Edition du mardi 19 juin 2018

Croissance stable en Afrique de l’Est francophone (4)

Le Monde francophone (photo CERM.org)

Le Monde francophone (photo CERMF.org)

En 2017, et pour la cinquième fois en six ans, l’Afrique subsaharienne francophone a réalisé les meilleures performances économiques du continent. Et cela malgré les difficultés rencontrées par les pays d’Afrique centrale. La tendance devrait se maintenir en 2018, même si une certaine vigilance s’impose

La croissance de cette partie du continent s’est à nouveau située entre 3 % et 4 %, s’établissant à 3,9 % en 2017, en légère hausse par rapport à l’année précédente (3,7 %). Plus grand pays de la région, Madagascar semble être enfin sorti d’une longue période de stagnation économique, due à une instabilité politique. Avec une progression de 4,1 % en 2017, le pays devrait renouer avec une croissance de plus de 5 % à partir de 2018.

De son côté, Djibouti a enregistré une croissance supérieure à 6 % pour la quatrième année consécutive, dépassant cette fois la barre des 7 % (7,1 %). Ce pays continue ainsi à tirer pleinement profit de sa situation géographique stratégique, et est en passe de devenir une plaque tournante du commerce international, grâce notamment à des investissements massifs en provenance de Chine. Pourtant, seules sept entreprises françaises sont implantées dans ce pays, avec lequel la compagnie aérienne Air France n’assure qu’un seul vol hebdomadaire direct avec Paris. Contraste saisissant avec les sept vols directs assurés par Turkish Airlines en direction d’Istanbul, ou encore avec les trois liaisons assurées par le groupe Emirates vers Dubaï.

Cette quasi-absence économique de la France à Djibouti, tout comme en RDC, premier pays francophone du monde et où l’hexagone ne pèse que pour 3 % du commerce extérieur (contre environ 30 % pour la Chine, importations et exportations confondues), en dit long sur la méconnaissance dont souffrent nombre d’acteurs économiques tricolores au sujet du monde francophone… au plus grand bénéfice d’autres puissances.

Enfin, le Burundi (0,5 %) et les Comores (2,5 %) continuent à afficher les moins bonnes performances de la région, tandis que Maurice et les Seychelles – déjà assez développés – demeurent stables à environ 4 %.

Une conjoncture internationale à surveiller en 2018

Même s’il convient toujours de demeurer prudent sur les prévisions faites en cours d’année pour les pays en développement, l’Afrique francophone subsaharienne devrait toutefois rester la partie la plus dynamique du continent en 2018. La croissance mondiale devrait être globalement stable, et la remontée des cours des matières premières observée en 2017 permettra un certain rebond de la croissance dans de nombreux pays africains. À l’exception, toutefois, de l’Afrique du Sud et de l’Angola, qui devraient continuer à connaître une progression assez faible (autour de 1,0% pour le premier, et de 1,5% pour le second).

Cependant, et en entraînant à sa suite une nouvelle hausse des prix des matières premières, une poursuite de la baisse du dollar pourrait affecter négativement les économies de la majorité des pays francophones, assez pauvres en richesses naturelles. Et en particulier les pays de la zone CFA, qui seraient doublement pénalisés en étant également affectés par un euro trop fort (aujourd’hui égal à environ 1,25 dollar, soit son plus haut niveau depuis novembre 2014).

De la même manière que le cours trop élevé de l’euro au début des années 2010 découlait d’une volonté de l’Allemagne, puissance surtout économique, la France devrait alors prendre toutes ses responsabilités afin d’éviter que la politique monétaire de la zone euro ne soit contraire aux intérêts de l’Afrique francophone, et donc à ses propres intérêts. À défaut, l’arrimage actuel du franc CFA à l’euro (souvent moins flexible que le dollar, auquel sont également arrimés plusieurs pays) devrait alors être remis en cause, en optant de préférence pour un panier de devises qui inclurait, notamment, le dollar et le yuan chinois.

* faute de données disponibles, les estimations relatives aux taux de croissance de l’Érythrée, du Soudan du Sud et de Sao Tomé et Principe sont tirées du dernier rapport « Perspectives économiques régionales » du FMI (octobre 2017).

Ilyes Zouari
Président du CERMF (Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone)

Le Monde francophone (photo CERMF.org)

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