Edition du jeudi 24 août 2017

    Affaire Grégory : parole contre parole

    Murielle Bolle, 48 ans, la belle-sœur de Bernard Laroche et son cousin Patrick F., 54 ans sont restés sur leurs positions cet après-midi devant le magistrat instructeur, Claire Barbier. Un coup pour rien ? Pas sûr !

    Murielle Bolle est restée sur ses positions

    Murielle Bolle est restée sur ses positions

    « Chacun des protagonistes est resté sur ses positions. Le témoin a maintenu les déclarations qu’il avait faites. L’information se poursuit. Il y a une commission rogatoire, les gendarmes poursuivent leurs investigations. »
    Voilà ce qu’a déclaré Jean-Jacques Bosc, le procureur général de Dijon, cet après-midi, à l’issue de la confrontation entre Murielle Bolle, poursuivie pour « enlèvement suivi de mort » du petit Grégory Villemin, le 4 octobre 1984 et détenue à la maison d’arrêt de Dijon et son cousin, Patrick F. Ce dernier soutient depuis le mois de juin 2017 que si Murielle Bolle s’est rétractée, après avoir affirmé à trois reprises qu’elle était dans la voiture de Laroche lorsqu’il a enlevé Grégory, c’est parce qu’elle a reçu une raclée de la part de sa famille. Lui-même aurait assisté à cette nuit de violence. C’est donc un témoin direct.

    Deux versions inconciliables

     A l’époque des faits, Murielle Bolle a 15 ans. Elle va au collège de Bruyères. Dix-sept jours après l’assassinat de Grégory, Murielle est entendue par les gendarmes. Elle leur révèle que Bernard Laroche, son beau-frère, est venu la chercher à la sortie du collège. Ils sont allés au domicile des époux Villemin. Bernard aurait enlevé l’enfant qui jouait devant la maison. Ils seraient redescendus dans un autre village. Là, Bernard aurait confié l’enfant à deux autres personnes avant de remonter dans la voiture. C’est le lendemain, en voyage le journal, que Murielle aurait compris ce qui s’était passé.
    Elle donne cette version aux gendarmes à deux reprises. Puis au juge Lambert. Mais, le 6 novembre, elle se rétracte. Tout ce qu’elle a dit aux enquêteurs est faux. Ce jour-là, elle est revenue en car de son collège.
    Pendant 33 ans, elle ne changera plus de version.
    Pourtant, le 14 juin 2017, un cousin de Murielle contacte les enquêteurs. Il n’a jamais parlé. Pendant trois décennies il a gardé pour lui un lourd secret. Cet homme de 54 ans qui a eu dans le passé affaire à la justice, témoigne que le 5 novembre 1984 (donc la veille de la rétractation) Murielle Bolle a reçu la raclée de sa vie. C’est la raison pour laquelle elle serait revenue sur ses déclarations. Le témoin affirme avoir assisté à « une scène insoutenable ». Il parle de « lynchage », de « gifles », de « cheveux arrachés » par sa propre sœur, Marie-Ange.
    Plus tard, il rejoindra Murielle dans sa chambre pour lui apporter à manger. Elle lui aurait alors confié « n’avoir pas menti aux gendarmes. »
    Après trois heures de confrontations, les deux cousins n’ont pas varié de discours.

    D’autres éléments

     Pour l’avocat de Murielle Bolle, Me Jean-Paul Teissonnière, ce témoignage est « faux ». En effet, dit-il, « Il apparaît que le cousin ne pouvait pas être là. Il apparaît qu’aucune violence n’a pu intervenir à cette date. »
    L’avocat du cousin Patrick F., Me Tymoczko a une autre approche : « [Mon client] a réitéré l’ensemble de ses déclarations, en donnant des détails supplémentaires. Murielle Bolle continue d’affirmer en dépit du bon sens qu’elle ne le connaît pas plus que ça… Il a évoqué des détails qui prouvent qu’il la connaissait qui pourront être vérifiés. On ne peut pas dire aujourd’hui que c’est forcément mon client le menteur face à quelqu’un qui dit toute la vérité. »
    Le procureur général de Dijon, Jean-Jacques Bosc rappelle que « c’est la troisième fois que le témoin est entendu et qu’il maintient ce qu’il a dit. Nous avons d’autres éléments dans le dossier qui sont en faveur de pressions sur Murielle Bolle, notamment d’une infirmière et il y a des vérifications qui sont en cours. J’ai espoir que l’information progresse. »
    Il ajoute : « Le témoin me paraît crédible par rapport à d’autres éléments que nous avons dans le dossier, d’autres personnes qui évoquent ces pressions entre le 5 novembre et le 6 novembre 1984. »
    Affaire à suivre.

    M.G.

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