Edition du mercredi 22 novembre 2017

Française des Jeux…ou comment l’Etat peut perdre ses gains !

Le Gouvernement annonce qu’il va céder tout ou partie de ses participations dans certaines entreprises, sans franchement utiliser le terme de privatisation. Le but serait de dégager des moyens pour financer la recherche et l’innovation.

Par Christian Eckert

La Française des Jeux

La Française des Jeux

Trois remarques générales s’imposent avant d’en venir à mon propos :

  • Vendre des participations ne crée pas de recettes budgétaires au sens maastrichtien. Je l’ai déjà exposé sur ce blog. La réduction des déficits publics ne peut donc bien sûr pas être mise en avant pour justifier des privatisations. Au mieux, la montée en capital de l’Etat dans des entreprises innovantes permettrait d’effacer des dépenses budgétaires actuelles, mais sans doute de façon marginale. On évoque 10 Milliards d’Euros, et c’est sans rapport avec les dépenses actuelles.
  • Certains secteurs industriels particuliers nécessitent que l’Etat soit sinon majoritaire, du moins présent au capital pour assurer la protection d’intérêts essentiels. L’armement, l’énergie nucléaire ou certains types de transport rentrent dans cette catégorie. Bien sûr, la notion d’intérêt stratégique peut être subjective et soumise à débat et évoluer au fil du temps.
  • Il existe déjà de nombreux moyens pour accompagner les entreprises dans leur développement en apportant du capital : la Banque Publique d’Investissement (longtemps sous la tutelle du Ministre Macron), les nombreux fonds de la Caisse des Dépôts (bien connue du Président Macron), l’Agence des participations de l’Etat (toujours sous la tutelle du ministre de l’Economie).
    L’expérience que j’en ai est modérément enthousiaste. Chaque fois que j’ai recensé des besoins dans ma circonscription, il y a eu des blocages : un jour l’entreprise était trop petite, un jour trop grosse, un jour trop filiale d’un groupe, un jour ce n’était pas une filière prioritaire, un jour le risque était trop élevé, un jour il fallait attendre la création d’un fonds ad hoc… Alors, rajouter une couche sous une forme qui n’a pas encore été précisée, pourquoi pas…

Au bénéfice de ces trois réserves, je n’ai donc pas d’objection de principe à des privatisations.
Il semble que la Française des Jeux (FDJ) devienne un enjeu de taille, et j’entends dire ici et là que c’est une des priorités. On parle de Milliards, de pépite et j’entends bien des contrevérités.
D’abord il faut faire le constat que les jeux ne sont pas une marchandise comme les autres ! Les risques de blanchiment, les risques d’addiction, les risques de fraude et les risques pour les mineurs sont bien connus. Sans tomber dans la caricature, sans nécessairement évoquer quelques drames humains ayant ému l’opinion, une vraie réflexion morale et sociétale sur la place des jeux d’argent dans la société est nécessaire. Je pense sincèrement que l’Etat actionnaire est mieux que quiconque garant du respect des indispensables règles à respecter.

Bénéfice minime

Ensuite il faut avoir un regard économique lucide et précis.
En tant qu’entreprise, la FDJ ne fait qu’un bénéfice minime : Un peu plus de 100 Millions. C’est beaucoup pour vous et moi, c’est assez insignifiant pour l’Etat. Sur cette base, et toute chose égale par ailleurs, la valeur boursière de la FDJ est faible, même en cas de privatisation totale !
Pourtant, les jeux rapportent à l’Etat plus de 3 Milliards par an ! L’Etat perçoit en effet une part des enjeux, AVANT sa prise en compte dans le chiffre d’affaire de la FDJ et AVANT le calcul des gains des joueurs, de la rémunération des buralistes et de la part pour le fonctionnement de la FDJ !
La recette budgétaire de l’Etat, maastrichtienne cette fois, est donc pérenne. Seul le renoncement par l’Etat à tout ou partie de cette recette laisserait à l’actionnaire de la FDJ un copieux bénéfice. Bien sûr, cela ferait grimper de façon vertigineuse la valeur des actions.

C’est à ma connaissance le possible projet de quelques-uns, qui pourraient en même temps prôner la cession des titres de la FDJ et la libéralisation du marché des jeux. En découleraient des transferts d’argent dont ni les joueurs ni l’Etat ne verront le bénéfice. Le monopole confié à la FDJ pourrait ainsi se monnayer et une cession à un certain prix pourrait produire une plus-value substantielle en cas d’évolution ultérieure de la fiscalité.
On a déjà connu ça avec les concessions bradées en leur temps par la droite aux sociétés d’autoroutes comme avec les avenants négociés plus récemment par le Ministre Macron à ces contrats.
Pour des raisons morales, pour des raisons budgétaires et pour des raisons d’équité, la privatisation de la FDJ serait une faute à terme.
Puisse l’avenir me donner tort !

Christian Eckert

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