Réforme de la SNCF : enjeux cachés et décryptage (1)

C’est une analyse longue et sans concession à laquelle se livre ici Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat des cheminots First. Il décortique les tenants et les aboutissants de la réforme de la SNCF.

La transmission du savoir chez les cheminots est une nécessité (DR)
La transmission du savoir chez les cheminots est une nécessité (DR)

« Sauver le rail français d’une situation désespérée ». C’est la mission que s’est assigné un gouvernement a priori inquiet de l’état de notre système ferroviaire. Selon Elisabeth Borne, c’est le « statu quo qui casserait le service public ». Il y aurait donc urgence. C’est vrai, si le Gouvernement n’agissait pas rapidement, quitte à faire abstraction de tout débat citoyen ou autres réflexions approfondies, les trains s’arrêteraient brusquement de circuler. La France serait, du coup, paralysée du jour au lendemain. Un drame que nos décideurs souhaitent visiblement éviter.

La manipulation mentale débute à ce stade

Quelles sont les réelles ambitions de ce bouillonnant Président de la République dont l’attitude ne va pas sans rappeler, en tous points, celle d’un mémorable prédécesseur ?
Non, en réalité, l’ambition d’Emmanuel Macron n’est pas d’offrir aux clients et usagers de la SNCF les services de qualités qu’ils attendent désespérément depuis des années. Car nul n’est besoin de rapports, d’audits, de débats, de conventions amuse-bobos pour atteindre ce but. Les principales solutions aux problèmes que connait le rail se limitent à quelques lignes :
1. Rembourser à la SNCF la dette de l’Etat relative aux infrastructures réintégrées dans les comptes de l’Entreprise en 2014. Et pour ce faire, aucune explication ou justification n’est nécessaire. La directive européenne 91-440 prévoit clairement que l’ouverture à la concurrence, tant revendiquée par certains et désormais légalisée, doit être doublée d’un assainissement de la situation financière des « opérateurs historiques ». Une manière d’équilibrer les conditions de concurrence mais aussi limiter le dumping social. Avec 45 milliards de dette en moins, la SNCF serait en mesure de remettre à niveau l’ensemble de son réseau, petites lignes comprises…
2. Autoriser la SNCF à embaucher le personnel nécessaire à construire une offre robuste en adéquation avec les besoins. Et commencer par remettre en cause les suppressions constantes de personnels.
3. Réorganiser le fonctionnement interne de la SNCF en tenant compte des exigences du mode ferroviaire : intégrité des structures, rigueur des opérations, suppression de la politique d’affichage et « d’efficience » au profit d’un retour aux objectifs d’efficacité et de qualité.
4. Définir un schéma national des transports en commun ayant pour ossature le réseau ferré et instaurant une complémentarité et non une concurrence entre modes de transports… souvent favorable à certains opérateurs mais coûteuse pour le contribuable.
5. Intervenir au niveau européen afin d’obtenir une réelle régulation de la concurrence, au lieu des politiques de dumping social et de concurrence débridée qui cassent la SNCF comme de nombreuses entreprises françaises…
Cette liste de préconisations n’est pas exhaustive. La mise en œuvre de ces cinq pistes aurait grandement allégé les travaux des rapporteurs. Alors, pourquoi faire compliqué si l’on peut faire simple… A moins que la vérité ne soit ailleurs. Faut-il encore le rappeler, les problématiques de la pertinence et de l’avenir du rail sont connues de tous, et de longue date. Effectivement, une réforme est indispensable… Sous réserve qu’elle ait pour finalité de renouer avec les fondamentaux du rail et de recentrer la SNCF sur les attentes de la clientèle.

(A suivre)



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