Edition du mardi 24 octobre 2017

Un tour du monde des motos

Par Catroy, un motard

Salut mes amis biker en selle, arsouilleurs et arsouilleuses, en vos dégoulinants d’huiles multigrades et bourrés de qualités pétaradantes.

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blog.michel-loiseau.fr

Autant vous le dire tout de suite : je regrette presque d’être venu en bécane, surtout quand je vois le parc de mobylettes minables jetées devant votre rade. Ce n’est pas que je me la pète, genre parigot, mais j’ai comme dans l’idée qu’ici tout baigne un peu trop dans l’huile. Les tenues, les bottes, le parking, les bécanes… Je crains le pire pour le frichti : si c’est un pain de saindoux frit à l’huile d’olive, mon foie va refiler sa dem, et cash.
Mais c’est bien fait pour ma pomme, je ne me suis pas assez méfié de votre grand chef qui a pris les habitudes du Sud en enjolivant tout : viens on fait une virée entre motards, on va se marrer, qu’il a dit !
J’avais zappé que parole d’Harléiste à franges, c’est pourtant bien connu, ça ne vaut pas plus qu’un clou sur un blouson faussement vieilli et je ne vois franchement pas ce qu’il y a de marrant à cramer une japonaise, surtout si c’est la mienne, quand bien même la mise à feu serait soi-disant tout autant amicale que rituelle. Croyez bien que je regrette amèrement les bastons d’antan, quand je ma baladais avec la chaine de rechange au fond de mon top case râpé : il y aurait eu forcément mariage avec vos tronches en biais.
Mais à quoi bon parler de la modernité du cardan à des propriétaires de sous produits du Wisconsin, à côté desquels même le plus arriéré des cow-boys texans passe pour un intello…
Tout juste bons à astiquer les chromes et à offrir une ballade en vibro masseur à leurs rombières peroxydées, mamelues comme des Prim’holstein et juchées sur des pompes de drag queen pour les rendre un peu moins rase moquette.
Les mecs, j’ai enfin compris en matant vos guiboles miniatures et en arc de cercle, pourquoi les selles des Harley sont à la hauteur de celle du tricycle de mon neveu : elles sont conçues prioritairement pour les nains ou les arthritiques, et je connais des cumulards. Ou alors on nous aura caché une profonde pénurie de ferraille aux States…

La mob à Tatcher

Et puis, avec une HD, pas de risque de frotter le casque sur le bitume dans un virage osé : les angles ne dépassent pas les 5 degrés, sinon les marche pieds qui servent de repose bottes se font la malle dans la bobine du suivant, qui ne peut pas les éviter, pour les mêmes raisons. Ajoutez à cela un compteur de vitesse égaré sur le réservoir et qui vous fait quitter la route des yeux à tout bout de champ, et vomotard10us complétez utilement les possibilités d’aller au tas dès la première courbe. Toutefois, le véritable ennemi du Harléiste reste la pluie : il suffit de trois gouttes à cette salope pour l’obliger d’une part à serrer très fort les fesses pour ne pas se vautrer, et d’autre part à acheter un baril d’huile de coude et à virer le reste de sa paie chez Mirror, s’il sort indemne de la virée humide. Pour en finir avec l’apologie de ce non sens de la mécanique, la Harley reste sans conteste et hors échappement libre, le moyen de locomotion le plus bruyant et le moins sûr pour se traîner d’une terrasse de café à la suivante.
Bien entendu, à chaque étape, l’Harléiste, conscient d’avoir échappé au pire, se rince abondamment la cloison en ingurgitant force cannettes de bière plus ou moins tiède, mais toujours sans saveur, accompagnées pour faire ricain de hamburgers trop cuits mais dégoulinant à souhait de ketchup et venant décorer ses couleurs, quand il reste de la place entre les cadavres de moucherons suicidaires.
L’homme à la Harley ne salue pas les autres motards. Ce n’est pas un principe chez lui, mais une attitude imposée par la fâcheuse tendance de la machine à s’envoyer dans les décors dès que le pilote lâche le guidon, ne serait-ce qu’une seconde.
Mais les autres motards ont tort de croire que les Harléistes ne sont que des bêcheurs qui n’aiment pas leurs semblables juchés sur des machines non estampillées USA. La meilleure preuve reste quand même les mouvements désespérés de sémaphore de ces derniers pour attirer l’attention quand ils tombent en panne au bord de la route, généralement après avoir perdu une partie de leur rutilant coursier, pour cause de vibrations excessives. Le doigt ou le bras d’honneur reste la réponse classique et, je dois bien l’admettre, méritée, à leur habituelle absence de fair play, la vengeance étant un plat qui se mange bien recuit sur les pots d’échappement.
Le Rosbif, quant à lui, est d’une autre trempe : de la gueule, mais rien dans le sac.
Généralement équipé d’un bol gris métallisé, de lunettes climax, avec une écharpe délavée autour du cou, il se croit toujours sur les routes des Indes au guidon d’une Royal Enfield, en bon nostalgique du temps de la grandeur de l’Empire britannique. C’est le routard de l’extrême, juché sur une machine qui a toujours été vintage et dotée d’un cadre en chewing gum vivant sa vie de son côté.
La mobylette à la Tatcher pisse tellement l’huile qu’il vaut mieux la récupérer en glissant aux endroits stratégiques les multiples boites de conserves réservées à cet usage et qui encombrent toujours le sac réservoir du Rosbif digne et aguerri. Les seuls joints que connaissent les anglaises, sont ceux que fument leurs propriétaires, dont l’entrainement à regarder les autres de haut n’a d’égal que leur capacité à boire de l’eau chaude à tous les coins de rue et à s’en délecter. Le Rosbif n’est pas miscible dans l’alcool, sauf le sherry ou la Guiness, ce qui désespère évidemment les autres motards, qui, eux, ne craignent plus ni l’apéro elbow ni les boissons interlopes depuis bien longtemps.

Le Rital, jeune et fringant

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dessins fr.123rf.com

Fort heureusement, le Rosbif est en voie de disparition, les BSA, Triumph et autres Norton sont restées ce qu’elles ont toujours été: des pièces de collection, de celles que l’on montre aux petits enfants en leur évoquant d’un air songeur et admiratif toutes les galères contées par feu Pépé quand il draguait Mémé au guidon de sa friteuse. Bref, des légendes à exhiber en vitrine dans son salon, à côté des médailles des ancêtres, dont on ne sait plus vraiment pourquoi ils les ont obtenues, mais qu’on respecte à tout hasard. D’ailleurs, à voir l’air effaré des têtes blondes devant une telle désolation technique, la renaissance des vieilles anglaises n’est pas à l’ordre du jour, malgré les relooking qui ont réussi à écoeurer même les nostalgiques encore vivants.
Le Rital, lui, est toujours jeune et fringant. Passés les 40 ans, aucun individu normalement constitué ne se risque à monter sur une machine élucubrée dans la botte transalpine. En effet, il faut être jeune, avoir un dos encore entier (et un papa plein aux as) pour oser monter sur une Ducati, une Benelli ou une MV Agusta, les Laverda ayant, comme les dinosaures, fort heureusement disparu du paysage.
Le Rital se déplace pendant très peu de temps et toujours en couple: le pilote et son mécano, le moteur des italiennes refusant de tourner normalement après 60 kilomètres. Révision complète d’usage, et çà tombe bien, parce que, le dos du pilote étant cassé, les deux compères sont rejoints par le kiné qui répare l’homme, mais pas aussi vite que la machine… Alors, lissant sa fine moustache et remettant en place une invisible mèche, le fier Rital se glisse dans son Alfa Roméo, non sans avoir longuement embrassé sa bella regazza, forcément éperdue d’amour devant un tel exploit.
Le rutilant bolide, qui a obstinément refusé de redémarrer, est alors hissé sur une remorque couverte d’adhésifs Ferrari, Giani Rana et Gelati Motta, les aides du dieu roulant se tassant tant bien que mal sur la banquette arrière, les genoux dans les narines, en route vers la pastachoute de la Mama et la Grappa du Nono pour célébrer cette énorme victoire sur le bitume et l’adversité ambiante.
Bien entendu, tous les Ritals ne se comportent pas ainsi: il y a les propriétaires de Moto Guzzi, qui sont un peu comme qui dirait des Harléistes, mais avec l’odeur du parmesan fondu en plus.
Contrairement à ce qui saute aux yeux à première vue, le Guzziiste n’est ni systématiquement californien ni atteint de la maladie de Parkinson : il met juste un peu de temps à effacer les effets des vibrations de la machine et sa trouille provoquée par une tenue de route très aléatoire.

Les cousins germains

Tel n’est pas le cas du pilote venu de Germanie : la BMW ne vibre pas, est confortable, sans goût ni saveur, mais toujours équipée de la dernière technologie indispensable aux aventuriers dorés sur tranche. La BMV a deux avantages : elle est stable et chère, tant à l’achat qu’à l’entretien. Il lui manque juste deux roues et un toit pour être parfaite. Il faut bien reconnaître que le savoir faire d’outre Rhin ça se paie et cela doit se faire savoir : on n’achète pas une BMW, on condescend à vous en vendre une.
Les concessionnaires sont d’ailleurs tous nostalgiques du temps ou le client payait en deutchmarks, une monnaie quand même autrement plus sérieuse que cet euro de Monopoly. Pourtant, cédant à la modernité, BMV a abandonné lâchement en route son kick latéral impossible à utiliser, mais qui fracassait si bien les mollets, laissant un temps croire que les syndicats des chirurgiens et des kinés sponsorisaient sournoisement la marque.
Tout fout le camp, décidément, puisque la Police Nationale Française ne se fournit presque plus outre Rhin, préférant ces saloperies de japonaises pour une sordide histoire d’argent. Même Münch ne réussit plus à vendre ses bolides depuis que la Mammouth est équipée d’un moteur de Vectra en lieu et place de ce bon vieux moteur NSU, fût-il rotatif.
La dernière en date n’a pas trouvé son public. Faut dire qu’à 80.000 € hors options, ça calme même les plus fervents adeptes de la Deutche Qualität, qui n’est malgré tout plus ce qu’elle était du temps des Panzer… Contrairement aux idées reçues, les Béhèmvistes ne portent pas un casque à pointe, même s’ils ont conservé la démarche un peu raide des soldats prussiens quand ils descendaient de leur cheval.
L’œil fixé sur la ligne bleue de la Forêt Noire, ils semblent totalement étrangers au monde qui les entoure, peuplé de sous hommes n’ayant pas les moyens de s’offrir un fleuron de l’industrie munichoise. Tout de cuir noir vêtus, hiver comme été, ils transpirent à grosses gouttes, en se déplaçant comme des Frankenstein échappés du labo.
Le sourire qu’ils arborent n’est que de façade, toutefois un peu forcé, comme des qui se sont cogné le petit orteil contre une porte mais qui affirment entre les dents « même pas eu mal ». En effet, le Schpountz se doit de rester supérieur en toutes circonstances, même quand il se jette sur un bock de bière bien frais, qui ne serait pas de la pils, seule boisson réellement digne d’un compatriote de Goethe et d’Angela Merkel.

 

Les belles asiatiques

Moto de dépannage rapideRien à voir avec ces bridés qui sourient tout le temps, ces salopards de Niaquoués, qui paradent joyeusement en tête du hit parade des ventes, et qui picorent du riz au lieu de la choucroute. Cela fait bien longtemps que ceux là ne produisent plus de machines bien laides et au fonctionnement plus qu’aléatoire. La Quatre Pattes de Honda a sonné le glas des machines à l’ancienne, entamant une irrépressible ascension technologique et centimètre cubique. Que ce soit en Kawasaki, Suzuki, Yamaha ou Honda, il est impossible de différencier le pilote d’une machine japonaise, parce qu’il est devenu la norme, quelque soit la discipline. Je dis cela bien entendu en toute objectivité, moi qui en suis à ma 8ème Honda…
Et puis il y a les machines de marques tellement exotiques que tout vrai motard entre en transe quand il en voit une : Royal Enfield, Bultaco, KTM, Husqvarna, Zundapp, MZ, CZ, Jawa, Oural, Gnome et Rhône, Ratier, Terrot, Gillet, Motobecane, sans oublier la plus que confidentielle Voxan…
Un conseil, si vous en voyez une, prenez vite une photo et faites la dédicacer par son propriétaire : cela lui fera plaisir de compenser ainsi un peu ses difficultés à entretenir son bolide, tout en restant le meilleur moyen de prouver votre bonne foi, vue votre gueule de carabistouilleur.
Bon, maintenant que je suis bien fâché avec tout le monde et que ma bécane est cramée, il ne me reste plus qu’à devenir automobiliste ou piéton, histoire de me fondre dans la masse.

Catroy

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