Edition du jeudi 19 juillet 2018

SNCF :  « 5 millions d’usagers à quai, voilà où mène l’orgueil d’un homme… »

Peu ou pas de trafic sur les rails (DR)

Peu ou pas de trafic sur les rails (DR)

Le coup de gueule de Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat de cheminots FIRST

 

Les échanges se poursuivent aujourd’hui entre représentants du gouvernement et certains syndicats de la SNCF, au lendemain d’une réunion qualifiée de « mascarade » par les représentants du personnel. S’attendaient-ils vraiment à autre chose, dans la mesure où les grandes lignes de la réforme ont été arrêtées dès juillet 2017 et révélées dans la foulée par Emmanuel Macron à un petit groupe de cheminots ? « On veut bien discuter de tout, sauf de l’essentiel » pourrait-on résumer la position du Gouvernement. Alors, à quoi bon poursuivre ces simagrées ? Le but du Gouvernement n’est pas de ménager son image. La brutalité de ses décisions, il l’assume et s’en félicite. Sa stratégie vise à mettre en porte à faux l’adversaire, qu’il tente de pousser à la faute.

Un piège béant

L’arrogance du Gouvernement est telle qu’il a renoncé à s’offrir le soutien des syndicats d’accompagnement. Pas la moindre tentative de séduction, pas une esquisse de perche tendue à leur égard… pour l’instant. Tous dans le même sac.
L’intransigeance et l’obstination, marque de fabrique de ce gouvernement, atteignent leur paroxysme tant sur le fond que sur la forme. Si Thatcher était encore vivante, elle n’aurait qu’à bien de tenir. Sans doute quelque peu sonnés par 6 heures de débats stériles, les syndicats de cheminots ne sont cependant pas tombés dans le piège béant qui leur avait été tendu : quitter la table des « concertations ». Rester ne sert à rien mais, en termes d’image, partir eut été catastrophique à la veille de la seconde salve de grève.

Les voilà donc repartis pour un tour de « concertation » aujourd’hui. Encore des échanges qui ne mèneront à rien puisque le Statut, c’est foutu, l’externalisation des cheminots chez les opérateurs privés, c’est acté, l’éclatement de la SNCF, c’est planifié, l’avenir du réseau, c’est plié… et la dette…remise aux calendes grecques.
Encore une journée d’échanges sur la couleur d’un sac à dos social bien vide, suivie de beaucoup d’autres, ce n’est pas très productif. Mais cela ne constitue pas la finalité de ces rencontres. Le gouvernement Investit du temps, de la quantité. La qualité n’est pas recherchée. Le moment venu, il affichera ostensiblement le nombre de réunions de « concertation » réalisées. Rappel : Définition de « Concertation » :  » Pratique qui consiste à faire précéder une décision d’une consultation des parties concernées « . Il y a un hic, non !

Les enjeux

Le conflit n’est pas près de se résoudre. Comme déjà écrit et répété à de nombreuses reprises, les principaux enjeux de la réforme de la SNCF ne sont pas ferroviaires, le rail, c’est secondaire. Il ne s’agit nullement d’offrir aux usagers des trains de qualité sur un réseau rénové. Eux paieront leurs billets de train plus cher. Ça aussi, c’est déjà acté… avant d’être concerté sans doute.
Le premier enjeu de cette réforme est de servir les ambitions personnelles d’un homme aveuglé par son orgueil, qui n’entrevoit le monde qu’à travers le prisme de la technocratie et de la finance. C’est la raison pour laquelle quelque 5 millions d’usagers resteront une nouvelle fois à quai. Puissent-ils en prendre pleinement conscience.

Bernard Aubin

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