Edition du mardi 30 mai 2017

    Huningue : Saint-Nicolas interdit de maternelle !

    Parce qu’il arbore une croix sur sa mitre, le saint-patron de la Lorraine et de l’Alsace se voit refuser l’entrée dans deux classes maternelles d’une petite ville alsacienne de 7.000 habitants aux 95 nationalités.

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    Saint-Nicolas (Photo credit: worak via Visualhunt / CC BY)

     C’est une tradition multiséculaire qui prend fin à Huningue, commune située sur le Rhin, entre Mulhouse et Bâle, au coin des trois frontières (France, Suisse, Allemagne). Saint-Nicolas, le patron bienfaiteur des enfants ne passera pas, cette année, dans les écoles maternelles les Coccinelles et les Pâquerettes. Ainsi en ont décidé les deux directrices sans en informer qui que ce soit. Ni leur hiérarchie, ni la municipalité.
    Au nom de quoi ? D’une idée très personnelle, sans doute, de la laïcité. En effet, le bon Saint-Nicolas qui, chaque année, a coutume de faire le tour des écoles dans l’est de la France, arbore une croix sur la mitre posée sur sa tête.
    Une croix ? Diable, quelle horreur ! Voilà un signe ostensible de religiosité. A ne pas monter à tous les enfants. Saint-Nicolas est prié d’aller se faire voir ailleurs avec sa grande barbe blanche, sa chasuble, sa crosse, sa mitre et sa croix.

    Expression sectaire de la laïcité

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    Une sculpture de Saint-Nicolas

    La nouvelle de l’interdiction faite au bon Nicolas de venir cette année en classe de maternelle a vite fait le tour de la petite ville alsacienne où cohabitent 95 nationalités différentes, essentiellement dans les logements sociaux, dont beaucoup de Serbes, d’Albanais et de Maghrébins.
    Le maire de la commune, Jean-Marc Deichtmann et l’adjointe aux écoles, Clarisse Guerné, ont été un peu surpris par cette décision unilatérale et ont adressé un courrier réprobateur aux deux directrices. « Nous venons d’apprendre par les parents d’élèves très en colère que vous aviez décidé, sans les avertir, de ne pas faire venir Saint-Nicolas, patron des écoliers par esprit de laïcité, écrivent-ils. Nous sommes pour le moins surpris et déçus par cette décision qui ne concerne que les deux écoles maternelles de Huningue. En effet, toutes les écoles des villes et villages alentour continuent de fêter cette tradition qu’est la Saint-Nicolas. Votre hiérarchie nous a confirmé que la demande ne venait nullement d’elle. »

    Une sculpture sur le mur

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    C’est bien Saint-Nicolas et trois enfants

    Pas contents, les deux élus précisent : « … Vous stigmatisez une partie de la population qui n’a, pour la grande majorité rien demandé. Votre rôle, plutôt que de donner raison à des expressions sectaires de la laïcité, n’est-il pas d’accompagner par des explications les très rares personnes choquées par cette tradition afin de faciliter leur intégration ? »
    Une autre élue de la commune s’interroge : « Saint-Nicolas est sculpté sur le mur de l’une de ces deux écoles. Faudra-t-il le détruire ? »
    L’affaire a enflammé les réseaux sociaux durant toute la journée. Certains internautes se disent « choqués », d’autres « révoltés ».
    L’attitude des deux directrices des écoles maternelles de Huningue (que nous n’avons pas réussi à joindre) ont, sans doute sans le vouloir, donné des points à Marine Le Pen.

    Marcel GAY

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