« Je vais mieux » et nous aussi

« On peut parler des douleurs avec humour », confie le réalisateur Jean-Pierre Améris, qui a tourné une comédie sur le mal de dos.

A défaut de soigner le dos, c'est un film qui soulage.
A défaut de soigner le dos, c’est un film qui soulage.

Laurent est un homme courbé. Il a mal au dos, très mal au dos. Faut dire que cet architecte a un patron sur son dos, et une épouse qui a « besoin de faire une pause ». Laurent a tout essayé, toubib, examens, radios, un ostéo énergique, une curieuse magnétiseuse, un psy très psy… Joué par Eric Elmosnino dans le film de Jean-Pierre Améris, « Je vais mieux » (sortie le 30 mai), Laurent est au bord du divorce, proche du licenciement, dépressif, et a toujours mal au dos.

« Il y a forcément des raisons qui concourent au mal physique, pourquoi je me tiens mal c’est parce que je n’ai jamais assumé ma taille, c’est psychologique », confiait ce grand gaillard de Jean-Pierre Améris aux Rencontres du Cinéma de Gérardmer, où il présentait son film en avant-première. « J’ai trouvé que c’était une bonne idée qu’a eue David Foenkinos de traiter, au travers du mal de dos, de tout ce à quoi on a mal », ajoutait le réalisateur qui a adapté un livre du romancier.

Souffrant  du dos « depuis toujours », Ameris s’était identifié au personnage de David Foenkinos. « David est plus réaliste que moi, et surtout plus grinçant, plus caustique », dit-il, « Il y a beaucoup de choses de moi dans le film, je ne saurais pas faire un film sur des choses que je ne connais pas ». La phobie sociale par exemple, il a connu, est longtemps allé aux « Emotifs Anonymes », il en a même fait un film avec Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde.

« C’est le corps qui se révolte »

« Il y a de l’autocritique dans le film, je pense que je me suis trop plaint, ça va vite de s’enfermer », admet Améris, auteur d’un cinéma fait de douceur et d’humanité (« Mauvaises fréquentations », « C’est la vie », « Marie Heurtin » , « Une famille à louer »…), « Mais on peut parler des douleurs, affronter les douleurs, avec humour ». Comme le dit un toubib dans le film : « La douleur sauve, c’est le corps qui se révolte ».

Laurent aussi va se révolter. Cet homme qui « en a plein le dos », ce gars « fragile, frêle, un peu tout tordu », du genre qui ne sait pas dire non, va relever la tête, il va se redresser, changer de posture, de démarche, et d’attitude. Au fur et à mesure, il reprend sa vie en mains, et balance leurs quatre vérités à tous, patron, amis, épouse, parents… Ce qui donne d’ailleurs une jolie et amusante scène de rupture.

D’abord douloureux, le film glisse vers la fantaisie : « Je trouvais ça joli comme esquisse de comédie romantique, qu’un type qui a mal au dos tombe sous le charme d’une femme qui a mal au ventre, en fait ils se reconnaissent », dit Améris, dont les références sont multiples. Laurent ressemble à un petit personnage perdu de Sempé, on pense aussi à Woody Allen (jusque dans le graphisme de l’affiche) : « Il y a quelque chose à voir avec l’humour juif, c’est-à-dire arriver à faire sourire des douleurs, les frères Coen c’est toujours ça aussi », précise le réalisateur, « J’ai aussi pensé à Alice au Pays des Merveilles, un personnage qui perd son foyer, qui erre, et qui rencontre des gens qui vont le guider, c’est un peu étrange, c’est labyrinthique ».

« Un film qui puisse faire du bien »

Autour d’Eric Elmosnino, le cinéaste a composé un casting sympathique, François Berléand, Alice Pol, Ary Abittan, Judith El Zein, Sacha Bourdo… et même Henri Guybet (le chauffeur de Louis de Funès dans « Rabbi Jacob ») dans le rôle du père de Laurent. « C’est vrai qu’il ressemble à mon père, c’est pour ça que je l’ai choisi aussi, et pour ce qu’il représente du cinéma », sourit Améris.

« Pour moi, un film utile, c’est un film qui puisse faire du bien, amuser, mais aussi consoler. Je crois beaucoup à la notion de consolation dans l’art, ça m’a sauvé, adolescent, les livres, les films, la musique… On ne se sent pas seul avec ses problèmes et ça nous console », confie Jean-Pierre Ameris. A défaut de soigner le mal de dos, « Je vais mieux » est un film qui soulage. Son personnage principal va mieux et les spectateurs aussi. « Je me rends compte que le film provoque quelque chose de l’ordre du bienfait. Ce que j’aime filmer, ce sont des gens qui triomphent de leur position, qui sortent de leur prison, l’épanouissement des personnages », dit le cinéaste, qui prépare un téléfilm sur l’illettrisme, « Illettré », avec Kevin Azaïs, Sabrina Ouazani, et Annie Cordy en grand-mère.

Patrick TARDIT

« Je vais mieux », un film de Jean-Pierre Ameris, avec Eric Elmosnino (sortie le 30 mai).

Le réalisateur Jean-Pierre Améris entre Eric Elmosnino et François Berléand. "Le film provoque quelque chose de l'ordre du bienfait", constate le cinéaste.
Le réalisateur Jean-Pierre Améris entre Eric Elmosnino et François Berléand. « Le film provoque quelque chose de l’ordre du bienfait », constate le cinéaste.

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