Edition du dimanche 22 octobre 2017

Les PME face au défi conjoint de l’innovation et de l’export

Manon Enjolras, Université de Lorraine

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Depuis 2012, l’ENSGSI est engagé dans un projet national InnoVente porté par l’université de Lorraine en partenariat avec l’INSA, le CESI et l’UT. (Youtube.com)

En France, plus de 98 % des entreprises sont des PME. Elles représentent donc un enjeu extrêmement important en matière de développement économique et sont très présentes sur les marchés internationaux. Oui, les PME exportent ! Mais elles rencontrent beaucoup plus de difficultés que leurs consœurs du CAC40 : manque de ressources humaines, techniques et financières, forte concurrence, guerre des prix… et bien d’autres encore.

Une des solutions auxquelles elles ont accès pour pallier ces difficultés, c’est l’innovation. Selon une étude de Bpifrance (PME 2011), une PME innovante sur deux est présente à l’international. En innovant, les PME se différencient de leurs concurrents, et ouvrent l’accès à des marchés qu’elles n’avaient pas envisagés jusque-là. L’innovation apparaît donc, aux yeux de tous, comme une condition nécessaire à l’exportation.

Dans cette ligne directrice, le projet PEPS CIIPME (Capacité à innover et à s’internationaliser des PME) avait pour ambition la création d’un outil d’accompagnement permettant l’évaluation de la capacité à innover et à exporter des PME lorraines. Il est porté par deux chaires au sein de l’Université de Lorraine (la Chaire PRINCIP et la Chaire Entreprendre), ce qui lui confère une dimension pluridisciplinaire alliant des compétences en génie industriel (Laboratoire ERPI, Équipe de recherche sur les processus innovatifs) et en sciences de gestion (Laboratoire CEREFIGE, Centre européen de recherche en économie financière et gestion des entreprises).

Un positionnement original

Il existe de nombreux travaux de recherche concernant le lien entre innovation et export, et plusieurs théories coexistent. Certains chercheurs appuient le fait que l’innovation impacte positivement l’export, en permettant une différenciation. D’autres considèrent que c’est l’export qui favorise l’innovation, grâce à un phénomène d’apprentissage sur les marchés étrangers. Enfin, certains considèrent que l’innovation et l’export forment un cercle vertueux.

Malgré de nombreuses études, il est difficile de trouver un consensus. C’est pourquoi le projet CIIPME propose d’aller plus loin dans l’étude du lien entre innovation et export, en testant l’hypothèse suivante : le lien entre innovation et export ne se traduit pas en termes d’impact de l’un sur l’autre. L’innovation et l’export sont deux activités complémentaires qui intègrent un espace commun.

Ainsi, dans une entreprise, on trouve :

  • Des compétences spécifiques à l’innovation, comme la créativité par exemple.
  • Des compétences spécifiques à l’export, telles que la maîtrise des langues étrangères.
  • Et enfin, des compétences communes à la fois à l’innovation et à l’export, comme la capacité à créer un réseau professionnel. Ces compétences communes définissent un espace commun innovation/export.
L’espace commun innovation/export.

Le projet de recherche CIIPME se concentre sur la caractérisation de ces compétences communes, car ce sont celles qu’il est prioritaire de développer pour des PME. En effet, les PME ont des ressources et des moyens limités, donc le fait d’agir en priorité sur les compétences communes à l’innovation et à l’export permet d’actionner un seul levier, qui se répercute sur les deux activités… C’est là toute l’originalité de ce travail.

Une mobilisation de connaissances internationales

Dans le but d’identifier les compétences communes à l’innovation et à l’export, de nombreux entretiens ont été menés avec des PME exportatrices lorraines, ainsi qu’avec des professionnels de l’accompagnement et des chercheurs spécialistes de ces thématiques au niveau mondial. Des organismes de soutien tels que la CCI Lorraine, Business France, le CEI Louvain-la-Neuve (Belgique) et l’Agence wallonne de l’exportation (Belgique) ont été mobilisés. Plusieurs visites de laboratoires de recherche spécialistes de l’innovation, de l’exportation et des PME ont été réalisées : la Haute école de gestion(Fribourg, Suisse), l’Institut de recherche sur les PME (Trois-Rivières, Canada) et le CRECIS (Center for research in entrepreneurial change and innovative strategies) à Louvain-la-Neuve. Ces entretiens ont abouti à un référentiel de compétences communes à la fois à l’innovation et à l’export.

Un diagnostic adapté aux PME

De façon à exploiter ce référentiel de compétences, un outil d’accompagnement a été développé. Il vise à évaluer les compétences communes innovation/export. Pourquoi les évaluer ? Tout simplement pour pouvoir proposer aux entreprises un diagnostic leur permettant de s’améliorer. Pour cela, l’outil propose une évaluation sur cinq niveaux correspondant à une grille de maturité, sorte d’escalier dont il faut monter les marches pour être de plus en plus performant.

Cette évaluation revient donc à placer l’entreprise, pour chaque compétence commune, sur la marche de l’escalier qui lui correspond. Elle peut ainsi visualiser ses points faibles, c’est-à-dire les compétences pour lesquelles elle est placée sur les marches les plus basses, mais également ses points forts, qui concernent les marches les plus hautes. À partir de là, elle sait ce qu’elle doit travailler en priorité et peut initier une stratégie d’amélioration progressive.

Illustration d’une grille de maturité.

Des premiers résultats prometteurs

Enfin, cet outil d’accompagnement a été testé en situation réelle auprès de PME de la région Lorraine. Pour cela, plusieurs entretiens ont été menés. Ils comprenaient quatre grandes phases :

  • Un échange d’une heure environne autour des pratiques de l’entreprise. Cette phase permettait d’évaluer les compétences communes innovation/export présentes au sein de l’entreprise en les plaçant sur les marches de la grille de maturité.
  • La présentation du profil général de l’entreprise et l’identification des points forts et des points à améliorer :
Profil de l’entreprise.
  • Le choix d’une stratégie d’amélioration et l’identification de recommandations adaptées :
Stratégie d’amélioration.
  • Un retour sur le fonctionnement de l’outil : la durée de l’entretien est-elle correcte ? Les résultats sont-ils visuellement compréhensibles et pertinents ?

De façon générale, les résultats obtenus sont encourageants. L’outil permet d’identifier des voies d’amélioration pertinentes pour les entrepreneurs, en accord avec leur stratégie à long ou moyen terme.

Pour en savoir plus : Enjolras M., Camargo M., Schmitt C., 2016, « SMEs’ Innovation and Export Capabilities : Identification and Characterization of a Common Space Using Data Spatialization », Journal of Technology Management & Innovation, vol. 11, N°2, p56-69.

The Conversation

Manon Enjolras, Doctorante, Université de Lorraine

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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