pauvreté. Lorsque leur minorité est reconnue, ils relèvent en principe de la protection de l’enfance. Mais, lorsqu’elle est contestée, ces jeunes peuvent se retrouver sans hébergement ni protection, exposés à l’isolement et à des risques accrus de violence et d’exploitation. Selon l’UNICEF France, cette population échappe en grande partie aux statistiques fondées sur les appels au 115, ce qui contribue à sous-estimer l’ampleur réelle du phénomène.
Femmes enceintes et nouveau-nés : une urgence vitale
Le baromètre met aussi en lumière la situation des femmes enceintes et des nouveau-nés sans domicile. Une étude conjointe du Samusocial de Paris et du réseau Solipam, publiée en 2026 sous le nom « REPÈRES », documente les conséquences de l’absence de logement stable durant la période périnatale : certaines femmes enceintes suivies ont connu jusqu’à 36 lieux de vie différents au cours de cette période, entrecoupés de passages à la rue. Ces parcours résidentiels morcelés accroissent, selon l’étude, les risques de dépression et de dégradation de la santé physique.
Le constat le plus alarmant concerne la mortalité néonatale : elle serait huit fois supérieure chez les nouveau-nés de mères sans domicile stable, comparée à celle de la population générale — une surmortalité que les auteurs de l’étude attribuent à l’instabilité résidentielle, aux ruptures de prise en charge médicale et aux privations matérielles dès les premiers jours de vie.
« Ne nous résignons pas »
« Ne nous résignons pas à voir des enfants naître, vivre et mourir dans la rue. Il en va de notre humanité et de notre responsabilité collective » constate Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France.
Face à ces constats, l’UNICEF France et la FAS appellent les pouvoirs publics à revoir en profondeur les politiques d’hébergement et de logement destinées aux familles avec enfants, et formulent une série de recommandations pour mieux prendre en compte les besoins spécifiques des mineurs dans les dispositifs existants.
Repères
Le baromètre « Enfants à la rue » 2026 est publié par l’UNICEF France et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). L’étude « REPÈRES » sur la santé périnatale des femmes sans domicile a été menée par le Samusocial de Paris et le Réseau Solipam et publiée en mars 2026.
Sources : Baromètre « Enfants à la rue » 2026, UNICEF France et FAS ; étude REPÈRES, Samusocial de Paris et Réseau Solipam (mars 2026) ; questions écrites et débats à l’Assemblée nationale (2023-2025) pour les données de comparaison des éditions précédentes du baromètre.