Edition du mardi 26 septembre 2017

Poursuivre la désindustrialisation ou réindustrialiser ?

Arrêtez le massacre!

Tribune Libre par  Loïck Le Floch-Prigent*

 

En cette fin d’année, tandis que le Président élu aux USA développe sa stratégie de réindustrialisation et que la nouvelle Premier Ministre Britannique déclare prioritaire le renouveau de l’industrie, la France, elle, parle des contrats de travail dans les « entreprises » et l’Europe se préoccupe de la « compétition » lors des rapprochements d’entreprises… Est-ce bien raisonnable ?

 

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La grue Titan des Chantiers de Saint-Nazaire (Photo credit: XTOF360 via VisualHunt / CC BY-SA)

Le temps risque d’être long d’ici le mois de mai, tandis que la presse continue à se réjouir des « recentrages » du retour au « cœur de métier » et la constitution de « trésors de guerre » après la vente de pépites.
J’ai suffisamment parlé du dossier Alstom. Les « Chantiers de l’Atlantique » ont été vendus il y a déjà bien longtemps, ils ont été coréens après avoir été norvégiens, la société mère est désormais en liquidation, or c’est un trésor national, il faut en reprendre la propriété tandis qu’ils sont excellemment dirigés depuis cinq ans, mais pour cela il faut une volonté et un négociateur ! La comédie jouée sur « STX Europe » doit finir, Saint-Nazaire c’est en France et l’installation industrielle fait partie de notre patrimoine.

Bureaucrates incompétents

Quand Plastic Omnium rachète une partie de Faurecia, donc une entreprise française rachète à une autre entreprise française, les pare-chocs de voitures, la Commission Européenne met huit mois à négocier la revente de cinq usines françaises et de trois autres européennes pour « protéger la concurrence » ! Qui va racheter ? les Américains, les Chinois, des fonds spéculatifs ? N’a-t-on rien de mieux à faire que d’éviter que nos entreprises industrielles deviennent puissantes et se développent dans une concurrence mondiale acharnée ?
Est-ce que les USA se préoccupent des monopoles qu’ils exercent dans l’ensemble des pays du monde ? Croyez-vous que Rex Tillerson, héritier de l’empire Exxon et futur Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères soit un adepte de la concurrence débridée ? Dans quel monde vivons-nous ? la Commission s’inquiète-t-elle du monopole chinois des cellules solaires photovoltaïques, a-t-elle arrêté la vente des Robots Kuka allemands à l’industrie nationale chinoise, où est l’indépendance industrielle de l’Europe dans ces domaines ? Où est la concurrence ? Intra-européenne ou extra-européenne, redevenons sérieux et supprimons ces bureaucrates incompétents qui vivent dans le monde d’hier.

Un leurre

Cerise sur le gâteau, nous refusons de comprendre l’industrie de demain et nous poursuivons nos commentaires « financiers » stupides à propos de l’industrie.
J’ai dit et redit que la vente de positions mondiales pour racheter ses actions ou pour préparer des « acquisitions » était un leurre. J’ai donné des exemples, et, en particulier celui de Sanofi qui a vendu Mérial à Bohringer. Cela reste en Europe c’est déjà cela, mais le siège est à Lyon, c’est-à-dire en France. Eh, bien ! depuis cette vente, Sanofi veut faire une acquisition majeure dans son « cœur de métier », comme si la santé animale des animaux que nous mangeons n’avait rien à voir avec la santé humaine ! Tous les mois nous apprenons que Sanofi a « presque racheté » une entreprise innovatrice mais qu’un concurrent a payé plus cher et qu’il faut attendre une autre occasion ; ils vont peut-être finir par racheter Merial et s’apercevoir que le trésor était chez eux !

Des pépites

Il ne se passe pas de semaines sans que des chefs d’entreprises vendent ainsi des pépites à la grande satisfaction des banquiers et des journalistes économiques, ainsi, par exemple, le nouveau patron de Safran a eu comme priorité de vendre sa pépite, « Morpho » ! Ce n’était pas son cœur de métier ! Ouf ! Y avait-il des usines ? Y avait-il du savoir-faire ? Le développement de cette activité avait de l’avenir au plan mondial ? Balivernes… L’important est de disposer d’un trésor de guerre pour faire une acquisition. Y-a-t-il des travailleurs dans ces usines ? Que pensent-ils des nouveaux propriétaires ? Qui s’en soucie ? Personne.

Le tonneau des Danaïdes

A chaque fois que je fais une conférence dans ce que désormais on appelle les territoires, c’est-à-dire la France, je rencontre des salariés inquiets de leur avenir et des édiles locaux qui m’interrogent sur les propriétaires des entreprises qui emploient leurs électeurs. « Connaissez-vous cette entreprise qui a racheté l’usine » ? « Avez-vous des relations avec le fonds qui possède nos installations » ? Il y a un patron local qui communique par « Skype » avec ses « chefs » sans bien savoir où l’on va mais avec des ordres précis sur la rentabilité de la production.
C’est cela l’industrie de demain ? Non ! C’est l’inverse d’une activité industrielle. L’industrie c’est la mobilisation autour d’un projet, ce n’est pas remplir le tonneau des Danaïdes d’un inconnu qui va décider un jour de remplacer une installation en Bretagne par un atelier en Indonésie. Tout cela c’est l’échec des trente ans qui viennent de s’écouler !
Réveillez-vous, rentrez résolument dans le monde d’aujourd’hui et donc celui de demain.

Loïk Le Floch-Prigent

*La version originale de cet article, a été publiée le 29 décembre 2016 dans Iveris.eu. Il est republié avec l’accord de son auteur et de la directrice de la publication, Leslie Varenne.

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