Edition du jeudi 17 août 2017

    Un débat à fleurets mouchetés

    Benoît Hamon, le favori et Manuel Valls, le challenger, se sont affrontés, deux heures durant, sans pour autant s’étriper. Voici deux hommes et deux visions différentes de la gauche entre lesquelles les électeurs devront choisir dimanche prochain.

     

    Débat Valls/Hamon

    Débat Valls/Hamon (capture d’écran)

    A Gauche, Benoît Hamon, 49 ans, ancien ministre de l’Education nationale, fort de 36% des suffrages au premier tour à la primaire de la gauche. A droite, Manuel Valls, 54 ans, ancien Premier ministre, 31% des suffrages au premier tour. On s’attendait à un violent combat idéologique. On a assisté à quelques escarmouches sur les projets et les idées.
    Les deux hommes incarnent pourtant deux visions de la gauche, deux conceptions de l’évolution de la société française. Ils les ont exprimées à travers les différents thèmes abordés lors de cet unique débat de l’entre-deux tours. Interrogés par David Pujadas (France2), Gilles Bouleau (TF1) et Alexandra Bensaid (France Inter) ils ont parlé économie, social, laïcité, sécurité, environnement… Des échanges parfois vifs mais toujours courtois…

    Désaccord sur le revenu universel

    D’emblée, Benoît Hamon donne le ton : « Si la gauche ne veut pas jouer le rôle de figurant, elle doit tourner le dos à l’ordre ancien, dit-il, en rappelant les points forts de son programme :  le revenu universel d’existence, le 49-3 citoyen, l’avènement de la 6e République… Il faut faire respirer la démocratie, engager la conversion écologique… Ce projet, je veux le partager avec vous. Ce futur désirable, il ne dépend que de nous. »
    Manuel Valls : « Ce n’est pas un débat personnel, mais c’est un vrai choix proposé aux électeurs de gauche. C’est un débat historique, décisif … Je veux porter une société du travail, un nouveau modèle de solidarité, incarner la République, la laïcité, ses valeurs… La victoire est possible, et celui qui sortira de cette primaire aura une force qui comptera beaucoup. Pour cela il faut dire la vérité aux Français. »

    Après ce préambule, on rentre dans le dur. L’un des premiers sujets de friction apparaît sur le revenu universel d’existence défendu par Benoît Hamon. « Dans un premier temps, le revenu minimum actuel sera porté à 600 euros. Puis, la première étape du revenu universel se concentrera sur les 18-25 ans. Coût de cette première étape : 45 milliards d’euros, un coût considérable, mais c’est autant que le pacte de responsabilité. »
    Ensuite ? « Le revenu universel, coûtera au total 300 à 400 milliards d’euros, sera financé par un transfert de richesses et des prélèvements nouveaux… Cela ne coûtera pas un euro aux caisses de l’Etat. »
    Manuel Valls est contre.  « Le message du revenu universel, c’est un message de découragement, d’abdication par rapport aux mutations (…) L’idée de distribuer la même somme à chacun me paraît éloignée de cette idée que j’ai du travail… Je propose un revenu décent. »

    « Le travail ne va pas disparaître »

    Le député frondeur veut que soient reconnues les maladies psychiques dues au travail. Valls évoque les changements de la société : « Je suis convaincu que le travail ne va pas disparaître et nous devons accompagner ces mutations (…) Il prendra d’autres formes, on le voit avec le développement de l’entrepreneuriat individuel. Notre responsabilité est d’accompagner ces changements et de créer les conditions d’une sécurité sociale professionnelle.

    Petite attaque de Benoît Hamon sur la politique économique de Manuel Valls : « Les rêves que vous avez financés sont ceux de ceux qui avaient déjà beaucoup, qui étaient bien portants. La même année où tu encourageais la baisse du tarif des heures supplémentaires, ton gouvernement a décidé d’une mesure qui a coûté de l’argent public : la défiscalisation des actions gratuites…. 500 millions d’euros ont été consommées par les entreprises du CAC 40. »
    Quelques précisions sur la laïcité, même si les deux candidats socialistes sont globalement d’accord pour en défendre le principe. Benoît Hamon propose de créer un corps d’inspecteurs pour lutter contre toutes les discriminations.

    Macron ou Mélenchon ?

    Sur l’écologie, Manuel Valls souhaite « accompagner ces mutations, ces changements, ces industries, je propose la fusion des ministères de l’Industrie, de l’Ecologie et de l’Energie pour éviter des arbitrages interminables, et pour accompagner ces mutations ».
    Benoît Hamon veut être « plus ferme avec les lobbies industriels et supprimer les perturbateurs endocriniens, ainsi que tous les produits susceptibles d’être dangereux ». Il ajoute : « Je pense que Manuel Valls aurait dû, sur la question des boues rouges suivre l’avis du ministère de l’Environnement. »
    Les deux débatteurs ont abordés les questions de sécurité, de terrorisme, avant de jurer, la main sur le cœur, qu’ils soutiendraient celui qui arriverait en tête, dimanche prochain.
    Question des journalistes : se sentent-ils plus proche d’Emmanuel Macron ou de Jean-Luc Mélenchon ?
    Benoît Hamon se dit « plus proche de Macron en matière de numérique » tout en ayant des points d’accord avec Mélenchon sur la transition écologique. Entre les deux, il choisirait Mélenchon qui est de gauche alors que Macron n’est ni de droite ni de gauche.
    Manuel Valls : « Je suis du côté des progressistes, de Benoît Hamon à Emmanuel Macron ».

    Conclusions

    Benoît Hamon : « J’ai construit cette campagne avec un slogan : faire battre à nouveau le coeur de la France… Mon engagement il est là. Faire d’un futur désirable le moyen de rassembler la gauche, qu’elle soit en capacité de battre la droite et l’extrême droite. J’ai le caractère pour accomplir cette tâche. Il faut des hommes et femmes qui ont les idées claires. J’ai la volonté d’incarner une gauche sincère et robuste ».

    Manuel Valls : « J’ai aimé ce débat. Il a permis des clarifications sur la société du travail, sur le modèle de Sécurité sociale, sur le sérieux budgétaire, sur la laïcité, sur notre protection collective… Je veux incarner cette République forte, cette France juste. Je veux que la gauche soit optimiste. Je veux redonner de l’espoir… Gouverner, c’est prendre de la responsabilité, des décisions ».

    Emilien Lacombe

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