Edition du vendredi 20 juillet 2018

1000 sources d’eau potables menacées

L’UFC-Que Choisir exige un bilan des mesures de protection !

La ressource aquatique de plus en plus menacée

La ressource aquatique de plus en plus menacée

A l’occasion de la journée mondiale de l’eau, l’UFC-Que Choisir, constate l’absence d’information sur la protection du millier de sources d’eau potable prioritaires menacées de fermeture du fait des pollutions en pesticides, en nitrates ou de l’épuisement de la ressource. L’association interpelle le Ministère de l’Environnement pour obtenir un bilan détaillé des mesures de protection mises en œuvre, telles qu’exigées par la loi.
Alors que les fleuves et nappes phréatiques sont de plus en plus pollués par les rejets agricoles ou voient une diminution dramatique de leurs niveaux pendant l’été, la mobilisation de la société civile en 2007 à l’occasion du Grenelle de l’environnement, puis en 2013 lors de la deuxième conférence environnementale pour la transition écologique, a permis d’identifier à travers toute la France un millier de sources et de captages destinés à la production d’eau potable plus particulièrement concernés par ces menaces et dont la protection a été jugée prioritaire.

Alerte pollution

Sur ce millier de sources prioritaires, 29 % sont menacées de fermeture du fait des pollutions en pesticides, 10 % du fait des pollutions en nitrates et 42 % du fait des pollutions cumulées en pesticides et en nitrates1. Les mesures de protection contre ces risques prévues par la loi consistent à développer à proximité des sources les modes de production les plus respectueux de l’environnement tels que l’agriculture biologique ou, dans le cas d’un maintien de l’agriculture conventionnelle, à encadrer très strictement, voire interdire, l’usage des pesticides et des engrais.
Les exemples de Lons-le-Saunier en France, d’Augsbourg ou de Munich à l’étranger, démontrent l’efficacité de ces mesures. Ainsi à Lons-le-Saunier l’implantation de prairies et de l’agriculture biologique à proximité du captage, ainsi que la rotation obligatoire des cultures et la réduction des engrais et pesticides dans le périmètre éloigné, permettent de distribuer l’eau sans autre traitement que la chloration, pour un surcoût douze fois moins élevé que le coût moyen d’un traitement des nitrates2. La généralisation de ce type de mesure est d’autant plus indispensable que plus de 2 millions de consommateurs français sont desservis par une eau contaminée par ces polluants agricoles3. Quant aux sources concernées par une diminution du débit, les mesures à mettre en place consistent à limiter fortement les utilisations agricoles ou industrielles afin de pérenniser l’utilisation pour la production d’eau potable.

Manque d’information

Mais alors que les lois issues du Grenelle de l’environnement prévoyaient une protection effective de ces sources en 2012, force est de constater à ce jour l’absence d’information précise sur la mise en œuvre des mesures de protection 6 ans après ce délai.
Au niveau national, le Ministère de l’environnement ne publie aucun bilan sur la protection des captages. Pire, au niveau local et alors même que les agences de bassin et les préfectures sont responsables respectivement de la définition des mesures protection de l’eau et de leur mise en œuvre concrète sur le terrain, les Associations Locales de l’UFC-Que Choisir ont constaté qu’aucune agence et aucune préfecture à ce jour, n’a rendu public de bilan permettant de connaître, captage par captage, les mesures réellement appliquées et leurs impacts.
Les consommateurs qui financent à travers leurs factures d’eau, les organismes chargés de la protection des ressources d’eau potable, attendent de ces structures qu’elles mettent en œuvre les mesures de protection exigées par la loi et informent sur la progression de la qualité de la ressource.
Alors que le plan sécheresse annoncé l’été dernier se fait toujours attendre et que les Etats Généraux de l’Alimentation ont fait l’impasse sur la politique de l’eau, l’UFC-Que Choisir entend remettre la protection des ressources aquatiques à l’agenda des Pouvoirs Publics et demande au Ministère de l’Environnement :
– De publier un bilan détaillé des mesures de protection et de leur impact sur la protection des captages prioritaires,
– D’établir un plan sécheresse permettant de sécuriser les approvisionnements en eau potable.

NOTES
1 ‘Captages Grenelle : où en est-on de la protection contre les pollutions diffuses ? Comment aller plus loin ?’ – ONEMA – Septembre 2015.
2 Surcoût des mesures de protection des captages à Lons-le-Saunier : 0,023 €/m³ (Source : mairie de Lons-le-Saunier) à comparer au coût moyen du traitement de dénitrification en France : 0,27 €/m³ (Source : Cour des Comptes 2010).
3 ‘Où peut-on boire de l’eau du robinet en France et comment préserver cette ressource ? Etude de la qualité de l’eau potable en France au regard des 50 critères définis par la réglementation’ – UFC-Que Choisir – Janvier 2017.

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