Edition du samedi 22 juillet 2017

    Le règne du corps capricant

     

    Quand certains se mettent en marche, d’autres bondissent et rebondissent, s’activent et se défoulent dans des nouveaux parcs de loisirs au concept novateur et symptomatique d’une époque.

    Par Luigi Palante

    Le corps en apesanteur (DR)

    Le corps en apesanteur (DR)

    Il y a quelques années, c’était tout à la fin des années 90, alors que le monde entier était déjà dévoué à la vitesse et à elle seule, que tout s’emballait et s’entremêlait, information, communication, savoir instantané, des philosophes, des journalistes, des amoureux des belles lettres, du silence et de la contemplation, tels Pierre Sansot ou Carl Honoré, s’en alarmaient et avec leur Bon usage de la lenteur ou leur Eloge de la lenteur, tentaient de nous avertir et d’interrompre nos folles chevauchées en criant : « Stop ! » Mais rien n’y fit !
    Depuis lors, la vitesse pour savoir, connaître, anticiper, a fait un bond en avant et plus encore puisque désormais même les algorithmes tentent d’aller plus vite que la musique en nous informant de ce que nous aimerons, de ce que demain nous devrons connaître et savoir pour vivre heureux. Pas de place pour rester le cul rivé sur une chaise, le nez dans les étoiles, dans la position d’un moine contemplatif ou d’un poète hanté par le vol crépusculaire d’un éphémère. Si à cela vous ajoutez une République désormais en Marche où l’engouement pour les courses, les marathons, les trails est devenu une mode, peut-être même à dire vrai une aliénation, vous comprendrez notre questionnement légitime sur cette façon d’appréhender le monde en mouvement. En marche oui, mais vers quoi ? Vers qui ? Peu importe : aujourd’hui il faut avancer pour ne pas incarner l’immobilisme négatif, bouger pour être vivant dans un monde anxiogène. Ce n’est alors pas un hasard si de nombreux complexes sportifs ouvrent leurs portent ici et là en France offrant la possibilité à leurs adeptes de grimper, de sauter, de rebondir, d’exulter, de lever les bras en l’air, de tutoyer les ciels, et même pour d’aucuns les cieux. Liberty Park est assurément l’un de ceux-ci qui a ouvert ses portes le 13 mai dernier à Terville, aux alentours de Thionville, non loin de l’attractif Luxembourg.

    Au creux des apparences

    Emerveillement devant les choses (DR)

    Emerveillement devant les choses (DR)

    Un parc flambant neuf de 2200 m2, le plus grand de l’Est de la France, qui offre toutes les possibilités de s’envoyer en l’air : tel est ce nouveau complexe qui décomplexe. Des décors et des implantations composés de couleurs vives, lumineuses, des équipes jeunes et souriantes, – mais pas que -, des dispositifs acidulés dignes de la tenue vestimentaire d’une Cindy Lauper, des facettes de Rubik’s Cube ou même des années 80, celles de l’insouciance et qui sont au cœur du marketing et de l’intérêt revival actuel. Mais, il faut bien l’avouer, il ne s’agit pas ici d’une seule reconstitution pour évocation des temps passés. Le mélange est subtil entre modernité et époque joyeuse des temps anciens. Les moyens, les dispositifs, les possibilités sont assurément celles de nos jours et font mouche immédiatement. A l’image du Tumbling : une piste élastique qui permet tous les écarts de conduite, de s’affranchir de l’apesanteur, de sentir son corps en mouvement, de s’éclater littéralement.
    Des activités acrobatiques pour rebondir – réellement – ; à commencer par le Dodgeball : une balle au camp ou balle au prisonnier made in USA et qui est à la mode Outre-Atlantique. Ou comment s’affronter sur des trampolines en visant juste et en gardant l’équilibre durant 4 mn : la bonne vieille balle au camp de notre enfance dans les cours de récréation revue et corrigée à la sauce rebond et fun.
    Votre boss joue les bolos et veut vous endurcir à la sauce corporate ? Pourquoi programmer des boot camp quand on peut éprouver les troupes et s’éprouver dans la Slackline ; cette sangle souple suspendue entre deux points et sur laquelle vous pourrez jouer les équilibristes sans danger aucun. Vous n’êtes pas corporate justement, plutôt individualiste, venez vous mesurer alors à un seul adversaire dans une battle beam, façon Fort Boyard, sur une poutre : et que le meilleur gagne ! Votre côté clown et cascadeur est le plus prégnant : alors jetez-vous dans une fosse remplie de cubes en mousse en osant toutes les figures.
    Le quart d’heure warholien étant désormais un droit acquis par tous dans notre société contemporaine, petites et grands, doués ou non, pourront s’essayer au Trampo Dunk ou comment smasher une balle façon Michael Jordan icône des années 90 justement. La NBA et ses joutes actuelles façon Rockets versus Clippers, c’est là à portée de panier ! Et si après avoir vécu dans la peau d’un Harlem Globe trotter, vous désirez incarner un Cardinale face au fantasque Super Mario, il y a le Trempo Foot : fous rires assurés ! En effet, même le grand Zlatan ne pourra jamais égaler une reprise de volée à plus de deux mètres du sol ! Et jamais Gigi Buffon lui-même ne pourra s’envoler dans les airs pour la capter façon superman ! Là, vous pourrez tutoyer Thomas Pesquet d’égal à égal !

    Plaisir et partage

    Un moment de détente (DR)

    Un moment de détente (DR)

    La philosophie, nous enseigne Platon, naît devant l’émerveillement des choses. Et de philosophie Jean-Denis Dal-Zuffo sait de quoi il parle en présentant son écrin et ses équipes : « Nous sommes 4 amis qui avons beaucoup travaillé ensemble, Tristan le benjamin est entraineur de haut-niveau en trampoline, Christian a une expérience de commercial dans un grand groupe, ma femme est dirigeante et sportive et moi-même j’étais cadre à Arcelor Mittal, président d’associations. Nous avons organisé ensemble les championnats d’Europe et du Monde de trampoline en 2010 à Metz. Une aventure qui nous soudé et qui nous a démontré tout l’engouement des jeunes pour ces pratiques acrobatiques Notre philosophie commune c’est en fait un TRIP comme travail, respect, intégrité, persévérance ; des valeurs auxquelles on pourrait ajouter les « P » de plaisir et partage On a construit le projet ensemble et on souhaite que toute la jeune équipe de Liberty Park poursuive l’aventure et grandisse avec le projet Liberty Park ».

    Si le corps engendre de la communication aujourd’hui, s’il est un langage à part-entière, qu’il se remarque, qu’il occupe de l’espace, se plie aux lois d’un libéralisme galopant ou au diktat de la mode, alors Liberty Park en est le temple. Un écrin qui rappelle la liberté du corps en apesanteur et où l’on cultive une fenêtre ouverte sur la légèreté : « Venir à Liberty Park c’est clairement un moment de détente, mais c’est également physique. Une sérieuse étude de la NASA dans la préparation des cosmonautes démontre que sauter 10mn sur un trampoline équivaut à 30 mn de course. Sur une toile de trampoline, tout peut se faire plus facilement que sur un terrain en dur : jouer au volley, au basket, au foot, sauter, faire des figures.  Ici on ajoute même des fosses en mousse pour se réceptionner. On se dépense tout en s’amusant, mais on développe aussi son équilibre, sa coordination, sa capacité à s’adapter dans l’espace : ce n’est pas pour rien que les pilotes de chasse, les spationautes, les perchistes, les artistes de cirque, les plongeurs, les snowboardeurs utilisent le trampoline pour leur préparation. D’ailleurs, les premiers à découvrir Liberty Park ont été le pôle France de Trampoline, puis le centre d’entrainement acrobatique de Moselle qui compte plusieurs membres de l’équipe de France Junior. » ajoute Jean-Denis.
    A l’heure de l’ère de l’homme pressé, de l’homme compressé, le lâcher-prise, qu’il s’incarne par des bonds et rebonds, des vols planés, des tentatives d’évoluer en apesanteur, devient un principe de civilisation. Liberty Park est dans l’air du temps ; assurément ! Le corps comme métaphore de sens devient là un résumé du corps social secondé par des équipes de sportifs de haut niveau chargées de vous faire rêver et de vous amuser.

    Pour plus de renseignements ici

    Luigi Palante

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