Edition du jeudi 23 novembre 2017

Concert d’obus

Performance sonore de Léa Le Bricomte, avec Philippe Pannier, samedi 27 août 2016 Porte des Allemands, à Metz.

concert d'obus

concert d’obus (© Léa Le Bricomte | Concert d’obus – 6 juillet 2016 – Porte des Allemands)

Les œuvres de Léa Le Bricomte opèrent à des croisements de territoires fondamentalement contradictoires. L’opposition guerre-paix y trouve une place majeure en traversant un ensemble d’œuvres où les objets liés au monde guerrier se trouvent affublés d’une autre fonction et par conséquent d’une nouvelle signification. Les munitions aux calibres multiples, les obus de mortier, les fusées éclairantes ou encore les grenades à fusil qui, initialement, avaient une fonction offensive et/ou défensive sont recontextualisés dans un champ ludique, méditatif et altruiste. Le processus de détournement génère une conversion de la mort à la vie (…)
(En 2014) elle réalise Sounds of war, une nouvelle version du mandala composée de cent obus datant de la Première Guerre Mondiale disposés chacun sur un petit coussin habituellement destiné à supporter un bol chantant tibétain. L’ensemble de l’installation repose sur un tapis circulaire noir dont le centre comporte un motif imprimé représentant de manière stylisée la roue du Karma tibétaine. Son dessin et sa symbolique impliquent une double lecture nous renvoyant à deux étapes symboliques de la vie : la mort et la fusion des énergies, par extension elle désigne la renaissance. La roue guide le sens de l’œuvre qui est à la fois une sculpture (muette et inactive) et un dispositif performatif (sonore et actif). L’œuvre connaît une mutation de son statut du fait de la charge musicale des obus, qui, lorsqu’ils sont compris et manipulés comme des instruments de musique, sonnent à la manière des bols chantants tibétains. La sculpture devient une zone performative lorsque Léa Le Bricomte invite une douzaine de musiciens à jouer une musique nouvelle en révélant « le potentiel des obus reprogrammés en instruments de paix. » L’intervention du corps, l’exécution de gestes ancestraux, l’activation sonore et l’écoute du public engendrent la mutation de l’œuvre. Par le déplacement des fonctions et des symboles, nous assistons à la réactivation de différentes traditions. Décontextualisées et reformulées, les pratiques du mandala et du bol chantant tibétain sont réinscrites dans une création à la fois personnelle et collective.

Julie Crenn

 

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