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La Pierre d’Euville, histoire d’un mythe !

La Pierre d’Euville, on la trouve en Lorraine et dans des capitales d’Europe, à Paris, à Bruxelles et ailleurs. Exposition à la grande carrière d’Euville, en Meuse. Une expo pour monter l’importance de cette carrière dans l’économie du bassin carrier de Commercy, l’évolution des techniques d’extraction et des moyens de transport mais aussi la dimension humaine de cette exploitation industrialisée et la vie sociale qui l’a accompagnée. Un remarquable catalogue hors-série de la collection la Gazette Lorraine permettra de suivre cette fantastique aventure.

D’abord, un marché local pour le Duché de Lorraine.

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Construction du Grand Palais, à Paris. Photo DR

Les carrières ont d’abord connu leur premier essor grâce aux séjours princiers à Commercy, des séjours qui bouleversent le paysage. En 1708, la population locale est évaluée à un millier d’habitants. La ville se trouve enserrée dans ses remparts sur à peine 9 hectares. Elle s’avère trop petite pour loger les suites toujours plus nombreuses des souverains – les damoiseaux – de Commercy.
Si on évalue à une cinquantaine de personnes celle du cardinal de Retz, archevêque de Paris, on en compte près de 200 pour celle du prince de Vaudémont lorsqu’il s’installe à Commercy en 1708 et près du double pour celle de la duchesse Elisabeth-Charlotte lorsqu’elle prend possession de la souveraineté en 1737.
Les séjours d’été de Stanislas à Commercy amènent beaucoup plus de monde encore ! Du cardinal de Retz au roi Stanislas, à Commercy, il s’agit de construire davantage.

Utilisée par le Duché de Lorraine

La Pierre d’Euville a servi à construire la Place Stanislas à Nancy, inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO en 1983, le Château de Commercy, la Mairie d’Euville et la pharmacie sont des chefs d’œuvre de l’école de Nancy et qui ont été créés comme des vitrines des savoirs faire….

Grands travaux : on aménage le territoire avec la pierre d’Euville

La décision de créer un canal de la Marne au Rhin (depuis Vitry-le-François jusqu’à Strasbourg) puis presque aussitôt la construction de la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg va faire connaître les qualités de la pierre d’Euville (terme générique) aux ingénieurs des Ponts et Chaussées. C’est eux qui, les premiers, l’utilisèrent à Paris dans l’entablement du petit Pont-Neuf. Ces chantiers relancèrent l’exploitation de carrières souvent inactives depuis la Révolution.

Les Carriers : le contexte social de l’époque

Les Damoiseaux étaient les seuls propriétaires des carrières dans le pays de Commercy. Les maîtres-maçons étaient locataires des carrières, extrayant de la pierre pour alimenter leurs chantiers et ceux de leurs collègues en pierre de taille et en moellons. Ils recrutaient des carriers, simples ouvriers, manœuvres spécialisés, vivant pauvrement. Leur situation n’évolue guère au XIXème siècle. Il suffit de parcourir les registres de la Justice de paix de Commercy pour constater qu’ils sont fréquemment cités à comparaître pour des problèmes de dette avec des aubergistes ou des boulangers.
Dès le début des années 1880, la société Civet fils et ses associés, jouit d’un véritable monopole sur les carrières d’Euville, qu’elle possède en propre ou qu’elle loue à la commune. Cette situation lui permet d’investir des sommes toujours plus importantes pour industrialiser la production et recruter toujours plus de personnel.
Puis on dénonce l’arrivée massive des travailleurs étrangers, exclusivement Italiens, rémunérés à des prix beaucoup moins élevés que pour l’ouvrier Français. C’est une catastrophe. A plusieurs reprises, les ouvriers Italiens se mettent en grève pour réclamer que leurs salaires soient alignés sur ceux des Français.
Comme tous les industriels de l’époque, la société Civet, Crouet, Gautier & Cie se veut sociale. Elle met à la disposition de ses ouvriers carriers à Euville, un grand nombre de logements aérés et salubres, ainsi que des lavoirs, des écoles des buanderies, des petits jardins et même quelques champs à cultiver. Jamais de grève ne se sont produites sur ses exploitations Elle organise des caisses de secours mutuels à Euville et dans ses principaux centres d’exploitation qui prospèrent rapidement pour servir des retraites aux plus anciens.
Mais la Maison fait la distinction entre ses ouvriers (1 800 en 1906) et ses employés (90 à la même époque). Les employés ont accès au capital de l’entreprise, ils se répartissent entre eux 15% des bénéfices.
Après la Première guerre, les pierres dures de Meuse sont abandonnées au profit d’un nouveau venu, le béton. C’est ainsi que la pierre d’Euville disparait pour devenir un mythe.

Une exposition mais aussi un site à découvrir ….

Au cœur de la grande carrière, devant un front de taille exceptionnel, une exposition est consacrée à la pierre de la vallée de la Meuse : Euville, Lérouville, Commercy, Riéval, Vignot, Ville-Issey et Chonville. L’exposition se prolonge dans les différents ateliers qui entourent la halle : forge, scierie, marbrerie… Elle est complétée par un parcours balisé qui permet de découvrir le site des carrières d’Euville (environ 1h 30 à pied).

La pierre d’Euville qui a construit Paris !

739 895 m3, c’est le volume total de pierre d’Euville et du bassin de Commercy livré à Paris entre 1853 et 1890 (chiffres officiels de l’octroi de Paris), depuis la pose d’un premier bloc dans l’entablement du petit Pont Neuf en 1853. Utilisée partout où on a besoin de pierre dure, on retrouve la pierre d’Euville dans la construction de grands édifices comme le Palais Garnier, la Gare de l’Est, l’Hôtel de Ville de Paris, le Louvre… Pour les carriers meusiens, l’Exposition Universelle de 1889 est un triomphe. Celle de 1900, avec la construction du Métro, du Grand et du Petit Palais, marque la fin d’une époque.
La pierre d’Euville, qualifiée de pierre dure par les ingénieurs des Ponts et Chaussée, est un calcaire à entroques, formé au Jurassique supérieur (- 161 à – 145 millions d’années). C’est une pierre résistant parfaitement à l’écrasement. Le mythe de la pierre d’Euville s’est construit sur ce que les historiens de Paris appellent cycle haussmannien, un cycle lancé sous Napoléon III et qui s’achève à la veille de la Grande Guerre. L’ambition de l’empereur Napoléon III était de faire de Paris une capitale moderne et assainie, digne du Second Empire. Il a donc confié cette mission à son préfet, le baron Hausmann.
Une première série de grands travaux est lancée dès 1853. Six ans plus tard, la loi qui étend les limites de Paris à l’enceinte fortifiée de Thiers, permet de doubler la superficie de la ville. Interrompus pendant la guerre de 1870, les travaux d’aménagement reprennent avec la IIIème République en accélérant la densification du tissu urbain. L’année 1882 est un point culminant dans ce cycle rythmé ensuite par l’Exposition Universelle de 1889, les travaux de la nouvelle Exposition Universelle de 1900 et la construction du métro.
Pour l’édification du nouvel opéra voulu par Napoléon III, deux architectes se sont trouvés en compétition : Eugène Emmanuel Violet le Duc et Charles Garnier. Mais c’est le projet Garnier qui fut choisi pour sa modernité. Parmi les solutions techniques : il proposait la pierre dure d’Euville pour réduire l’épaisseur des murs porteurs autour de l’espace scénique, un choix qui déclencha de violentes controverses avec les carriers parisiens.Le marché parisien fut le plus important pour la pierre d’Euville, la notoriété acquise à Paris, lui permit de trouver de nouveaux marchés en Belgique d’abord et à Bruxelles en particulier où elle a été employée pour le palais royal de Laeken, la Fontaine de la place Brouckère, la gare du Midi… L’architecte Victor Horta, chef de file de l’Art Nouveau en Belgique, fut l’un de ses plus célèbres promoteurs.
INFOS PRATIQUESLes carrières d’Euville sont à 6 kms de Commercy. Visites de groupes commentées sur demande
Office du Tourisme en Pays de Commercy, Château Stanislas 55200 Commercy
Tél 03 29 91 33 16 Fax 03 29 91 75 87 ot.commercy@wanadoo.fr
Pierre BRIOT Directeur 06 81 58 86 80 http://www.tourisme-pays-de-commercy.fr/le-circuit-de-la-pierre-d-euville/

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