Edition du vendredi 22 juin 2018

De la violence et de la guerre

Point-de-vue. Dans son dernier édito, Gérard Charollois se demande si les victimes préfèrent inhaler un gaz neurotoxique ou être déchiquetées par un obus conventionnel ?

Gérard Charollois, président' de Convention Vie et Nature (DR)

Gérard Charollois, président’ de Convention Vie et Nature (DR)

Les passions parfois, les intérêts plus souvent encore, jettent les groupes humains les uns contre les autres pour la conquête de territoires, de sources d’énergie, de richesses et d’idéologies contraires.
Depuis les derniers conflits « dits mondiaux », les juristes ont tenté « d’humaniser » la guerre en lui assignant des bornes édictées par le droit. On parle, concept étrange, de « droit de la guerre » reposant sur deux limites juridiques.
Le recours à la guerre suppose d’une part un motif légitime, fondant une « juste guerre » et, d’autre part, des moyens admissibles, excluant, en théorie, les armes massives chimiques et bactériologiques.
L’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien vient de conduire les trois puissances occidentales à lancer quelques missiles et bombes sur des installations industrielles et militaires de ce pays susceptibles de receler de telles munitions.
Prenant du recul, non pas jusqu’en Syrie où s’affrontent une dictature d’un côté et des terroristes islamistes de l’autre, mais depuis une autre planète nous offrant une plus large perspective, la guerre est un crime, ce qui rend suspect la notion même de « crime de guerre ».

Celui qui commence

Certes en cas d’agression, un individu ou un peuple doit légitimement se défendre, mais cette défense suppose une agression.
Ainsi, en la matière, comme dans une cour de récréation, « celui qui a tort est celui qui commence ».
Le processus d’hominisation appelle à extirper l’esprit d’agression, de violence, d’asservissement d’autrui, impératif valable entre individus et entre peuples.
Quant aux moyens employés pour tuer, il me semble bien dérisoire de hiérarchiser l’horreur des blessures, mutilations infligées. Va-t-on demander aux victimes si elles préfèrent inhaler un gaz neurotoxique ou être déchiquetées par un éclat d’obus parfaitement conventionnel ?
Les femmes, hommes et enfants sous un bombardement préféreraient-ils être brûlés par le chlore ou éventrés par une explosion ?

Le massacre de Dresde

En février 1945, l’Allemagne nazie apparaissait vaincue et sa capitulation était une affaire de jours. Les bombardiers américains et anglais détruisirent la ville de Dresde, en une nuit d’horreur pour la population civile, alors que cette ville ne présentait aucun objectif militaire. Cent mille habitants périrent.
Aucune nécessité stratégique ne justifia ce massacre de femmes, d’enfants, de vieillards inoffensifs.
L’histoire retient que cette guerre fut juste car menée en réponse aux agressions d’Hitler à l’encontre de pays voisins qu’il voulait annexer au Reich.
Tous les moyens utilisés par les alliés ne furent pas conformes au « droit de la guerre », faute d’avoir cherché à épargner les populations civiles.

La guerre et la morale

Mais la politique ne doit pas faire croire qu’elle se confond avec la morale. Une puissance brandira toujours le « bon droit » pour couvrir les agissements que lui dictent ses seuls intérêts géostratégiques.
Les tares et les crimes de l’ennemi du jour sont bruyamment dénoncés. Ceux des amis du jour sont pudiquement oubliés.
Que serait un monde sans violence, sans guerre inter-individuelle et inter-étatique ?
Si l’humain s’humanisait et renonçait à infliger à autrui des maux, cela n’empêcherait ni la maladie, ni le déclin, ni la mort de se charger d’accabler les vivants.
Sans la guerre et sans la loi nauséabonde du Marché, guerre inter-individuelle permanente, la souffrance perdurerait encore.
Toutefois, l’homme n’ajouterait plus le malheur au malheur et pourrait consacrer son génie, ses talents, son énergie à faire triompher partout et toujours LA VIE.

Gérard CHAROLLOIS
CONVENTION VIE ET NATURE
UNE FORCE POUR LE VIVANT

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