Monde
Partager
S'abonner
Ajoutez IDJ à vos Favoris Google News

Covid-19 : situation en France et dans le monde au 12 mai 2020

Le général (2s) Dominique Delawarde, ancien officier de renseignement spécialiste des questions internationales et notamment des États-Unis, livre trois fois par semaine désormais une analyse précise de la situation nationale et internationale. Aujourd’hui, coup d’œil sur la Chine.

Carte de l'épidémie au 12 mai 2020 (JHU)
Carte de l’épidémie au 12 mai 2020 (JHU)

Avant propos. Aujourd’hui, jetons un petit coup d’œil sur la Chine : où en est-elle de l’épidémie et surtout où en est son économie ?

S’agissant de l’épidémie, les nouvelles de la Chine ne sont pas mauvaises. Avec 141 patients encore sous traitement, dont 9 cas sérieux, aucun décès Covid-19 et 6 nouveaux cas déclarés par jour, en moyenne, depuis deux semaines (17 nouveaux cas hier tout de même), l’épidémie paraît bien en voie d’extinction totale.
S’agissant de l’économie, les nouvelles sont encore meilleures. La Chine semble déjouer de manière étonnante toutes les prédictions très pessimistes des économistes occidentaux collationnées par l’agence Reuters en début d’épidémie.
Les données mensuelles de l’administration des douanes chinoises ont, en effet, été publiées jeudi dernier. Elles indiquent que les exportations chinoises ont augmenté de 3,5% en avril 2020 alors que les experts occidentaux prévoyaient une chute de 15,7%!

Dans le même temps, les importations chinoise ont baissé de 14,2 % par rapport à avril 2019, alors que les économistes prévoyaient une baisse de 11,2% .

Le surplus commercial de la Chine pour le seul mois d’avril 2020 a donc été de 45,34 milliards de dollars alors que les économistes occidentaux ne prévoyaient que 6,35 milliards de dollars d’excédent.
Avec de telles erreurs d’appréciation, il ne fait aucun doute que le FMI devra revoir ses prévisions de croissance 2020 pour la Chine (dernière prévisions d’avril +1,5% pour 2020), dans sa réactualisation de juillet prochain.

Le différentiel de croissance entre un occident en récession sévère et une Chine qui, elle, poursuit sa croissance devrait, sauf accident, repasser à deux chiffres, chose qui n’est pas arrivée depuis bien longtemps …

Chacun pourra y voir une accélération de la bascule, vers l’Asie, du centre de gravité de la puissance économique mondiale qui sera suivie de près par celle de la puissance militaire.

L’hégémonie de la coalition occidentale sur la planète touche donc, progressivement bien sûr, à sa fin. Les occidentaux vont devoir apprendre, peu à peu, comment les choses se passent lorsqu’on n’est pas du bon côté de la barrière.

Point de situation du Mardi 12 mai 0h00 GMT

Depuis le début de l’épidémie

212 pays ou territoires ou bateaux (2) ont été affectés par le virus, pour 4 252 325 (+ 243 033 en 72 h) cas déclarés.
287 137 (+ 11 161 en 72 h) décès ; 1 526 975 guérisons (+ 144 203 en 72 h) ;

2 438 213 patients en cours de traitement (+ 87 269 en 72 h), dont 46 939 en état critique (- 1 764 en 72h)

A noter que
8 pays ou territoires ne seraient toujours pas affectés par l’épidémie à ce jour (Corée du Nord,Turkménistan, Lesotho, Tonga, Salomon, Îles Marshall, Micronésie, Palaos)
10 pays qui ont été affectés ne le sont plus, par guérison des cas enregistrés. (Saint Barth, Groenland, Anguilla, les Falklands, Surinam, Belize, Papouasie-Nlle Guinée, Nlle Calédonie, Iles Féroé, Ile Maurice). 3 pays qui en étaient sortis sont retombés dans l’épidémie (Yemen, Mauritanie et Sainte Lucie).
73 pays ou territoires ont eu de 1 à 200 cas détectés depuis le début de l’épidémie (34 d’entre eux ne comptent aucun décès, et les 39 autres ne comptent, au total, que 180 décès.)
45 pays ou territoires comptent entre 201 et 1 000 cas détectés depuis le début de l’épidémie pour un total de 722 décès
ur les 210 pays ou territoires ayant été concernés par l’épidémie, 141 ont déclaré de 0 à 50 décès.
4 248 décès du coronavirus déclarés le 9 mai, 3 510 le 10 mai et 3 403 le 11 mai.

22 pays ont déclaré plus de 1 000 décès depuis le début de l’épidémie: dans l’ordre des pertes (USA, Royaume Uni, Italie, Espagne, France, Brésil, Belgique, Allemagne, Iran, Chine, Pays Bas, Canada, Turquie, Suède, Suisse, Mexique, Irlande, Inde, Russie, Pérou, Équateur, Portugal). La Roumanie (982) et l’Indonésie (991) rejoindront ce groupe d’États aujourd’hui, 12 mai.

Sur les 287 137 décès enregistrés dans le monde depuis le début de l’épidémie, 271 153 (94,4 %) l’ont été dans ces 22 pays et 242 316 (84,4%) dans les pays occidentaux (US, UE, OTAN).
2 247 des 3 403 décès déclarés hier (66%) sont « US, UE, OTAN ». C’est ce camp qui paye aujourd’hui et payera demain le prix le plus fort tant sur le plan humain que sur le plan économique (récession sévère + crise économique et sociale probable)

Après la «pause dominicale» habituelle constatée dans les données déclarées, au niveau de la planète, les indicateurs ne repartent pas à la hausse et tendraient à montrer que l’épidémie décroît fortement tant aux USA qu’au Brésil et au Royaume Uni.
Cette baisse simultanée, soudaine, de forte ampleur (- 40%) des décès en seulement 72 heures, alors que les nombres de nouveaux cas et des cas critiques n’évoluent pas vraiment dans ces trois pays a quelque chose d’étrange, voire d’incroyable …  L’épidémie continue également son reflux dans une Europe qui a commencé son déconfinement depuis la mi-avril.
Les bilans devraient encore s’alourdir aux USA, au Royaume Uni et au Brésil. Le cap des 4,25 millions de cas a été franchi hier, celui des 300 000 décès devrait l’être le 13 ou le 14 mai. Tout indique qu’après l’Amérique du Nord, celle du Sud et plus particulièrement le Brésil deviendra le prochain épicentre de l’épidémie.
Les bilans les plus lourds de la journée d’hier restent ceux des USA et du Brésil, Ces deux pays ont déclaré hier: un tiers des nouveaux cas, 44,5% des nouveaux décès et 52,8% des cas critiques de la planète.

Un tableau du bilan actuel du nombre de cas et de décès par grande région du monde permet de voir, en un coup d’oeil, celles qui s’en sortent bien, pour l’instant, et celles qui ont souffert et continuent de souffrir.

bilan

L’Asie, à l’exception de la Turquie, de l’Iran et de l’Inde, est quasiment sortie de l’épidémie. Sa part est désormais stable. La part de l’Europe devrait baisser, peu à peu. La part du continent américain (Nord et Sud) et de l’Afrique va s’accroître très progressivement. L’analyse du tableau ci-dessus montre que les pays en développement, les plus pauvres, s’en tirent mieux que les pays riches qui ont pourtant les moyens de mieux soigner. Avec 26,89% des cas déclarés, les pays en développement, aux populations plus jeunes, moins aseptisées, moins vaccinées, n’enregistrent que 16,52 des décès.

Pour relativiser encore et toujours les bilans humains de cette pandémie, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) nous apprend que, chaque année, la grippe saisonnière est responsable de 5 millions de cas « graves » qui entraînent entre 280 000 et 600 000 décès. Le Covid-19 n’a, à ce jour, affecté que 4,25 millions de personnes (testées) dont près de 650 000 cas graves qui se sont traduits par 287 000 décès.

Situation par pays

Les USA ont enregistré hier, à eux seuls, 25% des cas Covid de la planète. Ils ont les pertes cumulées les plus élevées (près de 82 000 décès soit 28,5% du total de l’épidémie). Le nombre des décès quotidiens se maintient au-dessus des 1 000. Le nombre de patients en cours de traitement a dépassé le million (+ 22 300 en 72 h). Celui des cas critiques se maintient encore à près de 16 500). Les USA ne sont toujours pas au bout de leur peine.
La situation du Royaume Uni reste mauvaise. Le nombre de patients sous traitement continue d’augmenter rapidement. Il a dépassé les 190 000. Le nombre des décès quotidiens qui a baissé brutalement (division par plus de deux du jour au lendemain) est étrangement bas. Cette donnée est inexplicable sauf à avoir trouvé un remède miracle….. ou à appliquer la maxime de Churchill: « Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées ». Le Royaume uni est loin d’en avoir fini avec l’épidémie si l’on s’en tient au nombre de patients sous traitement
La situation du Brésil continue de s’aggraver. Tous les indicateurs restent au rouge. Les nombres des nouveaux cas (3ème au monde derrière USA et Russie) et des cas critiques (2ème derrière les USA à 8 318) restent très élevés . Le nombre de décès est resté élevé lors des dernières 72 heures. Le Brésil entre maintenant dans le dur de l’épidémie.
La situation de la France continue de s’améliorer. Le nombre de cas critiques est en baisse. Le taux de mortalité est, à ce jour, de 408 décès par million d’habitants (hors décès à domicile), pour une moyenne mondiale de 36,8 . Ce taux de mortalité est le 5ème de la planète.
Alors que l’épidémie s’achemine vers sa fin, la France se serait enfin mise à tester et commencerait à rattraper son retard. Avec toujours 21 213 tests par million d’habitants (compteur bloqué depuis 5 jours), la France est désormais à la 50 ème place mondiale pour cette activité recommandée par l’OMS dès le 17 mars. Elle pourrait atteindre, en fin d’épidémie, le nombre quotidien de tests qu’elle aurait dû réaliser au début, pour espérer ralentir la propagation du virus et sauver un maximum de vies. A ce jour, son nombre de tests par million d’habitants reste plus de 2 fois inférieur à ceux du Portugal et de l’Irlande et loin derrière ceux de la Biélorussie ou de la République Tchèque, pays pourtant peu affectés par l’épidémie: c’est «encore trop peu et surtout beaucoup trop tard» pour un grand pays développé…. (décision prise avec trois semaines de retard par le ministre de la santé pour exploiter les capacités existantes des laboratoires vétérinaires).

Responsabilités politiques

Avec un taux de guérison, à ce jour, de 40,7% des cas confirmés, au niveau national, la France fait moins bien que l’Espagne qui a en déjà guéri 66,3%. Elle a beaucoup moins guéri que l’Allemagne qui a déjà renvoyé 84,4% de ses patients chez eux, que la Suisse qui en a guéri 87,7%, que l’Autriche qui en a guéri 88,5% etc. Il semble donc que l’on reste beaucoup plus longtemps à l’hôpital en France qu’ailleurs. Peut être est ce parce que l’on y est admis trop tard et qu’aucun traitement préalable sérieux et efficace n’a été donné à de trop nombreux patients, en amont de leur admission, pour faire baisser leur charge virale.

Les conséquences de l’interdiction faite aux médecins de ville de prescrire certains médicaments pour aider les patients à faire baisser cette charge virale devront être étudiées de près après l’épidémie. Les responsabilités politiques et celles du fameux « conseil scientifique » devront être évaluées. Les liens de chacun des membres de ce conseil scientifique avec les laboratoires pharmaceutiques devront être recherchés sur plusieurs années. Il nous faudra comprendre pourquoi ce genre de décision n’a été jugée intelligente qu’en France.

Re-confinements ciblés

La situation de l’Italie s’améliore, avec une baisse des cas critiques, une hausse très sensible des guérisons dont le nombre est beaucoup plus important que les nouveaux cas. Les décès restent sous la barre des 180/jour..
La situation de l’Espagne en déconfinement présente deux indicateurs inquiétants. Une hausse très nette des nouveaux cas et des patients sous traitement (peut être un simple rattrapage de la pause dominicale). Le nombre des décès reste en baisse. Attendons demain.
La situation de l’Allemagne poursuit son amélioration alors même qu’elle déconfine : deux fois plus de guérisons que de nouveaux cas hier, baisse sensible du nombre des patients sous traitement (- 612 hier), légère hausse des nouveaux cas, et des décès (rattrapage de la pause dominicale ?), légère baisse des cas critiques. L’opération de déconfinement, commencée il y a déjà trois semaines, semble plutôt bien réussir jusqu’à présent, si l’on s’en tient aux indicateurs. Certaines mesures de reconfinement très ciblée sont prises, de manière décentralisée, là où cela paraît nécessaire. Ce déconfinement est donc piloté avec précision et efficacité depuis deux semaines. Il y a peut être quelques retours d’expériences à prendre en compte pour le nôtre.

Avec un taux de mortalité de 751 décès par million d’habitant, la Belgique est et restera le leader incontesté de cet indicateur. Ses données ne sont pas très bonnes pour un pays en déconfinement (nombre de nouveaux cas, de décès et de cas critiques). La progression de son taux de mortalité reste toujours beaucoup plus élevée que celles des pays qui la suivent ….
Les situations de la Suède, du Canada, de l’Inde, de l’Irlande, du Portugal sont stables, celles de la Turquie, de l’Iran et de la Suisse s’améliorent, celles de la Russie, du Brésil, de l’Équateur et du Mexique se détériorent. A noter que pour la Turquie le nombre de guérisons est désormais plus important que celui des nouveaux cas. Si les pertes rapportées à la population sont importantes pour des petits pays comme la Belgique, les Pays Bas, l’Irlande, la Suisse et la Suède, elles restent faibles pour l’Iran, la Turquie, le Pérou, le Mexique et le Canada et très faibles pour la Russie et pour l’Inde.

Politique du test

La Russie teste toujours énormément (188 300 tests hier), d’où un nombre très élevé de nouveaux cas détectés (encore 2ème derrière les USA avec 11 656). Le compteur des cas sérieux ou critiques est bloqué à 2 300 depuis plusieurs jours. Avec près de 180 000 patients sous traitement, la Russie arrive en 3ème position derrière les USA et le Royaume Uni. Le nombre des décès devrait croître dans les jours qui viennent mais il restera faible car la politique «Test, Test, Test, … et traitement au plus tôt» préconisée par l’OMS et appliquée dès le départ en Russie paye. Les patients détectés et traités au plus tôt ont beaucoup plus de chance de survie que ceux admis et traités trop tard dans les structures hospitalières.
L’épidémie continue de s’étendre progressivement en Amérique latine. C’est particulièrement vrai au Brésil, mais aussi, dans l’ordre des pertes humaines, au Mexique, en Équateur, au Pérou, en Colombie, en République Dominicaine, au Chili, en Argentine, et au Panama. L’épicentre de l’épidémie se déplace incontestablement du nord vers le sud du continent américain.

Les taux de mortalité par million d’habitants des 22 pays ayant dépassé les 1 000 décès, dans le tableau ci dessous, donne une petite idée des zones géographiques les plus touchées et de la qualité de la gestion de l’épidémie par les gouvernances de chacun des états.

Pour mémoire, le taux de mortalité Covid-19 est de 36,8 décès par million d’habitants au niveau mondial.

taux en europe

l'europe face à l'épidémie

Europe,France,Monde,