Edition du samedi 21 octobre 2017

Veillée d’armes à Calais

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La « jungle » de Calais (en.wikipedia.org)

L’immense bidonville de Calais va être démantelé. L’évacuation commencera lundi matin. Plus de « jungle » mais toujours autant de migrants.

Depuis l’annonce de François Hollande, le 26 septembre 2016, tout le monde sait que le plus grand bidonville de France va enfin disparaître « avant la fin de l’année ».
Les premières évacuations commenceront en effet ce lundi matin, à partir de 8 heures, et devraient durer une semaine. Quelque 1.200 policiers et gendarmes encadreront l’opération supervisée par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) qui a affrété 170 bus.
Il s’agit de répartir les migrants vers 280 centres d’accueil et d’orientation (CAO) situés dans toutes les régions de France (hormis l’Ile-de-France et la Corse). Dans chaque bus, deux accompagnateurs veilleront à ce qu’il n’y ait pas de fuite à la première pose pipi.
Reste à savoir comment seront accueillis ces migrants dans les communes d’accueil puisque, d’ores et déjà, plusieurs municipalités refusent d’être mises devant le fait accompli. Comme dans l’Hérault, par exemple, où le maire de Saint-Bauzille-de Putois, Michel Issert, a annoncé sa démission. Il ne veut pas accueillir 87 migrants dans sa petite commune cèvenole de 1.800 habitants. Ailleurs, des tensions opposent les habitants.

Un camp de réfugiés

Calais est devenue le point de convergence de nombreux migrants qui fuient la guerre et la misère pour se rende au Royaume-Unis. En effet, Calais est à 35 km seulement des côtes britanniques que l’on peut atteindre soit par ferries soit par le tunnel sous la Manche.
Dès la fin des années 90 la guerre du Kosovo a provoqué un afflux de demandeurs d’asile à Calais. Un camp de réfugiés s’est alors créé tout près de là, à Sangatte. Il a été fermé en 2002. Mais les migrants ne sont pas partis pour autant. Les guerres du proche et du moyen Orient et spécialement le conflit en Syrie, ont jeté des centaines de milliers de pauvres gens sur les routes de l’exil. La plupart ont traversé la mer au péril de leur vie. Beaucoup de Soudanais, d’Afghans et d’Erythréens, de Syriens ont voulu rejoindre parents ou amis déjà installés en Grande Bretagne. Ils se sont provisoirement installé à Calais dans l’espoir de monter dans un camion, une voiture, un train ou un bateau pour traverser la Manche.
En 2009, un premier démantèlement est organisé malgré les protestations des associations comme celle des militants altermondialistes No Border.
En 2015, face à l’afflux toujours plus important de migrants et la multiplication de squats et de mini-camps, la municipalité ouvre le centre Jules-Ferry. Mais ce n’est pas ce que veulent les migrants dont le seul objectif est de relier l’Angleterre.

Ecole et bordels

A la fin de l’année 2015 et au début de 2016, le camp où s’entassent plusieurs milliers de personnes, ont beaucoup de mineurs, est redevenu « une jungle ». Avec ses lieux de culte, ses petits commerces clandestins, son école et ses bordels. Des groupes mafieux ont infiltré ces populations à la dérive et leur imposent leur loi.
Les tensions sont permanentes entre communautés au sein même de la « jungle » mais aussi entre les migrants et la population calaisienne. Les chauffeurs de poids lourds qui traversent la manche sont sur leur garde car nombreux sont ceux qui veulent se cacher dans les camions.
Au début de l’été, ils sont plus de 12.000 à vivre dans la « jungle » dans des conditions hygiéniques déplorables. La violence est quotidienne. Des heurts opposent migrants et policiers. Le 26 juillet, un Ethiopien est tué dans une rixe Le 5 septembre, routiers et agriculteurs manifestent leur ras-le-bol et bloquent des routes autour de Calais.
Le 20 septembre, le gouvernement britannique finance la construction d’un mur de 4 mètres de haut pour sécuriser la route qui mène au port. Mais ce n’est pas suffisant pour décourager les candidats à la traversée.
Le 26 septembre, le président de la République décide enfin le démantèlement du bidonville.

M.G.

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