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Les flics ne décolèrent pas !

 Cela n’arrive pas souvent. Mais quand ils manifestent, surtout la nuit et en dehors de tout cadre syndical, il y a lieu de s’inquiéter. Car c’est un peu le monde à l’envers.
Depuis le 17 octobre 2016, les policiers descendent dans la rue, à Paris et dans les villes de province. Ils expriment un ras-le-bol trop longtemps contenu et trop longtemps occulté par la hiérarchie.
La colère des policiers a éclaté après l’agression au cocktail molotov de quatre agents à Viry-Châtillon (Essonne) le 8 octobre. Une agression de trop. Ils réclament ce qu’on leur refuse depuis trop longtemps : des moyens matériels, mais aussi des peines plus sévères contre leurs agresseurs et la révision des règles de légitime défense. Car ils ont des armes mais ils ne peuvent pas s’en servir.
Ce qui devait arriver, arriva. Les policiers ne veulent plus être tirés comme des lapins. Ils le disent haut et fort. C’est gênant. Surtout en période électorale même si, en France, on est souvent en période électorale. Et personne ne parvient à les calmer. Ni le patron des flics, Jean-Marc Falcone qui s’est fait huer par ses troupes pour avoir bêtement menacé les meneurs de « sanctions », ni le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, ni le Premier ministre, Manuel Valls qui tente une timide opération de séduction en souhaitant « rétablir le lien de confiance ».
Désormais, c’est le président de la République, François Hollande, qui va rencontrer les représentants des policiers, le 26 octobre pour tenter un retour au calme. Ensuite qui ?
En attendant, les manifestations continuent. Car le malaise est vraiment profond comme l’explique, ci-dessous, sans langue de bois Yves MIlla, secrétaire zonal du syndicat UNSA-Police.

 « C’est la machine qui est malade » !

Le coup de gueule d’Yves Milla, secrétaire zonal UNSA-Police (18 départements de l’est de la France).

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Yves Milla, secrétaire zonal UNSA-Police

Il y a un gros malaise dans la police. Comment en est-on arrivé là ?

Yves Milla. Le malaise est profond et il ne date pas d’aujourd’hui. Pendant 30 ans on a fait de l’angélisme à propos des comportements criminels. On n’a pas donné à la Justice les moyens d’appliquer la loi. On a cédé aux détracteurs professionnels de la police nationale. Dans leur très grande majorité, les fonctionnaires de police sont républicains. Ce ne sont pas des policiers fachos, comme certains voudraient le faire croire. La police nationale, ce n’est pas la police de Vichy.

Pourquoi les flics sont-ils pris à partie ?

Y.M. Autrefois, dans les cités, on faisait du maintien de l’ordre. Aujourd’hui, les policiers sont attaqués à coup de cocktails molotov, on cherche à les cramer dans leur véhicule parce qu’ils représentent l’autorité, parce qu’ils représentent l’Etat et qu’ils osent affronter les fondamentalistes religieux et tous ceux qui mettent en cause l’Etat de droit. Alors on les agresse et ils ne peuvent pas se défendre. Au plus petit incident on parle de bavure et le policier est sanctionné ! On est conditionné pour ne pas sortir notre arme. La police, c’est le fusible de la société.

C’est le monde à l’envers…

Y.M. Il y a eu une rupture entre la police et la société en 2003-2004 quand on a privilégié la politique du chiffre au détriment de la police de proximité et du rôle d’éducation populaire que nous avions. On a rompu ce lien qui nous permettait de repérer les mouvements salafistes et autres mouvements dangereux. On faisait remonter l’information. On a détricoté la police, on a alourdi la procédure pénale, on a demandé à la police de faire du chiffre, notamment en matière de délits routiers. On a vidé les prisons. On a fait n’importe quoi.
Les fonctionnaires de police qui manifestent la nuit dénoncent le décalage qu’il y a entre la société civile et la réalité du terrain.
Résultat : on a démissionné et régressé. On traite les terroristes comme de simples délinquants. L’idée de vouloir « déradicaliser » les combattants de Daech est une vue de l’esprit.

Il semble que les syndicats de police sont dépassés par leur base. Vous confirmez ?

Y.M. Oui, les fonctionnaires défilent spontanément dans rues. Parce que leurs syndicats ne sont pas écoutés. Les policiers ne veulent plus se faire tirer comme des lapins. Or ils ne peuvent pas riposter.
Quand on a tué des journalistes en janvier 2015, les politiques ont pris conscience que c’est l’un des piliers de la démocratie auquel on venait de s’attaquer. Aujourd’hui, on s’attaque aux policiers. Il faut se réveiller. Les flics sont au bout du rouleau. Il y a un suicide par semaine chez nous. Beaucoup sont sous médocs. La pression est très forte. C’est toute la machine qui est malade.

Et les salaires ne sont peut-être pas à la hauteur ?

Y.M. Les salaires n’y sont pas. Les policiers français sont les plus mal payés d’Europe. Leur rémunération est même en-dessous de celle des policiers turcs ! Un mec qui deale en banlieue gagne dix fois notre salaire ! Or, les policiers supportent tous les maux de notre société. Ils sont à la fois psy, assistante sociale, juriste, toubib, policiers et patrons, le tout pour 2.000 balles ! Qui s’en soucie ? Personne !

Même pas la hiérarchie ?

Y.M. On casse du flic mais le directeur de la police nationale ne pas avoir pris la mesure de la situation.  Il a appliqué les procédures habituelles et, ce faisant, il a mis de l’huile sur le feu. Il ferait mieux de se pencher sur les causes du malaise de ses troupes.

Mais la hiérarchie est aux ordre des politiques…

Y.M. Le problème de la police est en fait un problème de société. Si l’on ne restaure pas l’autorité de l’Etat, c’est foutu. Mais nous, on ne peut pas continuer à se laisser flinguer. La responsabilité des politiques c’est de simplifier la procédure pénale et non de la complexifier, c’est de ne pas céder aux lobbies en tous genres pour protéger des délinquants…

Y-a-t-il un problème partuclier avec les migrants ?

Y.M. L’Europe a décidé l’accueil massif de migrants, ces personnes qui fuient la guerre et la misère. Mais il faut peut-être revoir les conditions de sécurité de l’accueil et la mission de la police liée à cet accueil.

Que pensez-vous des maires qui demandent à avoir accès aux fichés S ?

Y.M. Chacun son travail. Les maires ne sont pas là pour faire le travail de la police, ils risquent de dévoiler nos plans et faire capoter les enquêtes en cours.

Faut-il développer la police municipale ?

Y.M. La police municipale défendue par M. Estrosi, on en a vu les limites le 14 juillet. C’est une police mise à disposition du maire, c’est une police politique. On le voit dans certaines communes. Ce qu’il faut c’est une police nationale dont la mission est de protéger la société contre toutes les agressions. Elle doit être soutenue et aidée par les autorités. Et par toute la population.

Propos recueillis
Par Marcel GAY

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