Edition du mardi 17 juillet 2018

Footballeuses, « Comme des garçons » !

« Crampons et nichons » : Julien Hallard évoque dans une comédie la création de la première équipe féminine de foot de France.

L'équipe des filles de "Comme des garçons" avec leur coach, joué par Max Boublil.

L’équipe des filles de « Comme des garçons » avec leur coach, joué par Max Boublil.

« C’était juste des filles de milieu populaire qui voulaient jouer au foot, c’est du féminisme pragmatique : comment conquérir un droit », précisait Julien Hallard, à propos de son premier film, « Comme des garçons » (sortie le 25 avril), lors de sa présentation en avant-première aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer. Un film « inspirée d’une histoire vraie », la création de la première équipe féminine de foot en France, à Reims, à l’initiative d’un journaliste de « L’Union », en 1969. « Une épopée hors du commun », alors que le mythique Stade de Reims était « l’équipe la plus connue de France à l’époque », avec son maillot rouge, manches et short blancs.

Les filles ont repris les mêmes couleurs, mais ont dû affronter bien des obstacles (le machisme, les idées reçues, les « ça ne se fait pas »…) avant d’aller droit au but : l’émancipation, à une époque qui voyait plutôt « les hommes au ballon et les femmes à la maison ». Pour avoir un regard de fille et l’aiguiller vers une vision « féministe » du récit, Julien Hallard a collaboré avec plusieurs jeunes femmes au scénario, dont Claude Le Pape (« Les Combattants », « Petit Paysan ») et Fadette Drouard (« Patients »), à qui l’on doit le slogan « Crampons et nichons » braillé par « les cramponneuses ».

Une agréable reconstitution de l’époque

Star de l’équipe, Vanessa Guide joue une discrète secrétaire du journal qui se révèle formidable meneuse de jeu sur le terrain ; comme plusieurs de ses futures coéquipières, la comédienne n’avait jamais joué au foot, et a suivi un sérieux entraînement avant de maîtriser l’art du dribble, du lob, et de la lucarne. « De ça est née une vraie équipe », assure le réalisateur, qui a soigné une agréable reconstitution de l’époque, les années 60-70, jusqu’à la musique composée par Vladimir Cosma, une référence. « Je voulais faire quelque chose de très stylisé sans être documentaire », précise Julien Hallard.

Si l’équipe de filles  (Vanessa Guide, Sarah Suco, Carole Franck, Solène Rigot, Mona Walravens…) est impeccable dans le jeu, le défaut du film c’est bien le garçon au milieu de ces demoiselles, car Max Boublil en fait beaucoup trop dans un personnage excessif de minet de l’époque, journaliste macho, frimeur, dragueur… « Les hommes ne sont pas trop bien traités dans le film », admet le réalisateur, en pensant notamment à ces respectables messieurs de la fédération pour qui le foot est alors « un sport de mecs ».

Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire par le biais de la comédie ?

Julien Hallard : "J'ai pris des filles qui avaient du caractère".

Julien Hallard : « J’ai pris des filles qui avaient du caractère ».

Julien Hallard : Dès le début, je ne me sentais pas de faire un film choral, ça manquait de point de vue, j’aurais pu faire une comédie à l’anglaise, mais j’ai toujours l’impression que dans ces films-là il manque un point d’accroche. La comédie romantique c’est une manière de se divertir, mais le sujet est vraiment là, ce sont des personnages à qui on peut s’identifier, alors qu’un vrai film à thème c’est un peu plus rébarbatif. Je ne voulais pas non plus faire un film de sport, c’est toujours casse-gueule, à part les films de boxe, c’est difficile à représenter, ce n’est pas passionnant pour les gens qui aiment le sport ni pour ceux qui n’aiment pas le sport. Par exemple, le foot est mal filmé dans « Coup de tête », on n’y croit pas.

« Ce qui me tenait à cœur, c’était cette équipe »

Est-ce que la fonction de coach ressemble à celle de réalisateur ?

C’est très dur d’être coach, il faut avoir de la psychologie, mener ses hommes, avoir des idées tactiques, stratégiques, il faut être vraiment meneur d’hommes et être sûr de son fait, ça doit ressembler à réalisateur quand même, finalement, il faut être là pour créer la cohésion de l’ensemble. Ce qui me tenait à cœur, c’était cette équipe, j’ai pris des filles qui avaient du caractère, je les ai mises ensemble, et là c’était l’alchimie.

Les vraies « filles de Reims » furent des pionnières, dans le milieu macho du foot…

Oui, ces filles ont monté une équipe, ensuite il fallait trouver des adversaires, des filles pompiers, des bonnes sœurs, des comités d’entreprise… Elles ont créé l’engouement dans la région Champagne-Ardenne et ailleurs, tout de suite elles sont parties à l’étranger pour jouer contre d’autres équipes. Elles ont joué dans le bloc de l’Est, elles ont voyagé aux Etats-Unis, à Haïti, elles étaient connues dans le monde entier, elles ont joué dans des stades de 20.000 personnes en Amérique Latine.

Pourquoi avoir fait du personnage masculin une caricature, proche du ridicule ?

Parce que je ne suis pas un naturaliste. En terme de comédie, je trouve ça intéressant d’avoir un mec comme ça un peu abusé, ça fonctionne, les personnages je les aime bien comme ça, assez typés, très dessinés. C’est un personnage archétypal de dragueur invétéré, en fait c’est un mec qui n’a rien compris, et qui va comprendre à la fin. Je suis né dans la comédie, j’ai grandi avec une tradition française de la comédie, mon style c’est un truc intermédiaire, entre deux, avec la comédie et le cinéma que j’ai regardé adolescent. Et pour trouver un acteur français de trente ans qui ait de la personnalité et du charme, qui accepte d’aller dans la comédie, de se faire caricaturer par moment, ce n’est pas si simple, mais Max a répondu à ça lors des essais.

Propos recueillis par Patrick TARDIT

« Comme des garçons », un film de Julien Hallard (sortie le 25 avril).

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