Edition du vendredi 15 décembre 2017

Santé par les plantes : pourquoi il faut se montrer exigeant sur leur provenance

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Millepertuis officinal ou Hypericum perforatum, utilisé pour ses effets antidépresseurs.
Pethan/Wikimedia, CC BY-SA

François Chast, Université Paris Descartes – USPC

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la Science 2017, qui se tient du 7 au 15 octobre, et dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez tous les débats et les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.


Les plantes, ou plutôt leurs extraits, sont des médicaments comme les autres : efficaces, donc potentiellement dangereux. Dans l’extrait du livre Les médicaments en 100 questions (Editions Tallandier) que nous publions ici, l’auteur, professeur de pharmacie, souligne la valeur thérapeutique de la phytothérapie exercée de manière scientifique. En raison des principes actifs qu’elles contiennent, les plantes doivent être utilisées avec la même rigueur que des molécules synthétisées par la chimie, estime-t-il.

Les plantes ont constitué l’essentiel de la pharmacopée jusqu’au XXe siècle et demeurent, aujourd’hui encore, une source majeure de médicaments. Soit parce que leurs constituants sont de précieux principes actifs, soit parce que les chimistes savent modifier la structure de certains de ces principes pour les rendre moins toxiques, voire pour accentuer leur efficacité.

Les exemples sont nombreux, notamment en cancérologie. Ainsi, l’if, dont un extrait serait inefficace et toxique, a donné le Taxol et le Taxotere, deux médicaments efficaces dans le traitement des cancers de l’ovaire, du sein, du poumon. Le podophylle, la pomme de mai américaine, a permis d’extraire l’étoposide, base de la chimiothérapie de diverses tumeurs solides ou de maladies du sang ; à partir de l’arbuste chinois Camptotheca, on a pu isoler l’irinotécan, un anticancéreux utilisé dans le traitement du cancer colorectal ; la pervenche de Madagascar a fourni la vincristine et la vinorelbine, prescrites dans les leucémies et le cancer du poumon.

L’artémisinine contre le palu

Il n’existe pas de domaine thérapeutique dont le monde végétal soit absent. Sait-on que c’est grâce au sisal mexicain que les premières « pilules » contraceptives ont vu le jour ? Se souvient-on que la quinine, traitement majeur du paludisme, née au début du XIXe siècle, est issue du quinquina et que le traitement du paludisme est actuellement en plein renouveau grâce à l’artémisinine, extraite d’une variété d’Artemisia, communément dénommée « grande absinthe » ?

Ce sont des champignons qui ont permis de produire la plupart des antibiotiques, mais aussi les statines qui abaissent la mortalité cardiovasculaire grâce à leur action sur le métabolisme des graisses ; la ciclosporine, extraite d’un champignon norvégien, a permis, il y a plusieurs décennies, l’essor des greffes d’organes. Sans oublier la morphine et la codéine, extraites du pavot, dans le traitement de la douleur, ni les curares, substances extraites de certaines lianes d’Amazonie, si précieuses en anesthésie…

Attention aux intoxications

Pour autant, les plantes ne sont pas sans danger. En France, 5 à 10 % des intoxications observées aux urgences hospitalières sont dues à l’ingestion de plantes. Certaines sont même « infréquentables » comme l’opium d’où est issue l’héroïne, la coca qui donne la cocaïne et le cannabis consommé sous forme d’herbe ou de résine.

À l’état « brut », naturel, les plantes n’ont d’ailleurs que peu, sinon pas du tout, d’efficacité thérapeutique. On aurait beau ingérer des fleurs de pervenche, de l’écorce de quinquina, ou une colonie de Penicillium, la maladie subsisterait inexorablement. C’est seulement l’extraction des principes actifs et leur mise en forme pharmaceutique, avec un dosage précis et une surveillance rigoureuse de leurs effets, qui leur confèrent une valeur thérapeutique.

Ne pas opposer nature et chimie

L’idée selon laquelle les plantes pourraient guérir « en douceur » alors que la chimie ferait violence à l’organisme malade n’a aucun fondement scientifique.

Les plantes constituent une ressource trop importante en variété et trop complexe pour laisser n’importe qui conseiller n’importe quoi. La « Nature » est parfois, et même souvent, une fausse amie, et la mise sur le marché des plantes doit rester l’apanage des professionnels de santé. La phytothérapie ne saurait donc se prévaloir d’un statut scientifique si ceux qui la pratiquent n’ont pas une solide formation scientifique et médicale.

De possibles falsifications

Le marché des plantes est aussi celui qui pâtit le plus de falsifications, en particulier dans le cas de provenances « exotiques ». Asie, Afrique et Amérique latine sont en effet de fréquentes sources ; les contaminations bactériennes et parasitaires et les adultérations (présence de métaux, de pesticides, de conservateurs) sont des risques permanents.

The ConversationMéfions-nous plus que jamais des amateurs éclairés et des marchands d’espoir qui surfent sur la vague du « naturel » pour faire des plantes des médicaments au rabais, voire dangereux pour notre santé et notre sécurité. Elles n’ont mérité ni cet excès d’honneur, ni cette indignité…

Couverture du livre, paru le 15 septembre 2016.
Tallandier

François Chast, Professeur de pharmacie, Université Paris Descartes – USPC

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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