Edition du mardi 24 octobre 2017

« Le dernier train d’Hiroshima »

 

Le 6 août 1945, à 8 h 15, un bombardier B-29 américain baptisé Enola Gay, larguait sur Hiroshima la bombe atomique Little Boy. Quelques Japonais ont survécu deux fois au feu nucléaire. Pendant longtemps il leur fut interdit de témoigner. Charles Pellegrino raconte leur histoire. (1)

Le-dernier-train-d'Hiroshima

Le dernier train d’Hiroshima (couverture du livre)

Un flash. Aussi aveuglant que mille soleils. Puis une détonation accompagnée de rayons d’une chaleur intense. Ce phénomène que les Japonais ont appelé le « pika don » n’a duré que quelques secondes. Mais le spectacle qui suivit fut dantesque. Le 6 août 1945 à 8 h 15 la première bombe atomique de l’histoire venait d’exploser au-dessus d’Hiroshima.
Une institutrice nommée Arai avait accordé quelques minutes de récréation supplémentaires à ses élèves lorsqu’un éclair l’aveugla. Les fenêtres explosèrent. Dehors, un immense nuage aux couleurs étranges montait dans le ciel. Mais dans la cour de l’école, les enfants avaient disparu, sans bruit, « ne laissant que des tas de vêtements en lambeaux fumants à leur place. »

« Des serpents de feu »

Médecins et scientifiques mettront longtemps à comprendre les effets des rayons X et des rayons gamma contenus dans l’éclat atomique. Les survivants, hébétés, furent les témoins involontaires d’un événement inconnu depuis la création du monde. Autour d’eux, les immeubles étaient rasés, la végétation avait disparu, « des serpents de feu » sortaient de terre. L’air soudain liquéfié était irrespirable. Le soleil avait disparu laissant place à une pluie noire radioactive.
Un peu partout des hommes, des femmes, des enfants s’enflammaient, réduits instantanément en poussière de charbon. On pouvait voir leur ombre imprimée sur un mur ou sur un tronc d’arbre. Parfois, les os du squelette disparaissaient aussi. Parfois, seule la peau se détachait du corps laissant les muscles et les viscères à nu. Un cheval, tout rose, la chair à vif, cherchait son maître. On vit un homme descendre la rue en faisant un bruit de claquettes. Mais il n’avait plus de pieds, seuls ses tibias frappaient le pavé.

Le mal des rayons

Les effets du « pika don » n’avaient rien de logique. Mme Kono fut protégée des rayons mais son fils, à ses côtés, disparut dans l’éclair, laissant derrière lui une colonne de fumée. Certaines familles furent anéanties dans l’instant alors que d’autres, au même endroit, ont survécu sans aucune blessure apparente. Les vêtements blancs les avaient protégés de l’intense lumière.

Alors que les survivants s’agglutinaient comme des fourmis pour fuir le « Jigoku » (l’enfer), une trentaine d’entre eux montèrent dans le dernier train pour Nagasaki. Le 9 août 1945 à 11 h 02, un B-29 largue une deuxième bombe atomique, trois fois plus puissante que celle d’Hiroshima. Les médecins sont incapables de soigner les malades. Ils ne comprennent pas « le mal des rayons » qui ne correspond à rien de connu.
Les souffrance indicibles des japonais conduiront Hiro-Hito, le 124 ème empereur du Japon à signer la reddition.
Plus tard, le père Matthias, prêtre catholique exposé à Hiroshima rencontrera le pilote de l’avion qui largua la bombe. Paul Tibbets riait du rôle qu’il avait joué dans l’histoire de la seconde guerre mondiale en s’empiffrant de gâteaux en forme de champignons atomiques !

Un livre émouvant

Auteur de plusieurs ouvrages relatifs à la science et à l’archéologie, Charles Pellegrino décrit méticuleusement ces deux journées les plus horribles de l’histoire de l’humanité. Dans un livre émouvant, il raconte les témoignages des survivants, ceux des victimes japonaises et des aviateurs, complétés par des documents récemment déclassifiés. L’auteur dissèque les stratégies politiques et militaires qui ont conduit les autorités américaines à déclencher le feu nucléaire. Un plaidoyer documenté contre toute utilisation de ces armes terribles.

(1) « Le dernier train d’Hiroshima » de Charles Pellegrino (Florent Massot). 440 pages, 21,90 euros.

Marcel GAY

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