Edition du jeudi 19 avril 2018

De Notre-Dame-des-Landes aux concessions à la destruction du vivant

Voici la lettre hebdomadaire de Gérard Charollois. La rédaction d’IDJ n’est pas forcément d’accord sur tout ce qui est écrit dans ces chroniques intitulées Point de vue mais nous les publions in-extenso au nom du libre débat démocratique.

Les Zadistes se sont battus pour refuser cet aéroport (capture Euronews)

Les Zadistes se sont battus pour refuser cet aéroport (capture Euronews)

Point-de-vue. En mai 2017, à l’annonce de la nomination de Nicolas HULOT au ministère de l’écologie, j’écrivais dans cet éditorial que le prix de ce ralliement ne pourrait être que l’abandon de l’emblématique projet controversé de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
La nouvelle ne fut pas pour nous une surprise. Il ne pouvait pas en être autrement.
Réjouissons-nous de cette décision qui consacre le succès de puissants combats associatifs en faveur de la préservation d’une zone naturelle.
Saluons ces « zadistes » dont le moindre mérite n’est pas de déplaire aux tenants de « la loi et l’ordre », ces sinistres résignés pour lesquels une injustice vaudra toujours mieux qu’un désordre.
Les « zadistes » dans la non-violence, dans la désobéissance civile, font mieux que s’indigner, ils agissent pour le bien commun.
Il y a un peu partout en France des projets scandaleux, fruits de l’appétit des oligarques, destructeurs de sites, déménageurs de biodiversité, sources de nuisances pour les habitants et de grands profits pour ceux qui font du profit.
Des milliers d’hectares disparaissent chaque année sous l’asphalte et le béton pour satisfaire des intérêts privés de scrupules.
Soyons cohérents.

L’industrie du tourisme

Nous refusons l’aéroport du Grand-Ouest cher aux promoteurs et à leurs serviteurs partisans en politique. Ne prenons pas l’avion pour transporter notre ennui au bout du monde car on ne peut à la fois dénoncer les pollutions, les emprises au sol, les désagréments pour les riverains et les oiseaux, l’épuisement des hydrocarbures et se laisser conditionner par l’industrie du tourisme qui, comme il a été déjà dit, consiste à « amener dans des endroits qui seraient mieux sans eux, des gens qui seraient mieux chez eux ».
Imaginons que demain tous les habitants de ce pays décident de se rendre aux antipodes et que les chinois ou indiens décident inversement de visiter Paris.
Les ressources planétaires ne pourraient pas y pourvoir et l’atmosphère en serait saturé.
Alors préférez visiter le Massif Central pendant vos prochaines vacances et non la muraille de Chine qui se passera bien de nous.
Les écologistes ont obtenu l’abandon du projet nantais qui suscita tant de manifestations massives contre lui.
Maintenant, la classe politique pourra assumer, en toute bonne conscience, le massacre de la biodiversité en faveur des forces les plus demeurées de la société, celles qui veulent casser du renard, de l’oiseau migrateur et du loup.
Une dizaine de députés du parti au pouvoir, élus des zones de montagne, se sont rendus à Matignon pour exposer au premier ministre leur volonté de voir défendre les éleveurs de moutons contre les exactions des loups.

Un plan loup est en cours d’élaboration.

Pour le lobby agro cynégétique, la question est réglée. Il faut éradiquer le loup au même titre que le lynx, l’ours et tout autre prédateur naturel. Pour ce lobby, la montagne sert de parc à moutons.
Que la biodiversité aille se faire protéger ailleurs.
L’éleveur ne possède pas un troupeau pour le dorloter, l’aimer, le caresser mais pour le vendre à l’abattoir y compris rituel. L’éleveur pleure, devant les caméras, lorsque le loup tue sa douce brebis mais feint d’oublier qu’il la destine à l’égorgement et ne la nourrit pas comme animal de compagnie.
La sentimentalité est ici invoquée à titre d’argument publicitaire.

Reste l’aspect économique.

J’ai déjà suggéré que puisque l’agriculture de montagne tire 50% de ses revenus de subventions, il conviendrait de maintenir ces aides, à titre social, mais de les subordonner à la présence de la faune.
Il est évident que l’éleveur ne doit pas supporter le coût de la sauvegarde de la biodiversité mais il ne peut, à la fois, solliciter l’argent public et l’aseptisation de la nature, tenir d’une main la sébile et de l’autre le gros fusil.
Subordonner les aides financières à la présence des prédateurs constituent, dans une société fondée sur l’appât du gain, l’unique moyen de « réconcilier » les éleveurs et la nature.
Abandon de l’aéroport de la discorde, bonne nouvelle, mais que dire du grand contournement de Strasbourg, des voies rapides ici ou là et de ce stupide cadeau fait au lobby chasse français : Par arrêté du 2 janvier 2018, le ministère de l’écologie autorise l’emploi d’atténuateurs de sons sur les armes de chasse.
Oui, en France : « silence, on tue ».
Gérard Charollois
Convention Vie et Nature( www.ecologie-radicale.org )
Une force pour le vivant

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