Edition du lundi 21 mai 2018

Panama papers : beaucoup de questions

Point de vue

Par Marcel GAY


Mais qui est à l’origine de la fuite des Panama Papers qui provoque un véritable séisme dans les milieux friqués de la planète ? La question peut se poser autrement : à qui profite le crime ?

Le scandale est planétaire. Depuis le 3 avril dernier, les grands titres de la presse mondiale dont, en France, le journal Le Monde, distillent chaque jour des noms de personnalités du monde politique, économique, sportif ou mondain qui ont planqué leurs économies dans les paradis fiscaux.
Le scandale des Panama Papers tel qu’il a été baptisé par les journalistes du fameux Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) n’en finit pas de faire des vagues, parfois destructrices. Elles ont emporté le Premier ministre islandais, David Gunnlaugsson, ébranlé le chef du gouvernement britannique David Cameron, et éclaboussé de grands groupes industriels et bien d’autres dirigeants du monde : de l’Ukraine à l’Arabie Saoudite, de l’Argentine à la Russie en passant par le Maroc !
En France, une quinzaine des quelque 500 grandes fortunes du pays apparaissent dans les listings du cabinet panaméen Mossack Fonseca ainsi que la Société Générale, accusée d’avoir ouvert 979 sociétés offshore au profit de riches clients. La banque réfute ces accusations et annonce des poursuites en diffamation contre ses détracteurs.

11,5 millions de documents

Ces listings ont été livrés gracieusement à la rédaction de la Süddeutschezeitung. Le quotidien de Munich a ensuite alerté les centaines de journalistes du fameux Consortium pour qu’ils travaillent sur ces 11,5 millions de documents.
Des noms, des chiffres, des dates, des lieux… Une montagne d’informations confidentielles à vérifier et à recouper. Au total 2,5 To de données informatiques.
Peu à peu, les journalistes ont pu mettre à jour des transactions occultes, remonter des circuits financiers complexes, débusquer des sommes colossales dissimulées discrètement dans les paradis fiscaux. Des milliards de dollars. Tous les pays du monde sont concernés. Pour la France, uniquement, les sommes éludées au fisc s’élèvent à 17 milliards d’euros !
Curieusement, il y a peu de clients américains concernés. Est-ce à dire que les riches Américains seraient plus vertueux que leurs homologues des autres pays ? Ou que le Delaware, ce petit Etat au sein même des Etats-Unis, classé comme le premier de tous les paradis fiscaux du monde, suffit aux milliardaires américains pour échapper au fisc ?

Des questions

Personne ne peut le croire. Il faut donc s’interroger sur l’origine de la source. Qui a pu donner autant d’infos d’un seul coup aux journalistes ? Un lanceur d’alerte comme on appelle désormais ces individus qui, au nom de la démocratie, de la santé, de la probité, dénoncent des scandales, au péril parfois, de leur propre sécurité ?
Peu probable. Une telle masse d’informations ne peut être collectée, sans se faire repérer, que par de très gros ordinateurs.
Alors qui ? Poutine n’y va pas par quatre chemins. « C’est la CIA » qui est à la manœuvre pour déstabiliser certains pays ou certaines firmes, dit-il. Peut-être, peut-être pas.
Cela peut être aussi une autre officine qui joue sur les enjeux géostratégiques visant à affaiblir des individus, des sociétés, des banques, des pays. Comment savoir puisque la source est inconnue ?
Et comment être certain que des noms n’ont pas été ajoutés par une main anonyme, comme ce fut le cas, il y a quinze ans, dans les listings de Clearstream ? Et d’autres enlevés ?
D’ores et déjà de fausses listes de noms circulent sur le net. La guerre 2.0 fait des ravages. Malgré toutes ces questions et toutes les réserves qu’appellent les Panama Papers, lorsque des trafiquants, des fraudeurs, des dirigeants corrompus et d’autres criminels sont démasqués, cela fait du bien à la démocratie.

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