Edition du lundi 21 mai 2018

Paris : la violence des black blocs

« Après un 1er mai 2017 d’une grande violence, le 1er mai 2018 a franchi un nouveau cap… » déplore le syndicat UNSA Police. Mais qui sont ces « blocs noirs » ?

Manif des black bloc à Lausanne, le 1er mai 2008 (wikipedia)

Manif des black bloc à Lausanne, le 1er mai 2008 (wikipedia)

Le défilé du 1er mai 2018 a été marqué, à Paris, par des violences inouïes de quelques centaines d’individus, tout de noir vêtus, cagoulés et armés de barres de fer et de cocktails molotov qui ont pris place juste devant le cortège des syndicats. Les force de l’ordre ont tardé à intervenir. Finalement, après des heurts assez violents et de gros dégâts matériels, quelque 200 individus ont été interpellés.
Dans un communiqué, le syndicat UNSA police dénonce « une gestion démocratique de la foule à revoir » et accuse : « Une fois de plus, des cohortes de black blocs, milices d’extrême-gauche organisées, foulant au pied l’ordre républicain, ont semé le chaos dans Paris, comme elles le font régulièrement à Calais, comme elles l’ont fait récemment à Notre-Dame-des-Landes, comme à chaque fois… Comment est-il possible que 1200 individus puissent se passer le mot, s’organiser, se déplacer, se réunir en plein Paris, sans que le moindre ordre d’interpellation en amont n’ait été donné au préalable ?
(…) Après avoir perturbé le départ du cortège syndical, après avoir cassé et incendié divers commerces, des voitures et du mobilier urbain, c’est, bien sûr, envers les forces de l’ordre que la violence de l’extrême-gauche s’est déchaînée… Ces groupuscules extrémistes et leurs membres ne sont pas des extra-terrestres, tout doit être mis en œuvre, y compris en utilisant les moyens de police scientifique, pour que ces exactions cessent. »

L’histoire des black blocs

La première grande apparition des black blocs remonte au 30 novembre 1999 à Seattle. Lors d’une manifestation contre l’OMC (Organisation mondiale du commerce), 200 manifestants affrontent violemment les policiers. Les images de guérilla urbaine font le tour de la planète.
Malgré une brutale répression, les black blocs sont présents lors d’une réunion du FMI (Fonds monétaire international) les 16 et 17 avril 2000 à Washington. Cette fois, ils sont un bon millier du Radical-Anti-Capitalist Bloc (RACB) à partir à l’assaut de la police américaine. Ils la feront reculer.
Une autre manifestation des blocs noirs à Gênes, les 20 et 21 juillet 2001 reste dans les mémoires. Au cours de ces violences, un jeune Italien, Carlo Giuliani, est tué par la police. Il y aura aussi 600 blessés.
Les 1er, 2 et 3 juin 2003, les blocs noirs sèment encore la panique à Genève et à Lausanne à l’occasion du G8 qui se tient dans la ville voisine d’Évian. Gênes fut un tournant pour tous les autonomes français qui ont été fascinés par l’organisation et le courage des black bloc. Et encore à Rostock en Allemagne, pour le G8 de 2007 : ils étaient environ 2.000 du bloc noir contre des policiers surarmés parmi lesquels cependant on a relevé 120 blessés.

Technique de guérilla

Sans hiérarchie, ces activistes issus des mouvances libertaires et anarchistes veulent détruire la société capitaliste et s’en prennent aux symboles de l’Etat et du capital : les banques, les commerces, les forces de l’ordre.
Les militants s’habillent tous de la même façon, en noir (couleur de l’anarchie) pour ne pas être repérés par les caméras de surveillance.
Ils forment généralement des groupes en marge des manifestations officielles pour ne pas entraver l’action des autres mouvements protestataires. Ainsi, à Gênes, les heurts avec la police se sont déroulés le matin, loin du lieu de la manifestation prévue l’après-midi par les autres organisations politiques et syndicales. Parfois, ils interviennent pour protéger les manifestants lorsque ceux-ci sont en difficulté face aux forces de l’ordre. Leurs techniques de guérilla éprouvée leur permettent de désorganiser les forces de l’ordre les plus aguerries.

Emilien Lacombe

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