Edition du samedi 21 octobre 2017

Marseille : La journée burkini annulée

La polémique a eu raison de la journée organisée pour les femmes musulmanes souhaitant se baigner avec un vêtement couvrant tout le corps, genre burka.

Femme en burkini

Femme en Burkini (wikipédia;org)

C’était une première. Le 10 septembre 2016 devait être une journée particulière organisée par l’association Sœurs marseillaises initiatrices de loisirs et d’entraide (SMILE) des Bouches-du-Rhône dans un parc aquatique de la région de Marseille. Une journée Burkini réservée aux femmes musulmanes qui, d’ordinaire, ne se baignent pas en maillot de bain traditionnel. Le Burkini ou le Jilbeb sont suffisamment amples pour couvrir pratiquement tout le corps.
C’est Melisa Thivet, fondatrice de SMILE qui a eu l’idée de réserver pendant une journée pour 15.000 € le Speedwater, un parc de 4 ha réservé entre Aix et Marseille aux plaisirs de l’eau. Avec 1.000 entrées à 15 €, elle amortissait l’investissement.

Un contexte peu favorable

Mais l’affaire a été ébruitée et la polémique a enflé. S’il est vrai que le parc Speedwater est une structure privée et donc libre de louer ses installations à qui elle veut, le contexte actuel a joué contre l’association SMILE.
C’est le sénateur FN et maire du 7ème arrondissement de Marseille Stéphane Ravier, le premier, suivi par la députée et maire du 6ème arrondissement Valérie Boyer (LR) qui ont ouvert les hostilités en se disant opposés à cette journée réservée aux musulmanes. « Je ne fais que jouer mon rôle d’alerte » souligne le sénateur FN ». Quant à la députée, elle pointe « l’expression visible de la volonté des intégristes de marquer leur territoire ».
Leurs partis respectifs relayés par les réseaux sociaux ont fait le reste. La polémique sur la place de l’islam dans la société a mis le feu aux poudres. « Ils chassent les mêmes électeurs » dénonce de son côté la sénatrice des Bouches-du-Rhône Samia Ghali (PS). Elle se dit « écoeurée par cette polémique visant encore une fois à stigmatiser les musulmans » rappelant que l’événement du 10 septembre est prévu dans un lieu privé sans aucune subvention publique. « Pourquoi empêcher les gens de se baigner comme ils veulent » demande-t-elle ?
La préfecture de police de Marseille ne peut pas interdire cette manifestation puisqu’elle est privée. Finalement, c’est le sénateur Michel Amiel (ex-PS) maire des Pennes-Mirabeau (13) commune sur laquelle se situe le parc qui a décidé d’interdire cette baignade tout habillée. Jeudi 4 août, le maire a pris un arrêté interdisant l’événement « au motif qu’il est susceptible de troubles à l’ordre public. » Le maire estime qu’il s’agit « d’une provocation dont on n’a pas besoin dans le contexte actuel. »
L’association SMILE 13 a été créée en janvier 2015 et compte à ce jour environ 200 membres. Elle organise des manifestations pour ses membres sans l’aide de subventions publiques. La présidente, Nadia Guemdani, donne des cours d’arabe dans une mosquée de la ville et s’occupe des femmes voilées pour qu’elles sortent de chez elle. L’association organise des cours d’équagym dans une salle de sport de Marseille. Le 9 juillet 2016, une « kermesse aquatique de l’Aïd » a été organisée pour quelques dizaines de musulmanes. Le port du Burkini était obligatoire.

Marie-Odile Schmitt

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