Edition du mercredi 22 novembre 2017

Macron : la fin des illusions

EDITO– Le 30 août 2016, Emmanuel Macron démissionne de Bercy. Le 7 mai 2017, il est élu président de la République. Un an plus tard, sa cote de popularité s’effondre. Les ennuis commencent !

Emmanuel Macron devant les parlementaires réunis en congrès (capture EuroNews)

Emmanuel Macron devant les parlementaires réunis en congrès (capture EuroNews)

Fini l’état de grâce ! Terminée la période euphorique où les Français pensaient qu’un homme providentiel sorti de nulle part, ni de gauche, ni de droite, allait sortir le pays de l’ornière. Selon le baromètre YouGov du mois d’août réalisé pour Le HuffPost et Cnews, la cote de popularité d’Emmanuel Macron est passée en un mois de 43% à 36% ! Et ce n’est certainement terminé compte tenu des errements du gouvernement sur les APL, les coups de rabot sur les dotations aux collectivités, les promesses non tenues sur la suppression immédiate de la taxe d’habitation (finalement étalée sur trois ans), la suppression dès janvier 2018 des cotisations salariales sur la maladie et le chômage (finalement réalisée en deux fois), l’augmentation effective de la CSG dès janvier 2018… et l’incroyable cacophonie à l’Assemblée.

La réalité des faits

Il est loin, le temps où Emmanuel Macron faisait encore illusion. Souvenons-nous : le 30 août 2016, il démissionnait de Bercy. Au printemps 2017, il se lançait dans la campagne des présidentielles. Le 7 mai, il était élu président de la République. Le 18 juin, son mouvement, La République en Marche, obtenait 350 députés à l’assemblée nationale. Le 3 juillet, Macron réunissait les parlementaires en congrès à Versailles pour un discours de politique générale, grillant au passage la politesse à son Premier ministre qui s’exprimait le lendemain devant l’Assemblée.
Certes, le météore Macron aura eu le mérite de bouleverser les vieilles habitudes et de redistribuer les cartes de la politique française. Le Front National, le Parti Socialiste et Les Républicains ne représentent plus grand-chose aujourd’hui. Avec eux, disparaissent des écrans les insupportables donneurs de leçons, tels que Valls, Sarkozy, Hamon, et, bien entendu, Le Pen et quelques autres.
Pourtant, le jeune loup formaté chez le banquier Rothschild a vite été confronté à la réalité des faits. D’abord avec l’armée. Son discours malvenu à l’Hôtel de Brienne, le 13 juillet, où il s’est cru obligé de claironner : « Je suis votre chef » a montré qu’il était un petit caporal plutôt qu’un grand général. Le chef d’état-major des Armées Pierre de Villiers a démissionné le 19 juillet 2017.
Il est comme ça Macron. Imbu de lui-même. Jupiter qui gouverne le ciel et la terre. En vacances à Marseille, le président fait savoir qu’il n’aime pas être pris en photo. Il porte plainte contre un photographe. Mais dans le même temps le président Macron soigne son image en allant faire quelques selfies avec des joueurs de l’OM…
Drôle de comportement ! Les Français sont déçus par cet apprenti dictateur. Il est vrai que 24% des votants seulement (soit 17% des inscrits) ont voté pour lui à la présidentielle le 23 avril 2017. C’est peu finalement. Et les choses risquent fort de s’aggraver pour lui dans les semaines qui viennent si la politique Macron/Philippe ne donne pas, rapidement, des résultats concrets.

La rentrée sera chaude

Or, le temps se gâte pour le Président de la République et pour son gouvernement. Il pourrait même tourner à l’orage dès la rentrée de septembre. Une grande manif est même programmée par la CGT et Sud, le 12 septembre contre la réforme du code du Travail. Une autre est prévue pour le 23 septembre par le parti de Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise.
La réforme du code du Travail est sans doute l’un des chantiers sensibles du quinquennat Macron. Elle se fera par ordonnances qui seront rendues publiques le 31 août. Il s’agit de rendre le marché du travail plus flexible de sorte que les entreprises puissent embaucher plus facilement dès lors qu’elles pourront licencier plus facilement.
Parmi les points clés de cette réforme : le plafonnement des indemnités de licenciement ou la négociation directe dans les entreprises, entre employeurs et salariés, pour décider de l’organisation du travail. Dans les entreprises où il n’y a pas de représentants syndicaux (PME, PMI, TPE) des élus du personnel négocieront avec l’employeur. Le rapport de force tournera, le plus souvent, à l’avantage du patron. Les salariés sont inquiets. Les syndicats aussi.

Malaise à l’université

Mais le plus difficile, pour le Président et pour le gouvernement d’Edouard Philippe, pourrait venir des étudiants. En effet, 6.000 bacheliers n’ont toujours pas trouvé de place sur les bancs des universités. On se souvient qu’à la fin du mois de juillet 65.000 nouveaux titulaires du baccalauréat n’avaient pas d’affectation. Depuis, 48.000 auraient reçu une proposition pour poursuivre leurs études et 11.000 ont abandonné.
Les étudiants ont d’autres raisons d’être mécontents. Le gouvernement a réduit les aides au logement (APL) dont bénéficient la plupart d’entre eux alors que, dans le même temps, le coût de la vie étudiante et notamment les loyers, augmentent de façon significative selon une étude de l’UNEF.
Après avoir connu les félicités de l’Olympe, le Dieu des dieux, pourrait donc vite revenir sur terre.
Avant de tomber en enfer ?

Emilien LACOMBE

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