Edition du mardi 19 juin 2018

Frappes en Syrie : une grosse connerie !

Une semaine après l’attaque présumée aux armes chimiques à la Douma, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont frappé le régime de Bachar El-Assad, dans le nuit du vendredi 13 au samedi 14 avril 2018.

Un tweet de l’Elysée annonce l’attaque vers 4 heures en ces termes : « Décollage cette nuit des forces armées françaises qui interviennent contre l’arsenal chimique clandestin du régime syrien. » quelques instants plus tôt, depuis la Maison Blanche, Donald Trump annonçait l’attaque. Même chose à Londres où Theresa May considère que les Occidentaux ont « cherché tous les recours diplomatiques » avant d’utiliser la force.
Au total, une centaine de missiles de croisière et de missiles air-surface ont été tirés par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France depuis la mer et l’air sur des objectifs syriens militaires et civils. L’opération a visé des sites militaires et un centre de recherche soupçonnés d’héberger le programme chimique du régime, à Damas et près de Homs.
On ignore pour l’instant si ces attaques ont fait des morts et des blessés.

Message du président Macron sur Facebook

Message du président Macron sur Facebook

Un gros mensonge

Peu après, Damas a dénoncé « une agression barbare et brutale » qui intervient alors que la mission de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques devait mener son enquête sur l’éventuelle utilisation des armes chimiques ce samedi 14 avril. Le régime syrien accuse les Casques Blancs d’avoir « organisé une mise en scène. »
A l’évidence, ces frappes en Syrie sont aussi stupides que dangereuses. En effet, Damas n’avait aucun intérêt d’utiliser des armes chimiques maintenant, alors que Bachar était en train de gagner la guerre et savait que les Occidentaux utiliseraient ce prétexte pour déstabiliser son régime.
Ces armes chimiques nous rappellent les fameuses armes de destruction massives qui ont permis de justifier la deuxième guerre contre l’Irak.
On se souvient de ce 5 février 2003, à l’ONU, dans un discours resté célèbre, le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, lançait au monde : « Il ne peut faire aucun doute que Saddam Hussein a des armes biologiques » et « qu’il a la capacité d’en produire rapidement d’autres » en nombre suffisant pour « tuer des centaines de milliers de personnes ». Comment ? Grâce à des « laboratoires mobiles » clandestins qui fabriquent des agents atroces tels la « peste, la gangrène gazeuse, le bacille du charbon ou le virus de la variole ».
Le 20 mars 2003, sans mandat de l’ONU, l’Amérique a attaqué l’Irak. On sait depuis que Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive. On sait aussi ce qu’il advint après ces massacres.
L’affaire des armes chimiques en Syrie est-elle du même acabit? On le redoute.
En tout cas, l’attaque de cette nuit est une grosse connerie dont on ne peut encore mesurer les conséquences pour la paix dans le monde.

Marcel GAY

Communiqué de l’Elysée

 

 

 

 

Lire Aussi