Edition du jeudi 23 novembre 2017

Quand tuer devient un jeu

Point de vue– Ils sont assis devant leur écran, loin des différents fronts de la violence armée, et comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo ils font la guerre au Yémen, en Afghanistan, au Pakistan ou en Syrie.

Par François Baudin

Deux pilotes aux commandes d’un drone Predator en Irak, à la Balad Air Base, en août 2007. US Air Force/CC

Deux pilotes aux commandes d’un drone Predator en Irak, à la Balad Air Base, en août 2007. US Air Force/CC

C’est la guerre menée par les Etats Unis, guerre des drones dont l’Américain Jeremy Scahill nous apprend l’arbitraire dans un livre qu’il vient de publier : La machine à tuer – la guerre des drones.
Les drones agissent en toute impunité et mènent une guerre propre et silencieuse. Même une guerre totalement secrète.
Depuis des années le gouvernement américain conduit des guerres à distance, sans la moindre transparence. La seule manière de savoir ce qui se passe c’est quand quelqu’un qui travaille au cœur de ce système décide de devenir un lanceur d’alerte, comme Edgar Snowden.
Qui a été tué et combien sous les multiples bombardements des drones opérés à 10 000 kilomètres du lieu du conflit ? On ne le saura jamais. Les spécialistes estiment qu’ils sont plusieurs milliers de personnes tuées par ces engins.
Frappes chirurgicales puisque ciblées vers les puces électroniques des téléphones portables qui guident la bombe vers celui qu’elle veut tuer.
Le drone ne tire pas sur des gens mais sur un téléphone portable.
Mais il arrive qu’on se trompe, le téléphone n’était pas le bon ou bien celui qui le porte n’est pas la bonne personne.
Et puis il y a toujours du monde autour, comme en Afghanistan lorsque le drone a bombardé un mariage complet, tuant une cinquantaine de personnes autour de la cible, femmes et enfants.

Tuer, un sport

 

Drone en mission

Drone en mission

La décision de tuer est prise par le président des Etats Unis, sans procès ni jugement. Tuer devient un sport. Les militaires ont un délai de 60 jours pour effectuer la mission, éliminer la personne désignée. Même un citoyen américain peut être ciblé.
Savoir si cela est légal n’a jamais été tranché par la Cour suprême. Mais les deux Partis démocrates et républicains sont d’accords : nous avons le droit de tuer nos ennemis. Le droit de tuer à distance et dans le plus grand secret est aujourd’hui le propre des guerres modernes. Israël en Palestine, peut-être la France en Afrique : toutes les armées occidentales possèdent ce genre d’engins et de technologie.
Rien à voir avec la barbarie d’un terroriste qui avec une voiture louée fonce sur des passants et les tue, ou bien avec son couteau tente d’égorger des gens.
Ici la guerre est propre et se passe sur écran vidéo.
Quelle est la différence entre un barbare terroriste et un soldat des temps actuels : c’est l’écran vidéo, la technique et la distance. On ne voit pas le sang, on ne voit pas les gens mourir. Etaient-ils même vivants ?
Est-ce la vraie vie, est-ce la vraie mort ? C’est un jeu.

François Baudin

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