Edition du samedi 21 octobre 2017

Ce que ne dit pas Macron sur sa proposition de financement de la protection sociale…

Le secrétaire d’Etat au budget, le lorrain Christian Eckert a repris la plume sur son blog pour dire ce qu’il pense du programme de certains candidats à l’élection présidentielle… Après Fillon, Macron.

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Christian Eckert, secrétaire d’Etat au budget (DR)

« François Fillon a déjà mesuré que ses propositions en matière d’assurance maladie incommodent, y compris parmi ses soutiens… Le rétropédalage a commencé.
Le 8 décembre dernier, Emmanuel Macron annonçait à son tour une mesure présentée comme favorable au pouvoir d’achat des actifs, consistant à supprimer les cotisations salariales à l’assurance maladie (0,75% pour un rendement de 5,25 milliards) et à l’assurance chômage (2,4% pour un rendement de 13,3 milliards).
Les miracles n’existant pas en matière de finances publiques, Emmanuel Macron doit donc trouver par ailleurs environ 18,5 milliards de ressources pour remplacer cette perte de recettes.
Il propose de trouver cette somme en majorant la CSG payée sur tous les revenus (revenus d’activité, de remplacement, du capital et des jeux). Les taux de CSG devraient donc augmenter de 1,5 points pour retrouver 18,5 milliards.

Qui bénéficierait de la baisse des cotisations maladie et chômage et pour quels montants ?

Pas besoin d’être énarque pour se dire que les seuls bénéficiaires seront ceux qui payent ces cotisations : les salariés du secteur privé. Leur gain sera à priori de 3,15% du salaire brut, soit pour un salarié payé au SMIC, de 46 € par mois. MAIS, comme simultanément la CSG augmentera de 1,5 point, il paiera 22 € de CSG supplémentaire et le gain réel sera donc réduit à 24 € par mois. Les cotisations étant proportionnelles au salaire, le gain d’un salarié augmentera proportionnellement.

Quels seraient les perdants et pour quels montants ?

Là encore, chacun comprendra que ceux qui ne paient pas ces cotisations ne bénéficieront pas de leur suppression : Les travailleurs indépendants (4 millions de personnes), les retraités (15 millions déjà pour le seul régime général), les fonctionnaires (5 à 6 millions de salariés), les chômeurs, les personnes en arrêt maladie…

« Trompeuse et toxique »

Pire, ceux-là ne paient pas les cotisations qui disparaissent, mais subiront la hausse de la CSG. Ainsi, un couple de retraités touchant chacun une retraite mensuelle de 1200 € verra le revenu de leur foyer amputé de 36 € par mois. Pour les retraités plus aisés, la perte sera accrue proportionnellement.
Il est plus difficile de donner des exemples de personnes exerçant des professions indépendantes, mais celles-ci ne peuvent que perdre, et perdront proportionnellement à leurs revenus.  Cette mesure présentée comme favorable au pouvoir d’achat, va en fait générer des dizaines de millions de « perdants », parmi lesquels de très nombreux actifs et tous les retraités !
Non content de remettre en cause des principes fondateurs de la protection sociale (régimes contributifs, financements paritaires…), Emmanuel Macron avance une proposition à l’évidence mal travaillée, pour le moins trompeuse et potentiellement toxique.
Au moins, François Fillon annonçait clairement la couleur :  » focaliser l’assurance-maladie sur des affections graves ou de longue durée et l’assurance privée sur le reste « .
A ce stade, les deux feraient mieux de travailler leurs textes. »

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