Le difficile travail de renseignement pour libérer des otages

Après le drame qui a coûté la vie à deux soldats français dans une opération visant à libérer deux otages au Bukina Faso, Chems Akrouf, ancien officier de renseignement de la DRM devenu enseignant-chercheur, explique ici comment s’y prennent les militaires pour traquer les terroristes.

 

L'importance du renseignement géospatial (capture vidéo ministère des Armées)
L’importance du renseignement géospatial (capture vidéo ministère des Armées)
Le cycle du renseignement militaire (site du ministère de la Défense)
Le cycle du renseignement militaire (site du ministère de la Défense)

Au-delà du « véritable exploit », selon l’expression de la ministre des Armées Florence Parly évoquant l’opération des forces spéciales pour libérer les deux otages français enlevés dans le nord du Bénin, il convient d’expliquer le travail préalable de renseignement essentiel à la conduite de ce type d’opération.
Libérer des otages dans des zones particulièrement éloignées comme le sahel, où les ressortissants étrangers sont depuis des années considérés comme des butins pour les groupes terroristes armés, est une affaire menée à chaque fois dans le plus grand secret. L’armée française et les services de renseignement ont grâce à cela développé une forte connaissance des mouvances terroristes et de leurs modes opératoires.
Contrairement à ce qu’on peut imaginer, l’obtention du « GO ! » décidé par le président de la République et qui est indispensable pour lancer une action de libération d’otages, nécessite de nombreuses conditions. Il y a tout un travail de renseignement réalisé en amont et un plan d’intervention qui doit convaincre le CEMA (chef d’Etat-major des armées)

Trouver une aiguille dans une botte de foin.

Logo de la DRM
Logo de la DRM

Les analystes du renseignement en charge de ce travail de renseignement doivent prendre en compte de nombreuses variables. Ce travail réalisé par une poignée d’experts appartenant à la direction du Renseignement Militaire (DRM), et la direction Générale des Sécurité Extérieur (DGSE) doivent combiner tous les renseignements provenant de plusieurs « capteurs ».
Il faut exploiter toutes les ressources disponibles. Les analystes traitent des milliers de données captées en temps réel, provenant de l’imagerie satellitaire, des passages d’avion de reconnaissance tels que les mirages, puis il faut identifier le groupe qui est derrière l’enlèvement à l’aide des écoutes, elles aussi satellitaires.
Les groupes terroristes dans le Sahel, sont fortement connectés avec la population locale. Ils bénéficient de complicité ou exercent des menaces contre ceux qui pourraient les dénoncer. Il arrive aussi que des ‘’locaux’’, non membres de cellule terroriste soient tentés d’enlever des ressortissants étrangers afin de les revendre aux groupes terroristes ou se chargent d’informer certains groupes dès l’arrivée à l’aéroport des touristes arrivant sur place.

Des groupes terroristes habitués à tromper les services de renseignements.

Ces groupes terroristes ont, depuis de nombreuses années, développé des méthodes de contre-mesure afin de se protéger des services de renseignements. Ces terroristes disposent bien sûr de kalachnikov ainsi que d’armement adapté et de lance-roquettes, mais également de lunettes de vision nocturne. Ils piègent également les axes routiers avec des mines cachés et régulièrement déplacées afin de neutraliser leurs poursuivants. Ils enterrent également de l’armement près des endroits où ils pourraient être pris à partie.
Ils ne reculent devant rien : dissimulation de leur campement, camouflage de l’entrée des certaines grottes creusées sous le sol, dissimulation sous les carcasses de véhicules afin de tromper les reconnaissances aériennes. Protocole d’échanges avec des mots-clés afin de limiter la compréhension de leurs échanges.
Ils arrivent même à cloner leur carte SIM afin de tromper les tentatives d’écoutes téléphoniques. Le numéro est dupliqué plus de 100 fois et revendu dans les marchés locaux afin de tromper les opérateurs d’écoutes sur la localisation de ces individus. Certains terroristes sont parfois des sources au sein même des armées régulières de leur pays au sein desquelles ils mènent des trafics. Ils recueillent également de l’information leur permettant d’être au courant des opérations militaires les concernant.
Face à cela, les services de renseignement français ont renforcé leurs méthodes. Ils utilisent des linguistes d’écoute parlant plusieurs dialectes locaux, et des spécialistes appelés « les oreilles d’or » capables de reconnaître une voie ou des intonations afin d’authentifier un individu au téléphone.
Les nouvelles technologies liées à l’analyse satellitaire permettent aujourd’hui de suivre les traces d’un véhicule même invisible à l’œil nu.
Chems Akrouf ancien officier de renseignement de la DRM

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