Edition du lundi 18 juin 2018

SNCF : Pepy… à la porte ?

Point-de-vue. « Les résultats du « vot’action » publiés hier sont sans équivoque et sans surprise… » écrit Bernard Aubin, président du syndicat de cheminots Firts.

Pépy à la porte? (dessin syndicat First)

Pépy à la porte? (dessin syndicat First)

L’on peut légitiment s’interroger sur les conditions dans lesquelles s’est déroulé le scrutin. Il n’en reste pas moins que si plus de 91 000 cheminots se sont effectivement exprimés, le chiffre est en lui-même exceptionnel. Il illustre l’immense rejet exprimé par l’ensemble des salariés. Du personnel d’exécution jusqu’aux cadres supérieurs, personne ne veut de cette réforme rétrograde, anti-sociale et injuste. 95 % cheminots opposés à cette réorganisation, cela signifie aussi que même si ceux qui n’ont pas participé au vote avaient tous été favorables à la réforme, le non l’aurait encore largement remporté…

Un gros problème

Certes, et comme le rappellent le gouvernement et la SNCF, ce vote n’a pas valeur légale… Mais quand-même. Lorsqu’une écrasante majorité du personnel, tous collèges confondus, s’exprime d’une manière aussi tranchée, c’est bien qu’il y a un gros problème, tant sur le fond que sur la forme.
Rappelons que ce gouvernement a poussé l’arrogance à faire l’économie de la phase séduction envers les syndicats d’accompagnement, que ses représentants ont siégé face aux syndicalistes sans même avoir pris le soin d’intégrer le fonctionnement technique et social de l’Entreprise, et qu’en pleine phase de « concertation », le Premier ministre a ajouté quelques louches indigestes avec la privatisation de Fret SNCF et l’annonce de la fin du recrutement au Statut dès 2020.

Campagne de dénigrement

N’oublions pas non-plus que pour « justifier » sa réforme ferroviaire, une campagne de dénigrement sans précédent, immorale et odieuse, a été dirigée contre la SNCF et de ses cheminots… et entretenue par les saillies de tel ou tel membre du gouvernement. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui a contribué à maintenir jusqu’à aujourd’hui une relative union syndicale entre 4 des 9 syndicats que compte la SNCF. Les premiers se sont exprimés hier : « Ce vote est un élément incontestable que le gouvernement doit prendre en compte et la direction de la SNCF, totalement discréditée, doit également en tirer toutes les conséquences », asséna l’intersyndicale. L’un d’entre eux est même allé jusqu’à réclamer clairement la tête de Guillaume Pepy.

La tête de Guillaume

La tête de Guillaume ? Et après ? Certes, la confiance entre la direction SNCF et personnel est désormais rompue… pour très longtemps. Ni les syndicats, ni les cheminots n’ont pu digérer que le staff de la SNCF ait pris fait et cause pour la réforme. Pire, que la direction ait repris à son compte les arguments fallacieux développés par un gouvernement bien décidé à démanteler l’Entreprise… Ou encore que cette dernière se plaignent des taquets légaux qui l’empêcheraient de filialiser les TER… Le divorce est consommé… Pour autant, faire rouler la tête de Guillaume dans la sciure n’arrangerait pas grand-chose, si ce n’est justement les affaires du gouvernement.

Louvoyer avec brio

Seuls les proches du président de la SNCF sont en mesure d’évaluer objectivement les relations qu’il entretient avec le Pouvoir. S’il paraît évident que la réforme a intégré quelques-unes des pistes qu’il lui a soufflées, il n’apparaît pas pour autant que Guillaume Pépy soit particulièrement apprécié de la Majorité en place. L’homme de réseau a longtemps recueilli les soutiens de la Droite comme des Socialistes… Il a su louvoyer avec brio dans les pires cloaques politiques.
Mais des partis conventionnels, il ne reste plus que les cendres. Du coup, il semblerait plutôt que Guillaume ait été mis dans le rang. Le président jadis si médiatique n’apparaît désormais que rarement sur les petits écrans, dans un cadre des plus contraints. Cela sans doute pour éviter de se faire « dévillieriser ». Dans ces conditions, réclamer son éviction serait sans doute faire le jeu du gouvernement…

Un champ de ruines

Remplacer Pépy, mais par qui ? L’actuel dirigeant de la SNCF possède au moins un mérite, celui de connaitre le boulot… Et il va en falloir, des compétences, pour gérer le champ de ruines technico-social que laissera cette réforme si elle est mise en œuvre en l’état. Tout en sachant que le but réel du gouvernement n’est pas de développer la SNCF, mais plutôt de l’affaiblir pour mieux livrer ses trafics aux opérateurs privés sortis de l’ombre… Le réforme en elle-même, c’est grave le service public, mais l’après-réforme risque d’être pire encore. Surtout si un petit Macronet incompétent et servile venait finalement à prendre les rênes de l’Entreprise publique.
Le temps est compté
D’une manière ou d’une autre, le temps de Guillaume, à la tête de l’Entreprise, est compté. Sans doute est-il même en sursis, le temps pour ce gouvernement de siphonner ses compétences pour accomplir ses basses œuvres.
Les salariés jetables, ça existe. Les présidents jetés aussi. Mais pour ce qui concerne les cheminots, ils n’ont aucun intérêt à s’immiscer dans le débat, au risque de servir, sans s’en apercevoir, des intérêts qui ne sont pas les leurs… La lutte continue.

Bernard Aubin

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