Edition du vendredi 22 juin 2018

Gravelotte : le musée de la guerre de 1870 et de l’Annexion

« Ici est née le tourisme de mémoire, dès 1871 » rappelle Eric Necker, conservateur en chef du patrimoine, directeur du musée de Gravelotte en faisant visiter le musée, le seul, en France comme en Allemagne, qui raconte la guerre et la période de l’annexion à l’Empire allemand.

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Fragments du Panorama de Champigny et Rezonville (photo jean-Claude Kanny)

« Dès la fin des combats, les associations allemandes d’anciens combattants ont construit des monuments commémoratifs sur le champ de bataille » explique Erick Necker. « Le plus important est la Halle du Souvenir, juste en face le musée. Les vétérans et visiteurs des champs de bataille se retrouvaient là. »
A travers les combattants de 1870, c’est l’empire allemand et son unité qui étaient célébrés. On peut y admirer les bustes de Guillaume 1er et du prince Frédéric-Charles de Prusse et, en médaillon, les portraits des principaux chefs militaires allemands.
« Le tourisme de mémoire s’est rapidement développé, poursuit Eric Necker. On venait en famille sur le champ de bataille, on achetait des cartes postales, on couchait à l’hôtel, à Metz, on faisait des banquets…Le champ de bataille n’a pas bougé depuis 1870 ! Guillaume II s’est opposé à la construction d’un puits de mines pour préserver le site. Le sang des soldats a forgé l’unité allemande. »

Le dormeur du Val

En bordure de la départementale qui traverse la commune, face à la Halle du Souvenir et au cimetière militaire, le nouveau musée de Gravelotte s’inscrit dans un parcours qui favorise une mise en condition progressive du public.
L’exposition permanente présente sur 900 m2 de nombreuses collections militaires. Mais il raconte aussi l’histoire des Mosellans pendant l’annexion.
On y découvre de splendides uniformes militaires allemands, des collections originales, des objets ayant appartenu aux soldats, des reproductions de photographies anciennes, des journaux de l’époque. Une série de films vidéo rythment le parcours et complètent les informations sur la guerre et la période de l’annexion.
La première salle plonge le public dans l’ambiance du conflit, avec des objets qui montrent la violence des combats. Deux poèmes renforcent cette vision : Le dormeur du Val d’Arthur Rimbaud et Die Trompete von Gravelotte de Ferdinand Freiligrath.

Fragments de panoramas

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entrée du musée (photo Jean-Claude Kanny)

La guerre de 1870 est évoquée sur la moitié de la surface d’exposition. La guerre est présentée à travers les hommes qui l’ont faite. Du 14 au 18 août 1870, les charges de cavalerie font de ces journées un enfer dans lequel les hommes tombent comme des mouches. D’où l’expression devenue familière « Ca tombe comme à Gravelotte ».
Ici, l’uniforme du général Deca en, mortellement blessé. Là, une cuirasse constellée d’impacts de balles. Plus loin, les fusils français, les Chassepots, et plus loin encore, des tableaux, immenses et colorés. Ce sont des fragments de Panoramas réalisés par de grands artistes.
Le Panorama de Champigny a été peint par Edouard Detaille et Alphonse de Neuville en 1882, un an avant le Panorama de Rezonville. Le Panorama fut découpé et vendu en 65 fragments le 13 mai 1892. Une partie, achetée par la famille américaine Forbes.
En 2006, le petit-fils a offert un fragment du Panorama de Champigny (2,25 m par 2,54 m) au musée de Gravelotte. Il vient s’ajouter aux neuf fragments du Panorama de Rezonville que le musée possédait déjà.

Ces fragments illustrent une victoire et une défaite française. Les peintres se sont rendus en 1881 sur les champs de bataille pour peindre les paysages et recueillir les impressions sur les combats. Ils témoignent du rôle prépondérant de l’infanterie.
Le musée possède aussi une bibliothèque qui abrite un fonds de référence sur la guerre de 1870 : 4.000 ouvrages anciens et contemporains, en français, en anglais et en allemand.  La bibliothèque est abonnée à 26 titres de périodiques contemporains : revues d’histoire et revues régionales.
Quarante-cinq ans après la tuerie de Gravelotte, une autre guerre entre la France et l’Allemagne effacera peu à peu le souvenir de la guerre de 1870. Ce sera une autre boucherie dont on commémore cette année le centième anniversaire.

Marcel GAY

1870 : la guerre oubliée

Le musée départemental de la guerre de 1870 et de l’annexion de Gravelotte (57) aux portes de Metz rappelle la violence des combats de ce conflit oubliée qui a pourtant changé le cours de l’histoire : celui de l’Allemagne, de la France, de l’Alsace et de la Lorraine.

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Uniformes militaires (photo Jean-Claude Kanny)

La guerre est toujours cruelle. Il y a des morts, beaucoup de morts. Celle de 1870 a laissé dans les mémoires une expression familière : « Ca tombe comme à Gravelotte. » Durant les combats des 14, 16 et 18 août, à Gravelotte et aux alentours, ce sont 75.000 soldats qui ont perdu la vie.
La France a déclaré la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870 parce qu’elle s’opposait à ce prince allemand des Hohenzollern qui voulait monter sur le trône d’Espagne. Les différents Etats allemands se joignent alors à la Prusse. Guillaume, roi de Prusse, prend le commandement des armées allemandes.

Napoléon III prend la tête de l’armée française. Les combats font rage. Le 4 août, première défaite de l’armée française à Wissembourg. Puis une autre, le 6 août, à Froeschwiller et Spicheren. Napoléon laisse le commandement au maréchal Bazaine.
Les armées allemandes progressent partout en Lorraine. Le 14 août, la guerre est aux portes de Metz. Le 16 août, les Prussiens attaquent près de Mars-la-Tour. On se bat autour des villages de Vionville, Rezonville. Les charges de cavalerie meurtrières se succèdent. Au soir du 14 août, Bazaine et son armée se retirent à Metz. Les Allemands en profitent pour occuper le terrain.

Le 18 août, le général Moltke attaque l’armée française à Gravelotte. Les combats sont d’une violence inouïe. Les soldats tombent par centaines. Les batailles se déplacent vers Saint-Privat et Sainte-Marie-Aux-Chênes. L’armée française se replie à Metz. Encerclée, la ville est en état de siège. L’armée de Bazaine neutralisée.
Avec ce qui reste de l’armée, Napoléon III se dirige vers Chalons puis bifurque vers l’est pour ralentir la progression allemande. Les deux armées se rencontre à Sedan, les 1er et 2 septembre. Mais la puissance de feu des Prussiens est plus forte. Napoléon capitule. Paris est assiégée.
Par le Traité de Frankfort du 10 mai 1871, la France cède à l’Allemagne l’Alsace et la Moselle. L’annexion durera 48 ans. L’esprit de revanche va nourrir les revendications des partis nationalistes. Ce sera l’une des causes de la guerre de la guerre de 1914-18. Les conséquences de l’annexion sont toujours présentes dans le droit local, l’urbanisme et l’architecture…

Côté pratique

Le musée départemental de la guerre de 1870 et de l’annexion, 11, rue de Metz à Gravelotte (57130) est ouvert du 28 mars au 4 novembre 2006, du mardi au vendredi de 10 h à 13 heures et de 14 h à 18 heures. Les week-end et jours fériés de 14 h à 18 heures.
Du 5 novembre au 18 décembre 2016, ouverture du mardi au dimanche de 14 h à 18 heures.
Fermeture hebdomadaire les lundis.
Fermeture à partir du 19 décembre 2016.

Tarifs :

Plein tarif individuel : 5 €

Tarif réduit individuel : 3,50 €

Tel. 03.87.33.69.40.

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