Edition du lundi 23 avril 2018

UFC-Que Choisir : enquête en pharmacies

Le conseil et la concurrence en souffrance sur l’automédication

Conseils en pharmacie (Photo UFC-Que Choisir)

Conseils en pharmacie (Photo UFC-Que Choisir)

Alors que le prix des médicaments non remboursables a encore augmenté de 29 % sur la dernière décennie, l’UFC-Que Choisir rend publics aujourd’hui les résultats exclusifs de son enquête « patient-mystère » en pharmacies. La visite de 772 officines dans 16 agglomérations1 met en évidence une transparence de l’information largement insuffisante, des écarts de prix très marqués pour un même médicament et, plus grave encore, un conseil hasardeux. L’association appelle donc les pouvoirs publics à interdire la publicité sur l’automédication, et à élargir sa distribution aux parapharmacies et grandes surfaces, sous le contrôle permanent d’un pharmacien.

Conseil en automédication : peut largement mieux faire

Le scénario de notre enquête était le suivant : les enquêteurs de nos associations locales se présentaient incognito et sans ordonnance en pharmacie, et expliquaient être enrhumés. Ils demandaient alors à acheter pour eux-mêmes deux médicaments, qu’il est déconseillé d’associer car ils contiennent la même molécule (paracétamol) : du Doliprane 1000 mg et de l’Actifed Rhume Jour et Nuit. Dans 86 % des cas, nous avons bien été mis en garde sur les dangers de cette association. Mais alors que la dose maximale en automédication est de 3 grammes de paracétamol par jour, 54 % des pharmacies ont conseillé une dose supérieure. Pire, dans 24 % des cas, le conseil donné pouvait aboutir à prendre au-delà de 4 grammes par jour, un niveau dangereux pour la santé.

Prix : l’opacité entretenue facilite le grand écart tarifaire

Si la visibilité des tarifs est bonne dans plus de 8 pharmacies visitées sur 10, il n’en est pas de même pour l’affichage obligatoire informant les clients que le prix des médicaments non remboursables varie d’une officine à l’autre. Nos enquêteurs n’ont trouvé que 10 % d’officines conformes à la réglementation sur cet aspect. Comment s’étonner de ce peu d’allant à informer les consommateurs, alors que nous avons pu acheter un même médicament courant (Actifed Rhume Jour et Nuit) à un prix variant de 2,99 € à 9,10 € (prix moyen de 5,71 €) selon la pharmacie, soit un écart de plus de 200 % ? Au sein de chaque agglomération enquêtée, pour des officines proches, les écarts de tarifs peuvent atteindre 4,50 € sur l’Actifed.

Libéralisation encadrée de l’automédication : 250 millions d’euros de gain annuel pour les usagers

Les Français ont consacré l’année dernière 2,24 milliards d’euros à leurs achats d’automédication, soit 14 % de leurs dépenses directes de santé. L’enjeu concurrentiel est donc majeur, comme le confirme notre enquête de terrain. Dès lors, il est urgent que le gouvernement entende notre appel, porté également par l’Autorité de la Concurrence et la Cour des Comptes, pour une libéralisation encadrée de l’automédication. L’étude d’impact que nous publions montre qu’en autorisant la vente des médicaments sans ordonnance en parapharmacies et dans des espaces dédiés des grandes surfaces, en présence permanente d’un pharmacien, cette mesure permettrait un gain annuel pour les consommateurs de 252 millions d’euros.
Dans le même temps, la santé financière des officines, loin des discours syndicaux alarmistes, est jugée bonne et en amélioration tant par les inspections générales des finances et des affaires sociales que par la Cour des comptes. Elle ne serait que marginalement affectée par la mesure (baisse de 5 % seulement de leur excédent brut d’exploitation), et les pharmacies rurales seraient préservées. L’exemple italien prouve en outre que la mesure n’entraîne pas de surconsommation de médicaments.
Au vu des résultats de son enquête, et soucieuse de promouvoir une automédication sûre et accessible à tous, l’UFC-Que Choisir demande au gouvernement :
– l’interdiction de la publicité sur l’automédication auprès du grand public ;
– la présence d’un encadré spécifique sur l’emballage des médicaments sans ordonnance, pour informer le consommateur sur les principales interactions et contre-indications ;
– l’ouverture de la distribution de l’automédication aux grandes surfaces et parapharmacies, sous la surveillance impérative d’un pharmacien.

Consulter notre étude:

Le conseil et la concurrence en souffrance sur l’automédication
1 Enquête menée les 23 et 24 novembre 2017, dans 772 pharmacies des villes suivantes et de leurs couronnes : Bordeaux, Brest, Caen, Chambéry, La Rochelle, Le Mans, Le Puy-en-Velay, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Mulhouse, Nantes, Paris, Reims et Strasbourg.

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