Edition du dimanche 24 septembre 2017

La Hongrie dit non à l’immigration. Et la France ?

Le résultat du référendum ne faisait guère de doute. Les Hongrois ont dit non à plus de 99 % à l’arrivée massive de migrants. Mais avec 40% seulement de votants, la consultation ne peut être validée par l’Europe. En France aussi, de nombreuses communes refusent d’accueillir les migrants expulsés de la jungle de Calais.

les-migrants-de-Calais-dispersés-dans-les-regions

Les migrants de la Jungle de Calais dispersés dans les régions (DR)

La Hongrie a été le premier pays de de l’Union européenne à construire un mur pour empêcher les réfugiés fuyant la guerre ou la famine de s’installer sur son territoire.
Dans ce petit pays d’Europe centrale de 10 millions d’habitants, on n’aime pas trop les étrangers. Et on ne s’en cache pas. Tous les reportages télé en témoignent. « Je ne veux pas d’étranger dans mon pays » explique le plus naturellement du monde une vieille dame de Budapest. « Ils ne sont pas comme nous, ajoute un monsieur BCBG. Ils ne sont pas chrétiens, ils ne vivent pas comme nous. » Un autre s’inquiète : « Qui va payer pour tous ces gens ? Il faut bien les nourrir, les loger, les soigner. Nos impôts vont augmenter. »

C’est l’opinion d’une très grande majorité de la population de cet Etat qui a une frontière avec l’Autriche, avec la Croatie, la Serbie, la Roumanie, la Slovaquie et l’Ukraine et qui est resté à l’abri des grandes vagues migratoires de l’Histoire récente puisque les étrangers ne représentent que 1,5% de la population.
Donc, pas questions d’accueillir les migrants comme l’a fait l’Allemagne, par exemple. Le Premier ministre, Viktor Orban, organisateur de ce référendum « anti-migrants » a lui-même invité ses compatriotes à voter contre les plans européens de répartition de réfugiés entre les Etats membres. Il se justifie : « l’entrée de migrants, c’est la fin de l’Europe. »
A l’issue du scrutin, ce dimanche, Viktor Orban a remercié ses compatriotes et déclaré que l’Union européenne « ne pourrait pas imposer sa volonté à la Hongrie ».

En France : un référendum illégal ?

La répartition des quelque 12.000 migrants de Calais imposée par le gouvernement pour mettre fin à « la jungle » n’est pas du goût de tout le monde. On sait que toutes les régions (sauf l’Ile-de-France et la Corse !) devront prendre leur quote-part. Les migrants seront accueillis dans des centres où ils seront pris en charge par l’Etat.

Mais de nombreuses communes s’opposent à cet ukase. A Allex, par exemple, petit village de la Drôme de 2.500 habitants qui doit accueillir 50 migrants dans un centre d’accueil installé dans le château Pergaud, les tensions sont vives entre pro et anti. Si bien que le maire a décidé d’organiser un référendum. Mais le préfet a saisi la justice. Et le tribunal administratif de Grenoble a jugé « illégal » le référendum qui devait être organisé dans la commune d’Allex.
Motif ? L’hébergement d’urgence est une prérogative de l’Etat et non de la commune. « Nous ne sommes plus en démocratie » constate aussitôt une habitante. « On nous impose ce que nous ne voulons pas chez nous. C’est de la dictature. »

Sans concertation

La colère des habitants d’Allex n’est pas isolée. Dans la Loire, à Saint-Denis-de-Cabanne (1200 âmes), plusieurs centaines de personnes ont manifesté contre la venue programmée de migrants ans un centre de vacances. Dans les Yvelines, à Louveciennes, une centaine de migrants  doivent s’installer sur un vaste terrain privé non loin du célèbre château de Versailles. Défilés et manifestations se succèdent pour faire plier l’Etat. Sans succès jusqu’ici. Dans l’Essonne, c’est à Forges-les-Bains que la grogne s’exprime. Un sondage (qui n’est pas un référendum) semble montrer que 61% des 3.800 habitants sont opposés à l’arrivée de 90 migrants.
Un peu partout dans le pays, du nord au sud, de l’est à l’ouest, des manifestations et, parfois, des actes violents expriment le rejet des migrants par les populations locales. Chaque jour ou presque de nouvelles communes affichent leur hostilité à l’accueil sans concertation de personnes déplacées de la jungle de Calais.

Emilien Lacombe

Lire Aussi