Edition du samedi 21 octobre 2017

Le coup de poker de la primaire à gauche

Comment comprendre la primaire décidée vendredi par le parti socialiste ? La courte-échelle faite au candidat Hollande ? Un tremplin pour Manuel Valls si Hollande n’y allait pas ? En tout cas, elle apparaît d’ores et déjà comme un obstacle sérieux sur la route élyséenne pour Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron et d’autres…

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François Hollande, candidat en 2012 (photo DR)

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du parti socialiste a mis fin au suspense, vendredi. Il y aura bien une primaire à gauche, avec le parti socialiste, le PRG et les écologistes qui soutiennent le gouvernement (donc sans EELV). Et elle sera ouverte à tous les citoyens.
Ainsi en a décidé « à l’unanimité » le conseil national du PS.
Même si bien des choses restent à régler, on sait que la date d’ouverture des candidatures a été fixée entre le 1er et prendra fin le 15 décembre 2016. Le vote aura lieu les 22 et 29 janvier 2017.
La question est de savoir si François Hollande sera candidat à cette primaire. Ce serait la première fois, sous la 5ème République, qu’un président en exercice se prête à ce genre de compétition électorale.
Le premier secrétaire a dit qu’il « souhaitait » que François Hollande se soumette à cette épreuve. Il n’est pas pensable que le patron du parti socialiste ne soit pas en phase avec les intentions du président.

Candidat naturel

L’exercice est cependant périlleux. Même si, en effet, les premiers bons résultats économiques sont annoncés pour la fin de l’année, même si la courbe du chômage commence à s’inversée, François Hollande prend le risque évident d’être éliminé de course à l’Elysée par ses propres amis.
En revanche, il joue une partie de poker assez subtile. En effet, le président espère, grâce à cette primaire, se « re-légitimer » alors que sa cote de popularité est au plus bas dans les sondages. Hollande apparaît, quoi qu’on en dise, comme le candidat naturel des socialistes.
Autre effet de cette primaire, elle permettra de trancher le débat idéologique qui mine le parti depuis cinq ans : le PS doit-il évoluer vers la social-démocratie ou rester ancré plus à gauche comme le souhaitent les frondeurs ?
Dans l’hypothèse, peu probable, où François Hollande ne se représenterait pas, la primaire ouvre la porte toute grande à Manuel Valls qui a l’avantage sur tous les autres concurrents d’avoir gouverné la France pendant trois ans.
Enfin, la primaire barre la route à deux prétendants au trône : Arnaud Montebourg est contraint d’affronter les suffrages de ses pairs et notamment de ceux de l’aile gauche du parti qui lui reproche de faire cavalier seul. Elle pose aussi un sérieux problème à Emmanuel Macron qui, s’il veut se présenter à la primaire, devra démissionner du gouvernement. Et choisir un ligne politique clairement à gauche.
On le voit, la primaire risque de redistribuer les cartes au sein du parti socialiste. Et il va être difficile de tricher pour gagner la partie.

Emilien Lacombe

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