Edition du dimanche 22 octobre 2017

Des hivers mémorables

Si la froidure du temps jadis s’abattait sur nous, elle provoquerait des morts par milliers.

image de l'hiver en Russie

Image de l’hiver en Russie (pixabay.com)

L’hiver 2016-2017 nous paraît particulièrement rude. La neige, le froid, le verglas nous compliquent la vie, perturbent les transports et font flamber les prix. Mais la France a déjà connu des hivers particulièrement rigoureux en des temps où il était plus difficile qu’aujourd’hui de se chauffer, de se déplacer et de se nourrir.
Les plus anciens se souviennent de l’hiver 1956. Ce fut assurément le plus froid du XXème siècle. Le 12 février de cette année-là, le thermomètre est descendu jusqu’à –36° en Corrèze ! Tous les records de froid furent battus. Les fleuves étaient gelés. La terre dure comme fer au point qu’il fut impossible, durant plusieurs semaines, d’enterrer les morts. Les oiseaux mourraient de faim et de froid par milliers. Dans les régions méridionales le froid fut si intense qu’il décima onze millions d’oliviers. Plus triste encore, deux ans après l’appel de l’Abbé Pierre, on dénombra en France 147 victimes du froid au soir du 18 février 1956. Et 611 dans toute l’Europe.

40 jours de gel

Autre hiver rigoureux, celui de 1963. Il a surtout été remarquable par la persistance des grands froids durant trois mois. Les gelées ont commencé le 13 novembre 1962 et se sont poursuivies jusqu’au 6 mars 1963 avec, il est vrai, quelques périodes plus douces. La température la plus basse fut enregistrée le 23 janvier 1963 à Vichy : -26°. Dans l’est de la France, et notamment à Besançon, on compta 40 jours sans dégel.
Plus loin dans le temps, durant l’hiver 1846 la neige est tombée sans discontinuer durant 4 jours à Paris (du 28 février au 4 mars) recouvrant la capitale d’un manteau blanc de 40 cm. Du jamais vu ! En 1829 il a gelé pendant 54 jours d’affilée, la Seine fut prise dans les glaces.

Une grande famine

Il y eut d’autres périodes de froid polaire dans notre pays pourtant tempéré puisqu’il se situe sur le 45ème parallèle. Par exemple l’hiver 1709. Selon les « notices sur l’état thermométrique du globe terrestre » de l’astronome François Arago, il a fait –23,1° à Paris le 13 janvier. Le froid sibérien dura un mois. Conséquences : les hommes, les bêtes et les végétaux eurent à souffrir terriblement. De nombreux animaux sauvages et domestiques n’ont pas survécu. Des voyageurs piégés par le froid  succombèrent. Les cours d’eau étant gelés, les moulins se sont arrêtés. Cette année-là, la grande famine fut à l’origine d’une mortalité très importante. Le redoux n’arrangea rien : les inondations qui suivirent achevèrent ce qui restait de récolte et de réserves.

Le vin… au kilo

les hivers rudes du moyen âge

les hivers rudes du moyen-âge

La fin du moyen âge a connu une sorte de période glacière. L’hiver le plus terrible fut celui de 1407. Les chroniques de l’époque nous apprennent que l’eau est restée gelée pendant plus de 70 jours dans le royaume de France. Il y eut pénurie de farine à Paris. Le vin gelait dans les barriques. Le greffier du Parlement voyait son encre geler dans l’encrier.

Quelques années plus tard, en 1419-1420 alors que les Anglais occupaient une partie du royaume et assiégeaient Paris, les loups se hasardaient dans les faubourgs de la capitale. En 1442-43, le froid paralysa tout moyen de transport. Le roi Charles VII fut bloqué durant trois mois à Montauban et son épouse la reine Marie d’Anjou fut bloquée à la cité de Carcassonne. Au cours de l’hiver 1480-1481, nouvelle vague de froid intense. Cette année-là, le vin gelé se vendait… au poids.

Fragile technologie

Si notre société habituée au confort devait affronter des hivers aussi rigoureux que ceux dont nous venons d’évoquer, elle serait en prise aux pires difficultés. Car notre technologie aussi sophistiquée soit-elle, n’est pas faite pour durer. Elle est donc fragile. En cas de chutes abondantes de neige, les voitures et les camions ne pourraient plus circuler, les avions resteraient cloués au sol, les TGV en gare, les bateaux à quai. Les câbles électriques auraient du mal à transporter l’électricité, les chauffages ne fonctionneraient plus, les écrans de TV resteraient noirs…L’économie entière serait paralysée.
Comme au moyen âge !

Marcel GAY

Lire Aussi