Edition du vendredi 24 février 2017

    Primaire gagnée de Fillon, primaire perdue de Hollande

    Arnaud Mercier, Université Paris II Panthéon-Assas

    Francois-fillon

    François Fillon (DR)

    Le pari politique de François Hollande est en passe d’être gagné sur un point, mais un seul ! Un seul élément de son équation se trouve inscrit sur sa feuille de route : le programme de la droite va être dur. Pour le reste, il n’a plus les cartes en main.

    À droite toute !

    Il est de coutume politique de considérer qu’une élection présidentielle se gagne en rassemblant son camp au premier tour avant d’élargir son électorat au second. Tous ceux qui jouent la bataille du second tour en se croyant exemptés du premier, car sûrs d’être qualifiés, déchantent. Demandez à Lionel Jospin ce qu’il en pense, lui qui osa poser comme acte fondateur de sa campagne, le lendemain de son annonce de candidature, que « son programme n’est pas socialiste ». Alors à plus forte raison dans le cadre d’une primaire de son camp, il faut séduire ses électeurs, ses sympathisants et militants les plus convaincus, ceux qui sont les plus motivés à aller voter.

    C’est au nom de ce raisonnement que Nicolas Sarkozy a poursuivi cette campagne interne dans la même veine que celle perdue de 2012, persuadé qu’il était de l’avoir perdue de peu, parce que pas encore assez à droite, pas assez identitaire. Et il a voulu nier la puissance du rejet que sa personnalité et son style politique inspirent chez de nombreux électeurs, y compris de droite, il a donc foncé tête baissée (mais sait-il faire autrement ? !), à droite toute.

    Et pour cela il a détruit consciencieusement l’image d’Alain Juppé allant jusqu’à en faire un quasi-gauchiste, otage du Modem et plus tard des électeurs de gauche. C’est du coup François Fillon qui a su profiter de cette rivalité Sarkozy/Juppé, mais en incarnant lui aussi une droite ferme et fière de ses valeurs. Son positionnement est à droite, avec un programme libéral qui rappelle les plus belles heures du thatchérisme et donc de la droite de cohabitation de 1986-1988.

    Sarkozy : perte de la figure de l’honni

    Donc le pari de François Hollande est gagné ! En digne héritier des politiciens de la IIIe ou IVe République, roué aux calculs politiques en tout genre, il a fait depuis longtemps le pari que le vainqueur qui sortirait de la primaire, incarnerait forcément une droite dure. Et son cœur battait du coup pour Nicolas Sarkozy, son meilleur ennemi, la figure de l’honni, celui qui était le plus facile à battre.

    Pas de chance c’est François Fillon qui sort du chapeau, avec une personnalité aux antipodes de celle de l’ancien président de la République, ce qui explique aussi son succès. Ses électeurs pensent que lui au moins il ne dégradera pas la fonction présidentielle, qu’il saura l’incarner avec ce qu’il faut de solennité, sans excès, sans bling-bling, mais aussi avec sang froid, poigne et autorité.

    C’est là que le pari de François Hollande devient perdant. En terme de stature, de capacité à endosser la fonction, la comparaison avec Fillon lui est forcément, fatalement défavorable. Quand l’ancien Premier ministre de Sarkozy met un casque sur la tête, c’est pour piloter un bolide sur les circuits. Pas de scooter, pas de croissants ! Quand il s’exprime, il dit vouloir trancher et agir et non tergiverser et chercher une synthèse aussi improbable que boiteuse.

    Le poids grandissant du vote de rejet

    Par ailleurs, le vote en faveur de François Fillon prouve que les électeurs se déterminent aussi, lors d’une primaire, en faveur d’un postulant qui donne l’impression de pouvoir faire gagner son camp. Longtemps Alain Juppé a su proposer cette option, avant que François Fillon n’apparaisse plus approprié, bénéficiant d’une dynamique sondagière finale en forme de boule de neige, sa percée en intentions de vote le rendant de plus en plus crédible à incarner un futur vainqueur aujourd’hui, mais surtout en mai.

    Comment croire que les électeurs de gauche qui feront l’effort de se déplacer en janvier à la primaire n’intégreront pas le même raisonnement ? Il ne faudra pas être grand clerc, Pythie ni devin pour savoir que François Hollande ne représente pas de fortes chances de victoire.

    L’autre partie du pari perdu de François Hollande tient à la force de la mobilisation électorale (au centre, à gauche et chez les non positionnés) pour participer à cette primaire qui leur a offert sur un plateau, la chance de se débarrasser une fois pour toutes de Nicolas Sarkozy. Le vote de rejet est une réalité politique ancienne mais qui prend de l’ampleur alternance après alternance, et connaît un regain supplémentaire grâce au principe des élections primaires.

    Une cote de popularité au plus bas.
    Stéphane de Sakutin/AFP

    Avec sa cote d’impopularité vertigineuse, avec l’image très dégradée qui est la sienne dans sa capacité à incarner la fonction présidentielle, avec l’ampleur des déceptions qu’il a fait naître dans son propre camp, nul doute que s’il offre aux électeurs de mettre sa tête sur le billot de la primaire, certains viendront faire tomber le couperet avec la même délectation que pour Nicolas Sarkozy.

    Sans doute François Hollande est-il dans le même déni son prédécesseur concernant le rejet que sa personne inspire. Voilà pourquoi il s’apprête sans doute, hors de toute raison, à se déclarer candidat à l’élection primaire, toute honte bue de la situation humiliante d’un Président sortant obligé de se refaire une virginité politique par le retour à la base du scrutin, plus que grâce à son bilan.

    Le match de trop

    Si son raisonnement tactique est juste (la droite sera dure ce printemps), il s’est trompé sur l’adversaire qui sera en face et cela l’empêchera d’incarner par simple contraste une figure enviable, faisant oublier les motifs de rejet de sa personne.

    Qu’il ne compte pas non plus sur un raisonnement tactique tordu qui verrait des électeurs de droite venir à la primaire de gauche lui apporter un soutien improbable pour en faire le (plus mauvais) candidat de la gauche afin d’être certains que Fillon gagnera en mai. Le soutenir à la primaire pour mieux le tuer après, en somme. Si des électeurs de droite viennent (et il y en aura), ce sera au contraire pour lui donner l’ultime coup de pied de l’âne, comme cela vient d’advenir pour Sarkozy.

    Une majorité de Français sont exaspérés de voir certains élus persister dans leur être au-delà du raisonnable, alors que les signes de rejet et de lassitude sont palpables. Conduire le match de trop engendre désormais une forme de hargne électorale. C’est bien ce qui vient d’arriver à Hillary Clinton et ce qui pend au nez de François Hollande.

    Une sortie honorable possible

    François Hollande a toujours dit qu’il ne se prononcerait pas avant décembre. Ce calendrier était dicté aussi par l’attente de connaître son adversaire à droite. Le mauvais tour qui vient de lui être fait par le score de François Fillon et la disparition prématurée de Nicolas Sarkozy devraient, froidement, lucidement, le conduire à renoncer. Et il a à sa disposition une porte de sortie honorable qu’il s’est lui-même ouverte (en croyant, ô paradoxe, s’ouvrir une portée d’entrée) : l’inversion de la courbe du chômage. Ayant échoué sur ce point, il pourrait théâtraliser une sortie digne et qui n’insulterait pas son avenir en disant : « J’ai échoué, et comme j’ai toujours dit que mon sort dépendait de cette variable, je tiens parole et renonce donc, par cohérence à mon engagement, à me représenter. »

    Nicolas Sarkozy, le match de trop.
    Geoffroy Van Der Hasselt/AFP

    Un tel geste marquerait durablement les consciences, effacerait d’un coup d’éponge une partie des critiques qui lui sont faites sur son indécision, ses flottements, ses petits calculs politiciens. Il partirait volontairement, pas en étant chassé comme son prédécesseur – ce qui lui laissera une chance de revenir en 2022 si lui aussi était tenté par un come-back. Saura-t-il tirer tous les enseignements de cette primaire à droite et agir au mieux de ses intérêts ? Qu’il nous soit permis d’en douter.

    The Conversation

    Arnaud Mercier, Professeur en Information-Communication à l’Institut Français de presse, Université Paris II Panthéon-Assas

    La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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