Edition du mardi 28 février 2017

    Elections présidentielles : ça va saigner (1)

     

    A sept mois de la présidentielle (23 avril, 7 mai 2017), les candidats à la course à l’Elysée ont sorti les armes lourdes. Après la trêve estivale, plus question de minauder. On s’étripe d’abord entre amis pour les primaires (20 et 27 novembre 2016 pour la droite, 22 et 29 janvier 2017 pour la gauche) avant de se déchirer entre concurrents. La guerre sera féroce. Il va y avoir des morts sur le champ de bataille politique. Revue des troupes.

     Primaire à droite : un duel incertain

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    Nicolas Sarkozy (Photo credit: senscommun_sc via Visual Hunt / CC BY-ND)

    A ce jour, ils sont un peu moins de 80 candidat(e)s déclaré(e)s, toutes tendances confondues. Agés de 22 à 78 ans, ils se lancent dans la course à l’Elysée en sachant, pour la plupart, qu’ils n’ont aucune chance d’atteindre l’objectif. Pour une raison simple : ils n’obtiendront pas les 500 parrainages d’élus d’au moins 30 départements nécessaires pour être candidats, conformément à la loi organique du 6 novembre 1962 modifiée le 5 avril 2006.
    Reste les grandes formations politiques. Droite et gauche ont décidé d’organiser des primaires afin de choisir leur champion selon des modalités qui leur sont propres. Même chose pour les écologistes. Quant aux Front National, il n’y aura pas d’autre candidate que Marine Le Pen. A l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon représentera « la France insoumise ».

    Les gros mots

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    Alain Juppé (Photo credit: ActuaLitté via Visual hunt / CC BY-SA)

    A droite, le casting est désormais connu. Au départ, ils étaient treize chez Les Républicains à vouloir participer à la compétition. Mais faute d’avoir pu recueillir les parrainages nécessaires pour concourir (20 parlementaires, 230 élus locaux et 2500 adhérents), ils ne seront que huit sur la ligne de départ :
    François Fillon, 62 ans, ancien Premier ministre, député de Paris.
    Bruno Le Maire, 47 ans, ancien ministre de l’Agriculture, député de l’Eure.
    Alain Juppé, 71 ans, ancien Premier ministre, maire de Bordeaux.
    Jean-François Copé, 52 ans, ancien ministre, député de Seine-et-Marne.
    Hervé Mariton, 57 ans, ancien ministre, député de la Drôme.
    Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne ministre, députée de l’Essonne.
    Nicolas Sarkozy, 61 ans, ancien président de la République.
    -Jean-Frédéric Poisson, 53 ans, (dispensé de parrainages) président du Parti Chrétiens-démocrates (PCD), député des Yvelines.
    Cinq candidats n’ont pas obtenu les parrainages nécessaires : Nadine Morano, députée européenne, Jacques Myard, député des Yvelines, Henri Gaino, député des Yvelines, Geoffroy Didier, vice-président de la région Ile de France.
    L’échec provoque des aigreurs aux recalés. Nadine Morano parle de « tripatouillages ». Et Henri Gaino sort les gros mots : « Ces primaires sont une escroquerie démocratique » dit-il, en annonçant qu’il se lançait dans la course à la présidentielle en dehors de la primaire à droite. Ca fait désordre.
    Donc, huit candidats à droite. Deux favoris et six figurants. Car on sait bien que tout va se jouer entre deux hommes que tout oppose : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Autant le maire de Bordeaux est calme et réfléchi, autant l’ancien chef de l’Etat est agité et extraverti.
    Les sondages publiés dans la presse donnent une longueur d’avance à Alain Juppé, au premier et au second tour de la primaire (35% contre 33% au premier tour, 54% contre 46% au second tour). Mais la campagne commence à peine et l’écart semble se réduire peu à peu.

    L’avenir de la France

    En tout cas, les deux favoris de la droite ne se font aucun cadeau. Personne n’a oublié les sifflets des militants Républicains qui, à plusieurs reprises, ont accueilli le maire de Bordeaux dans les meetings. Juppé a encaissé. Quant aux sarcasmes à propose de son âge, l’ancien Premier ministre sait rester zen. « Ils diront que je suis vieux, dit-ilJamais je ne me suis senti aussi serein, dans mon corps et dans mon esprit, en harmonie avec moi-même, avec une claire vision de ce que je dois faire pour mon pays. »
    Les programmes ? Les huit candidats sont tous des libéraux. Leurs propositions économiques sont à peu près identiques : baisse des impôts, suppression de l’ISF, baisse des charges pour les entreprises, augmentation du temps de travail… Les différences se font sur des sujets de société qui n’en sont pas moins importants pour les Français : la justice et le terrorisme.
    A propos du burkini, ce maillot de bain pour musulmanes qui a défrayé la chronique pendant l’été, Nicolas Sarkozy propose « une loi d’interdiction sur tout le territoire. » Juppé lui répond : « Résistons à la tentation d’exiger des lois de circonstance au fil des polémiques médiatiques. »
    Le regroupement familial ? Sarkozy souhaite le limiter aux individus ayant « un casier judiciaire vierge » et « plusieurs années de présence sur le territoire ».  Juppé s’étrangle : « On tombe sur la tête ! » dit-il, refusant de fouler aux pieds l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme. « J’ai proposé de conditionner le regroupement familial à l’existence d’un revenu du travail pour le demandeur. Non pas l’interdire ce qui serait inhumain. »
    Chantre d’une « identité heureuse », Juppé se pose en rassembleur des Français. Son tempérament froid et impassible est un atout qui le sert. Au contraire de l’ancien chef de l’Etat dont le caractère impétueux et clivant peut exclure ou stigmatiser.
    Un autre sujet peut opposer les deux hommes : les affaires ! Alain Juppé, on le sait, a été condamné en 2004 à un an d’inéligibilité dans une affaire d’emplois fictifs à la mairie de Paris à l’époque Chirac. Mais Sarkozy aurait tort de se moquer. Depuis février 2016 il est lui-même mis en examen pour une vaste fraude dans le cadre du financement illégal de sa campagne électorale de 2012. Le parquet de Paris a requis, le 5 septembre 2016, le renvoi de l’ancien président et de 13 autres protagonistes devant le tribunal correctionnel.
    Le premier débat entre les candidats, le 13 octobre sur TF1, promet d’être animé.

    « Qui imagine le général de Gaulle… »

    François-Fillon

    François Fillon (DR)

    Les autres candidats à la primaire à droite, on l’a dit, ne sont que des figurants. Ce qui ne les empêche pas de décocher des flèches empoisonnées sur les copains. Le premier à tirer, fut François Fillon. Dans un discours très offensif, le 28 août à Sablé-sur-Sarthe, l’ancien Premier ministre a méchamment taclé Nicolas Sarkozy : « Il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable, dit-il. Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ? »
    Le 3 septembre, à l’université d’été des Républicains à La Baule, Fillon remet le couvert en affirmant qu’il faut « restaurer le crédit » des institutions « atteint par les affaires judiciaires. »
    Bref, le ton est donné. Jusqu’au 20 et sans doute au 27 novembre, les candidats à la primaire vont s’étriper comme des coquins. Avant de se rabibocher comme si de rien n’était pour affronter les présidentielles. C’est ainsi.

    Demain : A gauche, le casting n’est pas arrêté

    Marcel GAY

    Primaires de la droite : qui peut voter ?

    Tous les Français inscrits sur les listes électorales. Les électeurs qui auront signé « une charte de l’alternance » pourront déposer leur bulletin papier dans l’urne de l’un des 10.330 bureaux de vote. Le vote électronique est autorisé pour les seuls Français de l’étranger afin d’éviter la fraude. Pour pouvoir voter il faudra aussi s’acquitter de 2 € pour participer au financement de cette primaire estimée entre 5 et 8 M€.
    La Haute Autorité pour la primaire à droite est présidée par Anne Levade. Elle peut exprimer des « recommandations générales » ou « d’observations individuelles » mais elle « n’a aucun pouvoir de sanction.