Edition du mardi 24 avril 2018

La faillite des élites ou si Cassandre avait raison

Point-de-vueA notre époque, le problème de l’élite est qu’elle n’est plus une élite affirme Gérard Charollois dans son éditorial.

Gérard Charollois, président' de Convention Vie et Nature (DR)

Gérard Charollois, président’ de Convention Vie et Nature (DR)

La lecture des gazettes, l’audition des conférences médiatisées vous apprendront que le peuple rejette les élites, ne leur fait plus confiance, n’écoute plus leurs consignes, ce que prouvent le référendum sur la constitution européenne refusée le 29 juin 2005 par les Français et, ailleurs dans le monde, la montée des « populismes ».
Si 45% des Français qui votèrent « pour » ladite constitution Européenne représentaient l’élite, cela révélerait un pourcentage exceptionnel d’esprits d’élites en ce pays !
Nos analystes confondent ici l’écume et la mer.
Partons comme toujours des faits avant d’élaborer un commentaire.
Toute société et toute civilisation sécrètent une élite dont le socle fut successivement religieux, militaire, économique, intellectuel.
Les grands prêtres des divers cultes, les chevaliers et la noblesse, les bourgeois cossus et les ministres habiles formèrent, à travers l’Histoire, des élites respectées, craintes, vénérées et redoutées.
A notre époque, le problème de l’élite est qu’elle n’est plus une élite.

Une poignée d’oligarques

Notre société se divise en deux groupes distincts, cloisonnés, vivant sur deux planètes différentes : les citoyens ordinaires d’une part, dont la situation sociale a cessé de s’améliorer et, d’autre part, une poignée d’oligarques milliardaires qui accroissent de 40% par an leurs indécentes fortunes bâties sur
la spéculation, l’exploitation d’autrui et de la nature.
Cette caste achète les pouvoirs politiques via le financement des campagnes électorales, la possession des journaux et des chaînes de télévisions qui, en France, appartiennent à neuf oligarques.
Or, toute élite doit reposer sur une utilité sociale reconnue et objectivable au regard des données matérielles d’une époque.
Ce que notre temps qualifie d’élite est tout sauf une élite.
Ces milliardaires sont des parasites sociaux, des usurpateurs dont la fortune ne repose sur aucune utilité commune.
Ce sont des délinquants sociaux et le ressentiment des citoyens confrontés aux « réformes », c’est-à-dire aux régressions, s’exprime par des aigreurs, des refus grognons que révèlent les résultats électoraux.

La secte libérale

Aucun humain ne vaut autant que dix mille autres. Or, c’est à quoi aboutit le système économique à la fois inique et destructeur qui sévit présentement.
Si les inégalités sociales peuvent s’avérer opportunes pour sanctionner les mérites, elles doivent correspondre à une véritable utilité commune.
Les éléments actifs de la société subissent un « déclassement ». Pour empêcher l’explosion que générerait la misère et pour ne pas contrarier les intérêts de la finance qui gouverne, les politiques publiques font reposer les charges sur les strates sociales les plus créatrices d’idées et de vrais progrès.
L’essentiel, pour la secte « libérale », est de préserver la caste oligarchique qui la nourrit.
Avec la bombe démographique, la mort de la biodiversité, l’empoisonnement de l’environnement planétaire, la faillite des élites constituent une accumulation de périls.
Ceux qui mènent le monde obéissent à la seule cupidité, propagent une idéologie économiste, sont pauvres en empathie et en intelligence, feignent d’appréhender les défis écologiques dans leurs discours mais oublient les engagements lorsqu’il s’agit de contrarier l’appétit des «entreprises privées » ce temple auquel ils déclament occasionnellement leur amour.

Einstein et la bombe

Notre époque jouit d’un prodigieux progrès technique et scientifique qui pourrait améliorer le sort du vivant, mais qui sert d’abord la voracité des affairistes.
Les maîtres du système n’ont aucune boussole.
D’aucuns diraient que le pire n’est jamais certain. La preuve, Einstein mettait en garde les hommes du milieu du siècle passé à l’encontre du danger de la bombe atomique. Il n’y a pas eu de guerre nucléaire. Alors Einstein avait-il tort en exprimant des inquiétudes face à l’usage militaire de l’atome ?
Présentement, le regretté Stephen Hawking craignait le mésusage de l’intelligence artificielle par des hommes cupides.
A-t-il eu tort, lui aussi, de s’émouvoir et d’alerter ?
Non, les Cassandre ont bien souvent raison et si les Troyens avaient écouté la fille de leur roi, leur ville n’aurait pas été détruite par les Grecs.
Si Einstein n’avait pas dénoncé le péril atomique militaire, avec d’autres dont mon regretté ami Théodore Monod, les dirigeants des grandes puissances auraient peut-être joué avec leurs formidables arsenaux.
Parfois, il est utile que les vraies élites, vigies éclairées, exhortent les hommes à s’élever au-dessus de leur médiocre condition d’animal cupide.
Les peuples rejettent leurs pseudo-élites. Mais, anesthésiés par la propagande de la secte mercantile, ils errent encore sans trouver l’issue de secours.
Cassandre, reviens pour dire aux hommes vers quel abîme les conduisent leurs mauvais bergers !

Gérard CHAROLLOIS

CONVENTION VIE ET NATURE
UNE FORCE POUR LE VIVANT

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