Edition du jeudi 19 avril 2018

Un milliard de dollars de « prime à la mise sur le marché » d’un nouvel antibiotique ?

Cette « prime à la mise sur le marché » est recommandée par le consortium DRIVE-AB, en association à d’autres mesures incitatives en faveur des industriels du médicament, en conclusion de son projet de recherche, auquel le Pr Céline Pulcini, infectiologue au CHRU de Nancy et chercheur à l’Université de Lorraine, a contribué.

Le Pr Céline Pulcini est infectiologue au CHRU de Nancy

Le Pr Céline Pulcini est infectiologue au CHRU de Nancy

Rendu public ce 24 janvier 2018 il s’attache à étudier de nouveaux modèles économiques visant à favoriser l’innovation, l’utilisation durable et responsable ainsi qu’un accès équitable aux antibiotiques. Ceci s’intègre dans la stratégie globale de lutte contre l’antibiorésistance.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe aujourd’hui la résistance aux antibiotiques parmi les principales menaces pour la santé humaine : de plus en plus de bactéries deviennent résistantes et trop peu de nouveaux traitements sont développés pour les combattre. Le projet de recherche DRIVE-AB montre que cette prime de mise sur le marché d’un milliard de dollars par antibiotique, couplée à d’autres mesures incitatives, pourrait accroître de manière significative le nombre de nouveaux antibiotiques arrivant sur le marché dans les trente prochaines années. Elle s’appliquerait à des antibiotiques remplissant des conditions précises et répondant aux besoins non couverts de santé publique. En contrepartie, les entreprises ou les institutions qui en bénéficieraient, seraient soumises à des obligations en matière de commercialisation et d’utilisation responsable de ces antibiotiques.

Selon DRIVE-AB, au regard de ses études, 2 antibiotiques maximum serait susceptibles d’être innovants et actifs contre des agents pathogènes prioritaires (définis par l’OMS) dans les cinq prochaines années. Des mesures incitatives indispensables selon les chercheurs sous peine de voir des traitements très prometteurs ne jamais être accessibles aux patients. D’autres mesures ont également été identifiées pour favoriser la Recherche & Développement (R&D) de nouveaux antibiotiques :
– des subventions pour la recherche,
– la création ou l’identification d’organisations gouvernementales ou à but non lucratif capables de cerner les besoins en matière d’antibiotiques,
– l’ouverture de financements permettant de garantir à long terme l’approvisionnement prévisible d’antibiotiques génériques essentiels (https://theconversation.com/les-vieux-antibiotiques-peuvent-encore-servir-81204 ).

« Une utilisation responsable et durable des antibiotiques »

Pour le Pr Céline Pulcini « Ce sont des mesures complémentaires qui ne fonctionneront pas indépendamment l’une de l’autre. Il faut mettre en place un système qui maximiserait la R&D tout en assurant un accès équitable et une utilisation responsable et durable des antibiotiques. »

680 millions d’€ : c’est le montant estimé nécessaire de DRIVE-AB pour subventionner la recherche sur les nouveaux antibiotiques et lui donner les moyens humains de commercialiser de nouvelles molécules, soit une augmentation de 50% des budgets actuels. Le consortium recommande de s’appuyer sur le G20 Global R&D, récemment créé par les pays qui contribuent à la lutte contre la résistance aux antibiotiques, pour travailler avec les Etats membres et non-membres afin de mettre en place une politique et une stratégie économiques sur une vingtaine d’années. Les produits ciblés, par l’OMS ou toute autre institution appropriée, pourraient servir à diriger les investissements publics et privés là où les besoins sont les plus grands au bénéfice des patients et de la société.

Enfin, les chercheurs de DRIVE-AB ont proposé des nouveaux modèles pour décrire la dissémination des bactéries résistantes et définir et mesurer l’utilisation responsable des antibiotiques. Le Pr Céline Pulcini, infectiologue au CHRU de Nancy et chercheur à l’Université de Lorraine (https://apemac.univ-lorraine.fr/node/536), a largement contribué à ces travaux sur l’utilisation responsable des antibiotiques.

A propos de DRIVE-AB

Le Pr Céline Pulcini, infectiologue au CHRU de Nancy

Le Pr Céline Pulcini, infectiologue au CHRU de Nancy

 

DRIVE-AB (Driving Re-investment in research and development for antibio¬tics and advocating their responsible use) : consortium public-privé qui regroupe 23 partenaires différents et originaires de 11 pays européens (institu¬tions académiques, organismes de recherche, industries pharmaceutiques et biotechnologiques). Financé à hauteur de 9,4 millions d’€ par l’Initiative européenne sur les Médicaments Innovants (IMI) dans le cadre du pro¬gramme NewDrugs4BadBugs (ND4BB), DRIVE-AB s’attache à proposer de nouveaux outils pour promouvoir l’innovation, tout en garantissant une uti¬lisation responsable et un accès équitable aux antibiotiques. Son approche pluridisciplinaire permet de réunir toutes les compétences nécessaires à la compréhension de ce sujet complexe.

Partenaires de DRIVE-AB : British Society for Antimicrobial Chemo¬therapy, Chatham House, Center for Anti-Infective Agents, Heidelberg Univer¬sity, London School of Economics and Political Science, Norwegian Institute of Public Health, Radboud University Medical Center, Tel Aviv Sourasky Medical Center, University of Antwerp, Université de Genève, Université de Lorraine, University of Rijeka Medical Faculty, University of Strathclyde, University of Tübingen, Uppsala University, Wageningen University and European Federa¬tion of Pharmaceutical Industries and Associations (EFPIA) members Astellas Pharma Europe LTD, AstraZeneca AB, GlaxoSmithKline Research & Develop¬ment, F. Hoffmann-La Roche Ltd, Merck Sharp & Dohme, Pfizer Limited and Sanofi-Aventis Research & Development.

Financement de DRIVE-AB : Il bénéficie du soutien de la plateforme européenne « Innovative Medicines Initiative Joint Undertaking» (accord de subvention n°115618), dont les ressources se composent d’une participation financière du septième programme cadre de l’Union européenne (FP7/2007-2013) et de la contribution en nature d’entreprises membres de la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA).

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